Saucède

Item

Title
Saucède
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier highlights Saucède, a respected and resilient fencer who has maintained strong friendships and support even through personal and financial hardships. Described as tall, strong, and with a military demeanor, Saucède is recognized for his impressive defensive skills, relying heavily on his exceptional handwork rather than physical agility. A student of prominent fencing masters like Robert aîné and Grisier, Saucède developed a reputation for his precise parries and rapid ripostes, making him a formidable opponent. His approach to fencing is thoughtful and strategic, often setting traps for his adversaries. Beyond fencing, Saucède has played a significant role in establishing fencing halls in various Parisian clubs, serving as the honorary president of the Cercle de l'Union artistique and a key figure in the Société d'encouragement de l'escrime. He is also known for his impartiality and fairness when presiding over fencing bouts and is appreciated for his witty and engaging personality both on and off the fencing piste.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
17
page end
22
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr SAUCÈDE

Ce galant homme a trouvé le moyen de faire mentir le fameux et si véridique adage latin : donec eris felix multos numerabis amicos. Quand les revers se sont abattus sur lui — revers immérités, conséquence du krach formidable qui a englouti à la fois tant de fortunes honteusement acquises, et tant d'autres, hélas! honorablement amassées — la phalange des amis de Saucède n'a pas diminué d'un seul. Je dirai plus : beaucoup de sympathies ignorées sont allées jusqu'à lui depuis ces jours de malheur.

Saucède est grand, fort, avec une énorme paire de moustaches qui lui coupe la figure en deux et lui donnerait l'air féroce sans l'expression de douceur et de franchise infinies du regard.

Il a quelque peu l'allure militaire, avec son teint haut en couleur, sa carrure d'épaules et son pantalon à la hussarde.

La neige qui a saupoudré ses cheveux et sa barbe, jadis blonde (il l'a longtemps portée entière), ne lui a retiré ni énergie, ni élasticité.

C'est un lutteur non découragé, à l'âme et au corps également bien trempés.

Saucède est un de nos amateurs les plus justement réputés. Il a beaucoup travaillé avec Robert aîné et avec Grisier. Mais l'homme avec lequel il plastronna le plus, peut-être, celui qui lui inculqua l'amour des armes, c'est Berrier.

Il m'adressa jadis une lettre toute débordante de reconnaissance pour la mémoire de ce fameux prévôt :

« Celui qui, chez Grisier, écrivait-il, m'a donné l'amour de l'escrime, celui qui m'a fait le peu que je suis, c'est Berrier. Berrier, le prévôt de Grisier, puis celui de Robert; — Berrier, que nous aimions tous comme des enfants aiment la vieille gouvernante qui les a élevés ; — Berrier, dont le portrait est à la tête de mon lit, et dont le nom était synonyme d'honneur, de travail, de haute probité. Il est mort bien ignoré et bien modeste. Sa mort a été le digne corollaire de sa vie. Le choléra a emporté en quelques heures, malgré nos efforts pour le disputer à la mort, un des plus braves cœurs que j'aie jamais connus.

« C'est grâce à Berrier que j'ai pu lutter avec les Jacob, les Mérignac, les Prévost, les Robert, et que toute cette jeune génération m'est, je puis le dire, passée par les mains. Aussi je les considère tous comme mes enfants, et lorsque l'un d'eux, dans un assaut que j'ai l'honneur de présider, vient me dire après un coup de bouton douteux : "Mais enfin, monsieur, j'ai raison," et que je lui réponds : "Non, tu as tort, et voici pourquoi : tu es dix fois plus fort que ton adversaire. Vous avez fait une bêtise tous les deux, donc tu as dix fois tort," pas un de ces braves gens qui n'accepte ce que je viens de lui dire.»

Saucède est surtout pareur. Se méfiant un peu de ses jambes et de sa corpulence, il attend presque tout de sa main, qui est merveilleuse. C'est un pareur exquis et un riposteur rapide, dont la pointe est pleine de précision.

Il a du « doigté » comme peu de tireurs et trompe le fer supérieurement.

Bien campé sous les armes, ferme comme un roc, il attend le choc de l'adversaire pour riposter, après avoir jugé et paré l'attaque, car c'est un tireur de tête, plein de sang-froid et sachant lire, à première vue, avec une rare clarté, dans le jeu de son partenaire.

Il possède bien la science des temps et des coups d'arrêt, et jadis il a réussi à prendre quelques très beaux coups de bouton de ce genre sur les attaques composées en marchant de Robert aîné.

Beau joueur, il accuse avec une loyauté absolue et sans mauvaise humeur aucune le coup de bouton qui a réussi à toucher son plastron si tentant, mais si difficile à aborder.

Quand il a réussi à faire tomber un jeune adversaire dans un des pièges qu'il tend si habilement, — s'il lui a pris, par exemple, un temps sur un une-deux-trois, après lui avoir fait croire qu'il allait répondre à toutes les feintes — il a une façon bien amusante de triompher. — Il s'avance à petits pas sur son ennemi, le corps plié en deux, les deux mains derrière le dos, le fleuret dépassant la tête et semblant lui dire : « Qui est-ce qui est pincé ? »

Il va sans dire que personne ne songe à se fâcher. On constate seulement que Saucède a autant d'esprit au bout du fleuret qu'au bout de la langue.

Saucède a contribué, pour une large part, dans la création des salles d'armes annexées aux principaux cercles de Paris, notamment du Cercle des Mirlitons, des Eclaireurs, de l'Ecole d'Escrime française.

Il est le président d'honneur de la salle d'armes du Cercle de l'Union artistique dont il s'est toujours occupé avec sollicitude, et membre du comité fondateur de la Société d'encouragement de l'escrime.

Il a souvent présidé de grands assauts et notamment celui du Figaro, où le baron de San-Malato fit naguère ses débuts à Paris contre Louis Mérignac.

Impossible d'être à la fois plus impartial et plus ferme.

Au reste, un connaisseur, A. Waskiewicz, l'a proclamé, dans un article remarquable, le roi des présidents d'assaut.

Saucède est encore un diseur de premier ordre. Il est de toutes les pièces que donne le comité des fêtes du Cercle des Mirlitons et se fait toujours vivement applaudir dans ses rôles.

Il est également bien sur la planche de la salle d'armes et sur les planches du coquet théâtre du Cercle de la place Vendôme.