Ardohain

Item

Title
Ardohain
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier pays tribute to Ardohain, affectionately known as "père Ardohain," a revered figure in French fencing who passed away at the age of 91. Born in 1794, Ardohain began his fencing career after serving in the military, where he fought in the Battle of Hanau in 1813. He became a master of the art, holding positions as a master-at-arms in various regiments and later teaching at prominent Parisian salles, including Pons and Bertrand. Known for his strong defensive skills, particularly his powerful second parry, Ardohain was more of a defensive fencer than an attacker. Despite his advanced age, he remained active, crafting beautifully balanced foils regarded almost as works of art. Respected for his integrity and disciplined lifestyle, Ardohain's life was marked by a deep commitment to honor and the art of fencing, leaving a lasting legacy in the fencing community. His humor and wisdom endeared him to many, making him a beloved figure in the sport.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
101
page end
106
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr ARDOHAIN

Honneur au doyen de l'escrime française ! (Depuis que cet ouvrage est en préparation, Ardohain est mort. Je n'ai rien à changer au croquis que j'ai fait de ce brave homme.) Ardohain, le « père Ardohain », comme disent ses amis, est né le 10 septembre 1794. Il vient donc d'entrer dans sa quatre-vingt-onzième année. À le voir travailler avec amour à la confection d'une garde ou d'un pommeau de fleuret, on le croirait tout au plus septuagénaire, et septuagénaire bien conservé, encore !

Pendant que le père Ardohain me narre avec une lucidité parfaite et une mémoire prodigieuse sa longue vie tout entière consacrée au travail, je croque rapidement la silhouette de ce vétéran de l'escrime.

Il est de taille moyenne, mais solidement charpenté ; les épaules sont larges, et le thorax puissant. — La tête respire tout à la fois l'énergie et la bonté : les moustaches sont très blanches et soigneusement cirées à leur extrémité ; les yeux petits et vifs semblent pouvoir se passer de lunettes, ainsi que le témoigne, du reste, l'habitude de leur propriétaire de les remonter sur son front. L'ensemble chez Ardohain décèle le vieux soldat.

Une bonne partie de sa vie s'est, en effet, écoulée dans les camps. Ardohain s'engagea à dix-neuf ans et fit partie du fameux corps d'armée qui passa sur le ventre des Bavarois, à Hanau, en 1813. Après la chute du premier empire en 1815, il fut nommé prévôt au 13e léger, en garnison à Toulouse.

C'est dans cette ville qu'il commença à pénétrer les secrets de cet art si compliqué et si difficile de l'escrime en plastronnant durant dix mois consécutifs avec le professeur Azaye — sans faire un seul assaut. — Excellent exemple plus facile à admirer qu'à suivre !

Ardohain devint ainsi un tireur de jugement, ne livrant rien au hasard, en dépit de sa rare vigueur.

Peu de temps après, la nomination de maître d'armes au 13e léger le récompensait de sa constance et de ses efforts. Il n'avait pas encore vingt-trois ans.

En 1828, il passa au 18e chasseurs à cheval en la même qualité, puis deux ans après au 6e lanciers où il eut comme prévôt un homme qui devait devenir lui-même une des gloires de l'escrime française : Prévost père.

Son congé obtenu, Ardohain vint à Paris où il fut successivement, pendant plusieurs années, prévôt chez Pons aîné et chez le grand Bertrand.

Après un court séjour en Belgique, Ardohain revint encore dans la salle de Pons aîné. — Il eut ensuite une salle à lui, rue Favart, n° 6, où il donna pendant une douzaine d'années des leçons très appréciées des connaisseurs.

On conçoit que, durant sa longue carrière, cet infatigable vétéran dut faire bon nombre d'assauts. C'est ainsi qu'il eut l'honneur de croiser le fer avec presque toutes les illustrations de l'escrime : avec le grand Bertrand, avec Daressy, avec Robert aîné, avec Lozès aîné, avec Pons, etc.

À propos de Bertrand, Ardohain nous racontait que l'illustre professeur le « roulait » comme il voulait — ce sont ses propres expressions — à la salle d'armes, tandis qu'en public Bertrand tirait avec moins de perfection, surtout au commencement de l'assaut où il ne parvenait pas toujours à dominer son émotion.

C'est à cette particularité que Lozès aîné, qui connaissait bien son adversaire, dut de prendre les trois premiers coups de bouton dans un mémorable assaut.

Mais revenons à notre modèle.

Dans son beau temps, Ardohain était essentiellement un tireur de tête, plus pareur qu'attaqueur.

Sa parade favorite était la parade de seconde qu'il exécutait avec une vigueur qui produisait souvent le désarmement.

Il avait également un coup un peu entaché de romantisme, mais qu'il possédait bien et qu'il réussissait presque toujours.

Quand il avait trouvé l'épée en quarte, il opérait sur la gauche une forte pression, et touchait son adversaire dans le flanc, par une espèce de liement dans la ligne de dessous. Ce coup est une manière de riposte en flanconnade sans opposition.

Ardohain, dont la vie privée fut toute de probité et d'honneur, est un honnête homme dans toute la force du terme.

Il aurait pu prendre pour devise : « Fais ce que dois ».

Une petite anecdote à l'appui de sa tempérance et de son austérité :

Un jour, des camarades parvinrent à le griser, il fut si mécontent, si honteux, de s'être oublié un instant, qu'il fit le serment de se tuer si pareille chose lui arrivait encore.

Comme Ardohain est encore, Dieu merci ! bien vivant, vous pouvez en déduire qu'il ne sacrifia pas une seconde fois à Bacchus.

Un détail pour finir :

Ce Nestor de l'escrime monte admirablement les fleurets, dont chaque pièce est ciselée, pour ainsi dire, par lui-même, avec un soin jaloux.

Un fleuret sorti de ses mains devient presque une œuvre d'art. L'arme est si légère, si bien équilibrée, qu'on la sent à peine dans la main et qu'il semble qu'on tienne un fleuret magique.

Le « père Ardohain » ne manque ni d'humour, ni même de causticité, à l'occasion, en dépit de sa réelle bonté.

Un jour, qu'on parlait devant lui de différents tireurs, qu'on cataloguait ainsi : N... est un pareur, M... un attaqueur, S... est tout à la fois l'un et l'autre. — On lui demanda dans quelle catégorie il rangeait X..., un tireur qui avait la langue bien autrement déliée que le poignet :

— X... fit le père Ardohain, avec son air tranquille, ce n'est ni un pareur ni un attaqueur, c'est un blagueur !