Roulez

Item

Title
Roulez
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier profiles Roulez, a passionate and well-known fencer in Paris. Roulez is described as a true enthusiast of fencing, dedicated to the sport for its artistry and nobility rather than for health or social reasons. Tall, strong, and muscular, with a serious demeanor that softens when he speaks, Roulez has spent nearly twenty years perfecting his craft under various masters, including Raimondi and Boyer. He is noted for his physical strength, quick attacks, and strategic judgment, making him a formidable opponent in both public and private bouts. Though he has not appeared in public duels recently, Roulez is remembered for his impressive bouts, including one against the Neapolitan fencer Casella. His strength and vigor are legendary, illustrated by an anecdote where he had heavy swords made for a duel that fortunately never took place. Roulez’s attacks are known for their speed and precision, often catching his opponents by surprise. He is a respected figure in the fencing community and was awarded the Légion d'honneur for his bravery during the Franco-Prussian War. Fiercely patriotic, Roulez is unafraid to defend his country, both with words and with his sword.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
31
page end
35
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr ROULEZ

Qui ne connaît Roulez ? Qui ne l'a vu tirer, ou tout au moins suivre d'un œil distrait, un sourire sardonique sur les lèvres, les passes d'armes de nos assauts publics ?

Il n'y a point de bonne séance d'armes sans lui, et le cliquetis des fleurets l'attire — comme les braves le bruit du canon.

C'est un fanatique de l'escrime, comme cet art en compte heureusement beaucoup aujourd'hui.

D'aucuns aiment l'escrime par hygiène, d'autres par vanité, d'autres encore par prudence ; lui l'aime, comme il faut l'aimer, par amour de l'art — parce que c'est le plus noble de tous les exercices, le plus beau, le plus passionnant et le plus intéressant.

Donc Roulez est un convaincu du fleuret ; c'est, de plus, un « doué ».

Il est grand, brun, nerveux, bien musclé avec des jambes et des bras comme il en faut pour attaquer de loin.

Le visage est quelque peu sombre, voire même dur à l'état de repos. Dès que la parole l'anime, il devient souriant et les yeux révèlent toute la courtoisie qui est au fond de la nature de cet escrimeur.

Roulez, qui doit côtoyer la quarantaine, a quelque chose comme vingt ans de salle d'armes. C'est dire qu'il possède parfaitement la science de l'escrime qu'il a toujours cultivée avec passion.

Il a commencé avec Raimondi, qui fut également le professeur de Gustave de Borda et travailla avec ce maître pendant près de dix années. Il prit ensuite des leçons du « père » Boyer, le prédécesseur de Ghazalet, pendant cinq autres années. Cette salle a produit de célèbres élèves, entre autres MM. Dejoux, Dupin, de Tournon, Lionel et Olivier de Bondy, etc.

Il a également beaucoup fréquenté la salle de Mérignac aîné, avec lequel il a fait d'innombrables assauts.

Roulez a peu paru en assaut public depuis quelque temps.

Une des dernières fois que je l'ai vu tirer, c'est chez le prince Alphonse de Chimay, où il a fourni contre Casella — le tireur napolitain qu'on sait — une passe d'armes pleine de science et de vigueur.

La vigueur ! Ce n'est pas ce qui manque à Roulez. Il a des jambes d'acier qui se détendent comme des ressorts, des doigts de fer qui font voler le fleuret dans sa main, et des poumons de cheval de course.

On m'a conté justement, à propos de sa force physique, une amusante anecdote :

Il devait avoir, il y a quelques années, une affaire sérieuse avec un clubman qui compte parmi nos meilleurs tireurs.

Roulez s'était fait confectionner, pour la circonstance, des épées excessivement lourdes et telles que les preux en brandissaient jadis dans leurs homériques combats.

Habitué à jongler avec des haltères fort pesants, Roulez comptait bien, si le sort des armes le favorisait, embarrasser son jeune et svelte adversaire, peu familiarisé avec de pareilles durandals.

L'affaire n'eut fort heureusement pas lieu et les choses s'arrangèrent au mieux des intérêts des deux sympathiques ennemis.

Roulez conserve sa paire de « colichemardes » pour une autre occasion.

L'escrimeur qui nous occupe ne déploie pas que de la vigueur dans ses assauts. Il fait montre encore d'un jugement très sûr. Bien qu'il riposte souvent d'une façon très heureuse, il brille surtout dans l'attaque — les coups simples et de vitesse demeurant ses coups de prédilection.

Ses attaques de pied ferme sont généralement des coups simples sur les préparations de son adversaire, surpris et touché en pleine poitrine au moment où il s'y attend le moins. Parfois, il lance, à toute volée, un battement tiré droit ou dégagé qui arrive avec la rapidité de l'éclair. Parfois aussi, il pratique la fausse attaque pour se ménager une contre-riposte.

La pointe de son fleuret est toujours en ligne et sa parade énergique. Il prend volontiers la septime, le contre et le double contre-de-sixte, et riposte souvent alors par le dégagé dans la ligne basse.

C'est, en somme, un tireur complet, plus solide que brillant et toujours intéressant à voir tirer.

Roulez compte, d'ailleurs, parmi les premiers amateurs de Paris.

Sa conduite pendant la guerre de 1870-71 lui a valu la croix de la Légion d'honneur.

Il aime son pays et ne s'en cache pas. Aussi, ceux qui médiraient de la France et des Français devant lui auraient maille à partir avec son épée.

Un jour, pendant l'armistice, je crois, il entend une « tête carrée » déblatérer avec l'odieux accent tudesque qu'on sait contre notre pays. Il ne fait ni une ni deux. Il provoque le soudard, l'amène sur le terrain et lui envoie un coup d'épée qui lui cloua la langue pour longtemps.

Il en est qui demandent à quoi sert l'escrime. Quand ce ne serait qu'à châtier les officiers étrangers insolents !