Ruzé (père)

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Title
Ruzé (père)
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier focuses on Ruzé père, a revered fencing master who, at 65 years old, remains vigorous and highly respected in the Parisian fencing community. Born in 1819, Ruzé began his fencing career in the military in 1840 and spent many years teaching at various regiments before founding his own salle d'armes in Paris. Known for his dedication and thoroughness as a teacher, Ruzé has trained numerous accomplished fencers, including his sons, who are following in his footsteps. His salle on rue de la Bienfaisance is described as one of the most well-appointed in Paris, attracting a large number of talented students. Ruzé is especially skilled in defense, with a preference for parries in sixte and quarte followed by precise ripostes. His commitment to his craft and his role as a family man has earned him the admiration and respect of all who know him.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
107
page end
112
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr RUZÉ (père)

Il y a trois Ruzé : celui que nous portraicturons aujourd'hui et ses deux fils, qui marchent brillamment sur les traces paternelles et auront leurs médaillons accrochés dans cette galerie, à leur tour.

Le chef de la dynastie des Ruzé est né le 4 octobre 1819. Il a donc aujourd'hui 65 ans sonnés.

Eh bien ! je vous assure que le maître a dû me montrer son extrait de naissance pour me convaincre ; à voir sa robuste sveltesse, sa magnifique tenue sous les armes et ses cheveux qui persistent à ne pas blanchir, Ruzé père pourrait parfaitement, sans violer la vraisemblance, dissimuler quelques cinq lustres.

Il n'y songe même pas, l'excellent professeur, et toute sa coquetterie consiste à former de bons élèves et à faire progresser sans cesse les assidus de sa salle.

Les débuts de Ruzé datent de 1840, c'est-à-dire de son entrée au service militaire. Il se mit à travailler, avec une ardeur jamais lasse, cette science de l'escrime qu'il aimait d'instinct et il fut bientôt breveté maître à la suite de brillantes épreuves subies devant les meilleurs connaisseurs du temps.

Il enseigna durant dix-huit années au 54e régiment d'infanterie et ensuite au 1er voltigeurs de la garde les excellents principes qu'il tenait du célèbre Jean Louis et de Parise, les deux meilleurs plastrons de l'époque.

En 1866, cet infatigable lutteur prit sa retraite après avoir été décoré de la médaille militaire pour ses loyaux services et, pour se reposer de ses nombreux labeurs, il fonda une salle d'armes rue de Miromesnil. Il ne tarda pas à avoir un noyau d'élèves qui alla sans cesse grossissant et qui le contraignit à transporter ses pénates rue de la Bienfaisance, 10, tout près de l'église Saint-Augustin, où il se trouve encore actuellement.

Cette salle d'armes, située au rez-de-chaussée, est une des plus coquettes, des plus claires et des plus confortables qui existent à Paris.

À côté d'un portrait à l'huile fort ressemblant du maître de céans, on peut voir le long du mur des panoplies arrangées avec beaucoup de goût, des gravures anciennes se rapportant à l'escrime, et la grande coupe en argent ciselé et la médaille d'or remportées par Paul Ruzé, au dernier concours international de Milan, et les trophées conquis en Italie par Adolphe Ruzé à la pointe du fleuret.

N'oublions pas de mentionner un lavabo très spacieux où l'on peut se livrer à de réconfortantes ablutions, et la salle d'hydrothérapie qui est le complément indispensable de toute salle d'armes un peu sérieuse.

Ruzé père est, à coup sûr, l'un des meilleurs professeurs de Paris. Cette supériorité, il la doit à la science de l'escrime d'abord, à sa patience, à sa ténacité, à sa bienveillante sévérité, si je puis m'exprimer ainsi. Quand Ruzé donne la leçon à un élève, il la lui donne complète et ne l'abandonne que lorsqu'elle est parachevée. Il n'écoute ni ses doléances, ni ses plaintes : l'élève qui est sur la planche, en face de lui, en sortira couvert de sueur, mais avec la certitude d'un progrès accompli.

Un de nos amateurs les plus compétents disait un jour chez Mimiague, après un assaut où Conrad avait tiré avec son élégance classique et son brio ordinaire : « Le maître qui a fait cet élève est un professeur qui possède bien son art. »

La salle Ruzé compte un grand nombre d'élèves. Citons parmi les meilleurs : MM. Phelippon, Conrad, Barthe, marquis de Valcarlos, Reille, Henry Reymond, de Chauvigny, Cristiani, dont on a pu apprécier les nombreuses qualités de tenue, d'exécution et d'acquit dans maints assauts publics.

À côté de ces anciens élèves, il est toute une pléiade de tireurs qui ont moins d'années de salle, mais qui n'en font pas moins honneur à l'enseignement de Ruzé et de ses fils.

Nommons tout d'abord : MM. Legrand frères, deux excellents attaqueurs d'allonge — Fradin, un jeune escrimeur qui pare, riposte et attaque très habilement — Rendu, un tireur très vigoureux — P. Gayrou, un tireur de tête doué d'une main exercée — comte d'Yzarn de Freissinet, un bon pareur-riposteur — marquis Milo, un exécutant plein de jugement — Sandford, un escrimeur au jeu très net, à la main vigoureuse et rapide — puis MM. Perrault, Hoyman, de Païva, ces trois derniers très corrects et pleins d'avenir.

Sur le tableau qui contient les noms des élèves de la salle, j'aperçois encore ceux de quelques bons tireurs : MM. le docteur Janicot, Paul Nadar, de Grainville, vicomte de Sombreuil, Chalret du Rieu, Jacquemin, Jolly, de Dorlodot, marquis de Rabar, de la Salle, de Saint-André, Alicot, baron Mariani, des Essarts, marquis de Grimaldi, Person, Diémer, vicomte de Tocqueville, Millon, docteur Cieurre, E. Poirée, L. Dubrujeaud, comte de Lariboisière.

J'allais oublier deux noms fort connus : ceux de MM. le docteur Landolt, l'éminent praticien qui fait des armes avec beaucoup de méthode et de jugement, et enfin Victor Maurel, le grand artiste lyrique, qui possède, en outre d'une superbe tenue sous les armes, une main aussi belle et aussi vigoureuse que sa voix, ce qui n'est pas peu dire.

Ruzé est supérieurement placé en garde et bien assis sur ses jambes. Il trompe l'épée avec beaucoup de finesse et d'à-propos. Il profite généralement des préparations de ses adversaires pour les surprendre par une attaque simple : un dégagement dessus précédé d'un battement en quarte.

Ses parades favorites sont le contre-de-sixte et la parade simple en quarte suivie de riposte dans la ligne basse.

Ruzé est gaucher et très difficile.

Un des meilleurs assauts qu'il ait fournis est celui qu'il soutint à la salle Valentino, contre Rouleau, l'ancien adjudant, moniteur général à l'école de Vincennes, aujourd'hui le successeur de Pons.

Ruzé s'est défendu contre son redoutable adversaire par des une-deux coupés et des doublements d'épée en ligne basse qui ont très justement excité les applaudissements de l'assistance.

Ce vétéran de l'escrime est l'homme du devoir. Il a élevé, grâce à un labeur obstiné, une très nombreuse famille composée de cinq enfants, dont trois filles, qui donnent la leçon à merveille et feront d'excellents professeurs pour dames et jeunes filles. Aussi Ruzé a-t-il bien mérité l'estime et l'amitié que lui ont vouées tous ceux qui le connaissent.

C'est un honnête homme dans toute la force du terme.