Considérations sur le Grand Match

Item

Title
fr Considérations sur le Grand Match
Alternative Title
en Considerations on the Big Match
Description
The article discusses the upcoming fleuret match between Lucien Gaudin and Aldo Nadi, highlighting the paradox of seeking the opinion of an épée specialist on this bout. Despite reservations about the weapon choice, the author supports Gaudin wholeheartedly and expects the match to garner significant attention and financial support due to public interest. There is a strong belief in Gaudin's prowess and an acknowledgment of Nadi's formidable reputation among Italian fencers, particularly his brother Nedo Nadi. The article emphasizes the potential positive impact of this match on fencing's popularity, suggesting it will draw both enthusiasts and a broader audience to the sport. Despite criticisms from fellow épéeists, the author defends the match's significance and anticipates a spirited contest that will captivate spectators.
list of authors
Armand Massard
Date
January 15, 1922
number
873
page start
24
page end
25
Publisher
Pierre Lafitte
Bibliothèque nationale de France
Fencing Arms & Artifacts
Rights
Public Domain
Language
French
Spatial Coverage
content
fr CONSIDÉRATIONS SUR LE GRAND MATCH
Par Armand MASSARD

Il y a évidemment quelque paradoxe à demander son opinion motivée sur une rencontre au fleuret à l’un des épéistes, réputé parmi les plus « impénitents » —c’est le terme consacré.

Cependant il m’apparaît qu’il n’est point besoin d’être grand élève pour épiloguer sur cette rencontre appelée à un retentissement considérable.

Ce n’est pas le lieu de rappeler ici quelle absolue confiance je partage avec l’unanimité de mes camarades d’escrime en la suprématie du grand champion Lucien Gaudin. J’ai prouvé cette confiance en entrant d’enthousiasme dans le Comité bénévole qui a décidé de supporter léserais d’organisation et de réaliser la bourse de 50.000 francs exigée par le champion fleurettiste transalpin.

Faut-il ajouter qu’il n’y a pas grand mérite à cela, car nous avons tous l’intime conviction de « jouer sur le velours », d’abord, parce que Gaudin doit sortir vainqueur de la rencontre, ensuite parce que l'empressement du public sportif sera tel pour assister au match, que la recette couvrira certainement les dépenses.

Il importe néanmoins de tenir compte de ce fait que la même confiance règne dans le camp adverse.

Les escrimeurs italiens ont presque tous une foi inébranlable dans la chance d’Aldo Nadi.

Empressons-nous de déclarer que le frère du champion olympique de fleuret, Nedo Nadi, est un adversaire digne de Gaudin.

Nous sommes quelques-uns à penser que cette rencontre aura la plus heureuse répercussion sur le développement du sport des armes en France et à l’Étranger.

Nous sommes persuadés que le grand public, et non plus seulement l’élite des initiés qui suivent habituellement nos épreuves, se déplacera pour assister à ce match international.

Or, il ne faut point compter pour rien, au moment où nous sommes préoccupés de la préparation olympique, la salutaire émulation que provoque une assistance intéressée.

Déjà, depuis que les journaux recommencent à se montrer plus prolixes de détails sur nos manifestations d’escrime, on sent comme un regain d’activité secouer salles et sociétés.

Le match Lucien Gaudin-Aldo Nadi sera comme le coup de fouet décisif.

J’entends bien des objections dont certains épéistes, encore plus « impénitents », n’ont pas manqué de m’abreuver :

— Comment pouvez-vous prôner un match de fleuret, vous qui n’avez cessé de prétendre que le fleuret n’était pas une arme de combat, et que seule l’épée était qualifiée en pareille circonstance?

J’ai agi de la sorte pour les raisons énoncées plus haut, et parce que ce n’est pas Lucien Gaudin, dont l’éclectisme se joue du fleuret comme de l’épée, qui a eu « le choix des armes ».

L’arme, le président du jury, les conditions essentielles de la rencontre lui ont été imposées. Il y a sportivement souscrit.

Tous ses camarades, ses amis, surtout, ne pouvaient se « désolidariser » — encore un terme consacré — de lui, en ravivant la querelle des « anciens et des modernes ».

Et puis, faut-il aussi le dire — car j e suis assez certain de la réussite de l’épreuve pour me permettre cette petite critique — je ne suis pas éloigné de croire que ce grand match, mettant aux prises deux des meilleurs (et peut-être les deux meilleurs) fleurettistes de France et d’Italie, démontrera que le fleuret n’est pas propice aux matches?

Pour un peu, je jurerais que Lucien Gaudin est de mon avis.

Cela n’enlèvera rien d’ailleurs à l’intérêt palpitant de cette sportive épreuve.

Sans compter qu’il y aura un autre match, non moins mouvementé, non moins épique, non moins ardent... qui se livrera entre les cinq jurés franco-italiens. Vous m’en direz des nouvelles, je présume, spectateurs avides d’émotions !

Si d’aventure, par la suite, le champion olympique de fleuret, devenu à Buenos-Ayres le professeur Nedo Nadi, avait l’occasion de venir à Paris faire un match à l’épée avec le champion olympique d’épée, je crois que celui-ci serait tout disposé à lui offrir une équitable revanche (ayant rencontré Nedo Nadi, à Nice, en 1911, j’ai eu la chance de le battre par 3 à i) à la condition toutefois que la bourse soit payable... en lires, et que les frais du voyage de Buenos-Ayres à Paris ne soient point qu’à ma seule charge.

Armand Massard.
Champion Olympique de 1920.