Poupeins-Maufrais

Item

Title
Poupeins-Maufrais
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier highlights Poupeins-Maufrais, a passionate and energetic fencer who began practicing fencing for health reasons and developed a deep love for the sport. Despite starting later in life, Maufrais has become known for his intense dedication, practicing daily at the salle Ruzé with his long-time master, de Smyters. His fencing style is unconventional, characterized by vigorous, unpredictable attacks, and a distinctive parade of septime, humorously nicknamed the "moulinet-Poupeins" by his opponents. Maufrais is described as tall, slim, and highly agile, making him a challenging adversary. His love for fencing and his generous spirit are evident in his contributions to the fencing community, including donating a magnificent art piece to reward exceptional young fencers. His reputation has grown across Europe, and his unique style and unwavering enthusiasm have made him a legendary figure in the sport.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
62
page end
66
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr POUPEINS-MAUFRAIS

Maufrais est un admirateur enthousiaste de l'escrime, qu'il a commencé à cultiver au point de vue purement hygiénique et pour laquelle il s'est épris ensuite d'une belle passion... point platonique, je vous assure.

Sept fois par semaine, en effet, il vient tirer à la salle Ruzé avec son maître de Smyters pendant deux longues heures, avec une furia, une énergie (c'est son mot favori) indomptable. Après quoi, suant, soufflant, fumant, mais non lassé, il s'éponge avec énergie, toujours, regrettant amèrement que l'heure de midi l'oblige à abandonner la salle d'armes pour aller déjeuner. À ce moment encore, je pense, il doit décrire avec sa fourchette des coups droits et des coupés imaginaires en se remémorant les phrases d'armes à sensation de son dernier assaut.

M. Maufrais est né à Cuba, vers 1818; il a commencé l'escrime il y a seize ans environ, avec celui qu'on appelle le père de Smyters, alors prévôt chez Leboucher. De Smyters est un très brave homme qui, en dépit de son âge avancé, donne la leçon avec beaucoup de zèle et de patience et fait des assauts pleins de vigueur. Il exerce aujourd'hui à la salle Ruzé où tous les jours son fidèle élève, M. Maufrais, vient travailler avec lui. Ce sont alors entre le disciple et le maître, qui ont à eux deux cent quarante-quatre ans, des luttes énormes, formidables, titanesques où les coups pleuvent drus comme grêle sur les plastrons (heureusement rembourrés) avec accompagnement de cris de triomphe quand un coup a touché et de heurts de sandale sur la planche sonore.

On ne pourrait — sans être taxé d'exagération — avancer que M. Maufrais est l'idéal du tireur classique et qu'il rendrait des points aux Cordelois, aux Bertrand, aux Lozès, au point de vue du style et de la pureté du coup de bouton.

Il serait, au contraire, plus exact de le ranger dans la catégorie des tireurs qui se sont fait un jeu de tempérament très difficile à débrouiller à cause de la vigueur et de l'imprévu qu'ils y mettent.

C'est donc un tireur de tempérament, que sa vigueur et son endurance exceptionnelles rendent redoutable, même aux plus forts.

Au reste, l'infortuné colonel hongrois Kaweski, venu à Paris l'année dernière se mesurer avec l'énergique Cubain, a reçu une telle volée de coups de bouton, tout comme le major Eichulmann et le grand Maxwell, que ces trois exotiques ont renoncé à la petite promenade qu'ils avaient rêvé d'entreprendre dans les principales salles d'armes parisiennes.

Singuliers tireurs, d'ailleurs, qui, dans le salut, faisaient les appels du pied gauche !

M. Maufrais aime également à rappeler qu'il a proposé à M. Gasella un combat à armes courtoises et que le tireur italien s'est empressé de décliner toute espèce de rencontre.

Tout récemment, M. Maufrais a entrepris, dans les différentes salles de la capitale, une tournée triomphale où il a pu compter autant de victoires que d'assauts.

Sa lutte avec Mérignac, qui a soulevé une légitime stupéfaction dans le monde de l'escrime, lui a valu une pluie de pièces de vers, sonnets, madrigaux, où ses prouesses incomparables sont chantées sur le mode pindarique.

L'élève de de Smyters est surtout attaqueur ; il a une prédilection marquée pour les coupés et les battements.

Sa parade favorite est la parade de septime qu'il a bien dans la main. Parfois il prend trois ou quatre contres de septime de suite : cette parade, qui coupe toutes les lignes par la façon dont il l'exécute, a été baptisée par ses adversaires le « moulinet-Poupeins ». D'autres la dénomment le « coup de balai ».

Don Quichotte lui-même, avec son énorme lance, eût été impuissant à venir à bout de ce vivant moulin, à une seule aile toujours en mouvement.

M. Maufrais est grand, svelte et bien placé en garde.

Il est si mince, me disait un jour un de ses adversaires — vexé sans doute d'avoir reçu un « gilet » bien conditionné — que pour le toucher, il faut ajuster avec la précision qu'on mettrait à viser un cheveu à trente pas avec un pistolet de tir.

J'ai toujours soupçonné ce bel esprit vindicatif d'être né pas bien loin de la Cannebière.

En tous cas, M. Maufrais est un excellent homme que la douceur de son caractère et son extrême urbanité rendent sympathique à chacun. Il adore l'escrime et tous ceux qui s'adonnent à ce bel exercice : il l'a prouvé en offrant un objet d'art magnifique à l'élève ayant fait preuve de dispositions exceptionnelles dans le concours d'escrime organisé par la Société d'encouragement entre les collégiens de Paris.

Cette libéralité est d'un bon exemple et mérite de trouver des imitateurs.

M. Poupeins-Maufrais est aujourd'hui célèbre dans toute l'Europe ; son nom est même parvenu jusqu'aux confins de l'île de Corée où, tout récemment, un habitant de ce lointain pays lui proposait de se mesurer avec lui. Nous assisterons prochainement à cette rencontre dont on dit merveille.

La réputation de M. Poupeins, qui tient déjà de la légende, demeurera inoubliable dans la mémoire de tous ceux qui ont eu la bonne fortune d'approcher du rayon de son terrible « moulinet ».