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Title
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fr
Au Cirque Molier
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Description
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The article describes a charitable event at M. Molier's amateur circus, which has been renovated following a fire and now hosts a variety of performances. Located on rue Benouville, the circus features sports and artistic displays, including equestrian shows, fencing, boxing, and gymnastics. M. Molier's aim is to entertain friends and promote physical fitness, despite some criticism for involving the nobility in such activities. Weekly intimate training sessions include weightlifting, juggling, and fencing, with M. Molier showcasing refined horseback riding.
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Creator
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Chambrière [unidentified]
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Contributor
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Y. Gins (Illustrator)
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Date
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June 15, 1898
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number
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6
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page start
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67
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page end
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68
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Rights
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Public Domain
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content
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fr
Au Cirque Molier
Areuas Molicro, tel est le nom que l'on donnait encore dernièrement au cirque d'amateurs de M. Molier où vient de se dérouler l'élégante fète de bienfaisance de la duchesse d'Uzès et dont la Vie au grand air avait édité le programme pour la répétition générale. Cette appellation provenait de ce que les décorations tapissant le hall avaient servi jadis à la fète pour les Inondés de Murcie, cette catastrophe qui affligea l'Espagne en 1879. Cette installation a disparu lors du petit incendie qui éclata chez Mons. Molier l'an dernier, et l'obligea à refaire la toilette de son cirque. Celui-ci a maintenant l'allure de tout établissement du genre, mais il ne tardera pas, croyons-nous, à prendre une physionomie pittoresque et originale.
Sis rue Benouville—une petite rue de Passy—le castel est lui-même de style hispano-mauresque. Dès le vestibule, le regard est attiré par des tableaux, des photographies et des dessins qui nous montrent la silhouette de gentlemen connus de vous et moi, de tout le monde et cependant revêtus d'accoutrements plus ou moins bizarres. Ce clown ressemble terriblement à X... le boursier bien connu ; cet athlète qui fait de la barre fixe, mais c'est, si je ne me trompe, le comte de la R..., et cette petite femme courtvêtue, qui danse sur le panneau, ressemble diantrement à Marie L..., etc. Et, de bas en haut des murs du grand escalier et de l'atelier vaste, ce sont des fusains, des aquarelles, des instantanés, qui nous montrent un monde d'acrobates ou de forains à figures d'hommes du monde ou d'actrices en vedette. Cette collection vaudrait cent fois son pesant d'or si M. Molier voulait s'en défaire ; mais il ne s'en défera pas.
Un bruit de musique nous attire vers le fond de la salle. Poussons une petite porte: nous voici dans le cirque. Un de nos racingmen les plus connus, doublé d'un excellent dessinateur (nos lecteurs n'ont, pour en juger, qu'à jeter un coup d'œil sur cette page), ratisse le sable de la piste et s'exerce à battre les records de John Higgins, le célèbre sauteur du Nouveau Cirque. Notre ami a très bien attrapé, du reste, la façon de l'acrobate anglais et exécute tous ses tours. Cela durant, une petite écuyère dresse un gros cheval noir au « pas à l'espagnole ».
Enfin, voici le maître de céans en personne. De taille moyenne mais ràblée, les moustaches blondes et longues, vètu sans recherche aucune, on devine l'homme de cheval qu'a passionné un sport unique :
— Mon Dieu, dit-il, quand on l'interroge, on a bien tort de s'occuper tant de ma personnalité. Soyez bien persuadé que le but que je poursuivais lorsque— il y a vingt ans —j'eus l'idée de mon cirque d'amateurs, était simplement de réunir et de distraire quelques amis intimes.
« Or, on m'a posé en protagoniste de la régénérescence physique. Quelque flatteuse que soit cette attitude, je vous avoue que je ne la mérite nullement. Je suis assez sceptique en la matière, et n'ai pas songé au noble but que l'on me prête.
« Toutefois ce ne sont pas toujours des compliments que je reçus. Parce qu'un de la Rochefoucauld descendit dans l'arène pour faire du trapèze, un de nos confrères m'accusa de vouloir faire de nos gentilshommes des acrobates ou des palefreniers !
« La vérité est que je suis positivement débordé. Les demandes d'invitations devenant chaque jour plus nombreuses, nous voilà obligés, me.s amis et moi, de distraire des personnes qui nous sont étrangères. Aussi, comme je ne veux pas faire un commerce de mes talents et de ceux de mes collaborateurs, ai-je décidé que l'on paierait pour assister à ces soirées, mais que la recette irait chaque fois engraisser la caisse de quel-que œuvre charitable.
— Mais, objecte-t-on, vous n'êtes pas ennemi des sports'?
—Certes non, ils m'intéressent tous. Je pratique mème la bicyclette.
Mais je trouve que les favorisés de la fortune ne devraient pas exclusivement sacrifier au cycle ou à l'automobile et s'exercer aux sports plus difficiles, mais plus esthétiques, le cheval, l'escrime,l'athlétisme, l'aviron,etc. »
Cette digression sur le sport nous a éloigné de notre sujet. Feuilletons, pour y revenir, les collections très curieuses ayant trait aux fêtes qui se sont déroulées aux arènes Molier. On y découvre des articles dus aux chroniqueurs connus : Albert Wolff, Gaston Jollivet, Blavet (Parisis), ou des programmes superbement illustrés par Jacquet, Gerbaut, Caran d'Ache et autres maîtres dessinateurs.
Hugues Leroux, dans son intéressant ouvrage sur les Jeux, de Cirque et de la vie Foraine, consacre un long chapitre à Molier, ainsi du reste que le baron de Vaux dans les Hommes de cheval, ou il traite de « Centaure » celui qui, en effet, marche sur les traces du vicomte d'Aure, de Bauché et de Pellier dans l'art de dresser les chevaux... et les écuyères. Car nombre de charmantes femmes doivent à Molier d'être d'intrépides amazones. On peut citer : Pâquerette, Irma Viallat, Fanny Lehman, Lascastre, Denis Davenel, etc., qui toutes ont débuté au cirque de la rue Benouville. Quant au directeur de ce dernier, il s'est surtout spécialisé dans les « Jeux romains » qui s'exécutent debout, sans selle, sur trois ou quatre chevaux, ainsi que le « pas de deux ».
Mais les séances ne comprennent pas que des numéros d'équitation. L'escrime, la boxe, la gymnastique, et bien d'autres sports ont des représentants qui descendirent dans l'arène. On peut citer ces parisiens Parisiennants qui s'appellent de la Rochefoucauld, de Beauregard. Vavasseur, Breitmayer, Ravault, etc. Certains ne craignirent pas même de « faire la pige » à Bib, Footh et autres clowns réputés !
Enfin des pantomimes spirituelles ou des revuettes sans prétention y sont jouées par des artistes en vedette. Les noms de Mmes—ou Mlles—Lavigne, Dezoder, Felicia Mallet, Renée Maupin, Jeanne Becker, Léa d'Asco, etc., se lisent sur les programmes.
Depuis le commencement de la saison, M. Molier donne, tous les mercredis, dans l'après-midi, des séances d'entraînement tout à fait intimes, telles que les aime surtout cet homme modeste. Là on y soulève des poids, on y jongle, on y escrime, en manches de chemises. Puis le maitre monte sur Kebyr et se livre à la haute école la plus raffinée, la plus parfaite, tandis qu'un pianiste exercé suit le rythme indiqué par la noble bête elle-même.
CHAMBRIÈRE.