Un Peu d'Escrime

Item

Title
fr Un Peu d'Escrime
Alternative Title
en A Little Fencing
Description
The article details a fencing match between Raymond Delhaise, a Belgian master and teacher of Prince Albert of Belgium, and M. Laborderie, a young master from Calais. Initially scheduled to take place in Calais, the match was held at the Marugg hall in Brussels, where Laborderie won with a score difference of four touches. The article also highlights Laborderie's significant impact on fencing in Calais, a city previously indifferent to the sport. Under Laborderie's influence, the local interest in fencing grew, with his training and dedication producing skilled fencers and revitalizing the sport in the region.
Creator
Louis Perrée
Contributor
Chiesi (Photographer)
Landouzi (Photographer)
Date
November 15, 1898
number
16
page start
188
page end
189
Publisher
Pierre Lafitte
Bibliothèque nationale de France
Fencing Arms & Artifacts
Rights
Public Domain
Language
French
Spatial Coverage
content
fr UN PEU D'ESCRIME

Depuis longtemps, déjà, un match au fleuret avait été conclu entre le maître belge Raymond Delhaise, professeur de S.A.R. le prince Albert de Belgique et M. Laborderie, le jeune maître calaisien.

Après avoir dû se disputer à Calais, la rencontre a eu lieu, à la fin du mois dernier, à la salle Marugg, à Bruxelles, et les deux maîtres se sont alignés devant une assistance choisie.

La première manche est revenue à Laborderie par 6 touches ; la seconde à Delhaise par 2 touches. Il n'y a pas eu de belle, et Laborderie a été déclaré, par le jury, vainqueur de l'épreuve par quatre touches. Nous donnons la photographie de l'un et de l'autre des deux tireurs, et ce nous est l'occasion de dire un peu ce que Laborderie a fait pour l'escrime à Calais.

La salle Laborderie est toute jeune ; il n'y a pas quatre ans que M. Laborderie est allé s'installer à Calais et y a ouvert sa salle. Avant lui, on ne faisait pas d'escrime à Calais, où l'on comptait à peine quatre escrimeurs.

Chose curieuse, en effet, alors que tous les autres sports y étaient en honneur, alors que les gymnastes et les canotiers de Calais ont conquis une réputation universelle, que le cyclisme y fait fureur, que la chorégraphie elle-même y a de nombreux adeptes, l'escrime y était absolument délaissée.

Il a fallu que M. Laborderie vienne pour changer tout cela ; il a fallu surtout, « pour réveiller la belle au bois dormant », toute l'énergie, toute la ténacité et toute la passion du jeune maître pour le noble sport.

Né à Calais en 1872, M. Laborderie hérita de son père — un ancien officier qui aima toujours passionnément les armes — son goût et ses aptitudes spéciales pour l'escrime. Il prit d'abord les leçons d'un professeur de la ville, M. Michaud, puis, sur les conseils d'Adolphe Huzé, qui l'avait remarqué, il s'engagea, puis entra à Joinville, où il était moniteur en 1894.

Rappelé à Calais comme soutien de famille, Laborderie se mit courageusement à la besogne, forma des élèves, fonda une salle, multiplia les réunions intimes, les assauts publics et vit bientôt ses efforts récompensés.

N'ayant d'autres éléments d'entraînement que ses propres élèves et son plastron fixe, il trouva le moyen de se classer cinquième au tournoi de Bruxelles, en 1897, pendant qu'un de ses élèves, M. Lehodey, obtenait lui-même une médaille d'argent au tournoi de l'Académie d'armes du Nord.

Il a tiré, soit à Calais, soit à Paris, soit à Bruxelles, avec nos premiers escrimeurs, et la façon brillante dont il s'est comporté dans tous les assauts qu'il a fournis prouve qu'il arriverait à des résultats meilleurs encore s'il pouvait s'entraîner avec les premières mains de notre champ, si vaste et si varié, d'excellents tireurs.

Escrimeur d'une excessive correction, tirant plus avec sa tête qu'avec sa main et ses jambes, dont la détente est excellente, il trompe parfaitement le fer, et affectionne les attaques composées.

Comme professeur, son enseignement lui a permis de faire en quelques années des élèves dont la tenue et le jeu lui ont valu de chaudes félicitations des maîtres parisiens qui les ont vus tirer. Quelques-uns sont déjà de taille à lutter contre des professionnels et ont brillamment figuré dans les meilleurs assauts de la région.

En dehors de M. Lehodey, déjà nommé, nous citerons parmi eux, MM. Bertron, un passionné de l'épée, Henry Soutoul, M. Martrès, M. Montjean, M. Léon Laborderie, son frère, tous tireurs d'épée, le capitaine Moreau, tireur éclectique, faisant du fleuret et de l'épée, M. Binaux, qui préfère le fleuret à l'épée.

La salle d'armes Laborderie est double, car le jeune maître possède en réalité deux salles. L'une, très coquette, très bien aménagée et où ses élèves ne travaillent que d'octobre en mai, est située au cœur du vieux Calais, c'est la salle d'hiver ; l'autre, qui ouvre avec la saison des bains de mer et ne se ferme qu'avec elle, occupe le centre d'un joli parc, sur le bord de la mer, c'est la salle d'été, la salle de plein air. Là, en effet, on travaille aussi souvent au grand air qu'à l'intérieur, et la leçon de terrain dans les allées du parc alterne avec la leçon de fleuret sur le linoléum de la salle. L'une et l'autre sont suivies de bains à la lame, qui remplacent les douches.

Pas un escrimeur de marque ne passe à Calais sans aller croiser le fer avec le maître Laborderie et les amateurs qui fréquentent sa salle, tels que MM. le capitaine Ranson, le capitaine Tèpe (de Lille), Bourigeaud, A. Ghesquier, président du cercle d'escrime de Lille, Paul Matringhem, président de la Riposte de Montreuil-sous-Bois, Maurice Marchand, président du cercle de Dunkerque, Gournay, de la salle Alessandri de Boulogne-sur-Mer, etc.

Avec de tels éléments, la salle Laborderie est une des plus vivantes, une des plus mouvementées de province, en même temps que l'une des plus fortes.

On ne peut qu'en féliciter le jeune maître, à qui le monde des sports doit savoir gré d'avoir développé ainsi le goût des armes à Calais, tout en maintenant haut le drapeau de l'escrime française à l'étranger.

L'Union des Sociétés françaises de sports athlétiques vient de faire disputer au lycée Carnot, par les équipes secondes des Sociétés affiliées, un magnifique objet d'art offert comme challenge d'épée par le comte Jean de Goltstein, membre de l'A.V.A.

C'est l'Association vélocipédique internationale, représentée par MM. Sulzbacher, Gaucheron et Berger, qui a remporté la victoire sur l'Association vélocipédique d'amateurs, dont les champions étaient MM. Rabel, Lacroix et de Madec, et sur le Stade Français, qui avait mis en ligne MM. Cantarel, Masson et Guignard.

Louis PERRÉE