E. Phélippon

Item

Title
E. Phélippon
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier focuses on E. Phélippon, an archetype of the gentleman farmer who prefers the open air and vigorous outdoor activities to the urban life of Paris. A true sportsman, Phélippon spends much of the year on his estates in the countryside, returning to Paris only to engage in his favorite sports like horseback riding and fencing. Trained by the renowned master Charles Ruzé, Phélippon has become one of the strongest fencers at the salle on rue de la Bienfaisance, despite his periodic absences and a serious horse-riding accident. His powerful physique and strategic approach make him a formidable opponent, excelling in both attack and defense. Although he seldom participates in public bouts, his rare appearances have seen him match up impressively against some of the top fencers of his time.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
81
page end
84
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr E. PHÉLIPPON

Phélippon est le vrai type du gentleman farmer, bien plus épris des grandes chevauchées cynégétiques, des courses énormes à travers bois et montagnes, que des déambulations chères aux boulevardiers parisiens.

C'est un vrai sportsman amoureux du plein air, dont la robuste poitrine se dilate mal dans l'atmosphère étouffante de nos villes étriquées.

Aussi passe-t-il une bonne partie de l'année en province, dans ses terres, et c'est seulement quand il a fait provision de forces croissantes, qu'il vient s'enfermer durant quelques mois à Paris pour y dépenser son trop-plein d'oxygène et d'azote.

Là encore, il trouve le moyen de se livrer à quelques-uns de ses sports favoris : l'équitation et l'escrime absorbent alors le plus clair de son temps, histoire de conjurer la nostalgie des virils exercices.

Notre sportsman s'adonne d'autant plus volontiers à l'escrime que cet exercice violent procure à sa puissante organisation les secousses salutaires dont elle a besoin, et qu'il en a été plus sevré durant son séjour en province.

Phélippon est, avec Conrad, le tireur le plus fort de la salle de la rue de la Bienfaisance.

Il a commencé à faire des armes avec l'excellent maître Charles Ruzé, voici environ dix ans : on peut dire que c'est ce célèbre professeur qui lui mit le fleuret en main, car on ne peut guère compter les deux mois de leçons qu'il prit préalablement à Londres, à cette époque, chez Griffith.

Un goût très vif pour cet exercice, joint à des moyens physiques remarquables, en firent, en quelques années, un tireur redoutable. Depuis, il n'a cessé de progresser, en dépit de longues et périodiques absences — et aussi d'un grave accident de cheval qui le contraignit à un repos prolongé.

Un mois suffit à son corps toujours bien entraîné pour se remettre parfaitement en armes. Dès qu'il a reconquis sa « forme », comme on dit des chevaux de courses, il peut lutter sans désavantage contre les premiers fleurets de nos salles d'armes.

Phélippon est taillé en Hercule. Très grand et très fort, il possède des bras et des jambes exceptionnellement organisés, servis par une grande expérience des armes.

Il excelle à surprendre son adversaire dans ses préparations par des coups droits, dégagés et une-deux aussi rapides que corrects ; si l'adversaire résiste à ses attaques, il garde la défensive, bien certain de le prendre tôt ou tard à la riposte.

Il juge bien l'attaque, pare très juste et envoie avec précision des ripostes composées dans toutes lignes.

On peut lui reprocher — défaut commun à beaucoup d'amateurs — de ne pas assez fléchir sur les jarrets et de porter la tête un peu trop en arrière.

Il pèche parfois par un excès de vigueur ; en revanche, il a beaucoup de jugement, beaucoup de sang-froid, et peut suivre, sans se tromper, toutes les phases d'un long assaut.

Qu'il touche ou soit touché, il sait toujours quel coup a été exécuté et même, si vous lui demandez, il vous le dira avec une parfaite bonne grâce.

Par exemple, ne recommencez pas le même coup sur lui, car il a beaucoup de mémoire et de coup d'œil, et le même piège ne le prendrait pas deux fois de suite.

Phélippon tire peu en assaut public, et on doit le regretter, car chaque fois qu'il l'a fait, il a lutté, brillamment même, contre des maîtres comme Mérignac aîné, Prévost, Breton, Boulanger, Tixier, Michon, ou des amateurs comme MM. le capitaine Dérué, de Villeneuve et autres tireurs classés.