Hébrard de Villeneuve

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Title
Hébrard de Villeneuve
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier profiles Hébrard de Villeneuve, a prominent figure in the fencing community and the president of the Société d'encouragement de l'escrime. Driven by a genuine passion for fencing rather than a desire for recognition, Villeneuve initially hesitated to accept the presidency but eventually took on the role due to the committee's insistence. Physically, he is described as well-proportioned with a refined appearance, characterized by his clear blue eyes and carefully groomed blonde beard. As a fencer, Villeneuve, a student of Mimiague, is known for his aggressive and precise style, excelling in quick and forceful attacks. Despite some minor critiques regarding his technique, he is considered one of the top ten fencers in Paris, having successfully competed against many renowned amateurs. Outside of fencing, Villeneuve is also skilled in pistol shooting and horsemanship, and he is recognized for his diligent service as a maître des requêtes at the Conseil d'État, where he has earned the Légion d'honneur.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
23
page end
27
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr HÉBRARD DE VILLENEUVE

Lorsque M. de Villeneuve soumit à quelques-uns des amateurs les plus connus du monde de l'escrime l'idée de fonder une société destinée à encourager et à développer en France le goût du plus viril de tous les exercices, j'affirme qu'il n'y était point poussé par « l'amour du panache ». Le culte qu'il professe pour les armes était son seul guide ; aussi, quand on voulut lui offrir la présidence de cette société, songea-t-il tout d'abord à refuser.

Ce n'est que sur les vives instances du comité fondateur qui l'avait nommé président par acclamation, qu'il se décida à assumer cette lourde tâche. Avouons qu'il était impossible de faire un meilleur choix.

Outre que l'idée première de cette entreprise osée, chimérique à première vue, de grouper en un faisceau toutes les forces vives de l'escrime, lui appartenait, il n'y a pas à se dissimuler que nul président n'eût déployé plus de zèle. De plus, M. de Villeneuve est jeune, il est orateur — on l'a vu dans maintes circonstances — et enfin, il jouit auprès de tous d'un grand crédit fait de sympathie et d'estime.

Je suis fâché d'avoir l'air d'un courtisan en couvrant de fleurs un de nos amateurs les plus aimables, mais je ne puis pas cependant dire le contraire de ce que je pense, pour le plaisir de m'offrir un petit « éreintement ».

Les sentiments que j'exprime ici sur le compte de l'homme partent du fond du cœur ; — tout à l'heure, quand viendra le moment de juger le tireur, j'essaierai de mêler l'absinthe au miel, la critique impartiale à la louange méritée.

Ces précautions oratoires prises, je passe au « crayon » physique de l'élève de Mimiague. M. de Villeneuve est de taille moyenne et « très bien fait » — comme on dit vulgairement — ce qui exprime qu'il n'est ni gros, ni gras, ni maigre, mais... juste à point. Il est blond avec une paire d'yeux bleus très clairs, respirant la netteté et la douceur. Une barbe blonde, très soignée, encadre un visage pâle aux traits réguliers et au front très haut, indice certain d'une intelligence claire.

Voilà pour le physique et le moral ; passons maintenant au « tireur » qui importe le plus, en l'espèce.

M. de Villeneuve est élève de Mimiague, chacun sait cela ; j'ajouterai que c'est de tous les ténors de la salle Richelieu le plus attaqueur et l'un des plus toucheurs. Notez que cette salle comprend des amateurs comme MM. Chabrol, de l'Angle-Beaumanoir, Tony-Girard, Dérué, Guignard, Devillers, Sarlin, Gomez, Gamuset, Audouin, Chabert, etc., tous tireurs classés.

Donc, le président de la Société d'encouragement de l'escrime est surtout un toucheur et un attaqueur.

Ce n'est point un classique du fleuret, quoiqu'il fasse brillamment des armes. La tenue est bonne, bien qu'on puisse lui reprocher, peut-être, de ne pas assez plier sur les jarrets. La main est extrêmement rapide et vigoureuse, mais le pouce a une tendance à empiéter sur la lunette du fleuret et à s'y arc-bouter : de là un manque de légèreté dans la pointe et une contraction de la main qui nuit au doigté, lequel exige beaucoup de souplesse et d'abandon. Ses attaques sont pleines de vitesse et manquent bien rarement leur but ; on aimerait, par exemple, à les lui voir faire plus souvent de pied ferme pour permettre aux jambes de déployer leur « allonge ».

M. de Villeneuve attaque volontiers par des une-deux-trois, par des feintes du coup droit coupé-coupé, par des battements coupé dégagé dessous, par des une-deux coupé dessus.

L'adversaire qui veut s'amuser à suivre son fer est presque certain d'être touché ; le mieux est de tâcher de parer la finale ou de prendre d'emblée un contre-de-quarte en ripostant par le dégagé dessus, ou par une-deux, en ayant soin de ne pas abuser de la riposte composée, sous peine de recevoir une remise.

Il serait également imprudent de l'attaquer dans la ligne du dedans, car il possède une parade simple de quarte qui arrive rapide comme la foudre... tac-tac ! Il recherche assez volontiers, — et en cela il est classique, — la phrase d'armes : attaque, parade, riposte, contre-riposte ; il est bien rare que, dans ce cas, il ne finisse point par toucher, car il est très couvert, pare vite et bien, et riposte plus vite encore.

Dans les corps-à-corps, il emploie beaucoup les redoublements par les coupés, — un peu comme Carolus-Duran, — et poursuit jusqu'à ce qu’il ait touché, ce qui arrive fréquemment.

En somme, M. de Villeneuve est un remarquable tireur de tempérament classé, à juste titre, parmi les dix plus forts qui soient à Paris.

Il s'est mesuré, sans désavantage, avec les meilleurs fleurets de nos salles d'armes et a battu bien des amateurs renommés.

Le président de la Société d'encouragement de l'escrime est un sportsman qui cultive non seulement le fleuret, mais encore le pistolet, qu'il manie avec adresse. C'est de plus un cavalier élégant qui monte bien à cheval. Ces exercices intelligents ne l'empêchent pas de s'occuper avec beaucoup de zèle du Conseil d'État, où il est maître des requêtes et où ses distingués services lui ont valu la croix de la Légion d'honneur. Il a tout ce qu'il faut pour devenir avant peu un excellent conseiller d'État, tout comme son émule et ami de la salle Mimiague, M. Chabrol.