Hottelet

Item

Title
Hottelet
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier highlights the esteemed fencing master Hottelet, known for his formidable skill and undefeated record in the world of fencing. Hottelet, a left-handed fencer born in 1835, is renowned for his speed, precision, and powerful attacks, making him a formidable opponent in any match. Having served as a master at the École d'escrime de Joinville-le-Pont, he has had an illustrious career, training numerous successful students and contributing to the military fencing curriculum. After his retirement in 1884, Hottelet became the head of the prestigious Salle d'Armes on rue Taitbout, where he continues to train and fence with both amateurs and professionals. His salle is a hub for top-tier fencers, with many of his students achieving significant success in public assaults. Despite his intimidating prowess, Hottelet is known for his fairness and willingness to engage with fencers of all levels, reserving his full strength for only the most challenging matches.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
115
page end
122
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr HOTTELET

L'ancien adjudant premier maître à l'École d'escrime de Joinville-le-Pont est considéré à juste titre, depuis bien longtemps, comme l'un des plus forts exécutants du monde des armes : c'est l'un des rares tireurs dont on puisse dire qu'il n'a jamais été battu ; il a même pu rencontrer, à différentes reprises, Mérignac aîné sans désavantage et faire avec lui de splendides assauts, présents encore à la mémoire de tous. Je me bornerai à citer celui du Cirque d'hiver lors de l'assaut donné au bénéfice de la famille du maître d'armes Boyer.

Hottelet est gaucher. Tireur de jugement, il est en même temps attaqueur, pareur et riposteur. Il a d'excellentes jambes, une détente puissante, et une main à la fois vigoureuse et rapide. Ses attaques, généralement simples, sont d'une vitesse foudroyante ; ses parades énergiques et sobres rebondissent sur le fer ennemi pour donner lieu à de superbes ripostes, pleines de précision et d'autorité. Son triomphe en matière de riposte, c'est celle qu'il exécute la main renversée, après avoir jugé l'attaque.

Jamais aucun tireur n'a possédé ce coup avec une pareille maîtrise.

En résumé, c'est un tireur remarquable, plus puissant que brillant, et qui a su tirer parti, grâce à un travail acharné, des grands moyens physiques que lui a donnés la nature.

Hottelet est né le 27 septembre 1835 ; il a donc cinquante ans sonnés ; mais il ne paraît pas son âge ni à la ville, ni sur la planche de la salle d'armes, où sa vigueur est proverbiale.

Incorporé au 80e de ligne en 1856, il a eu comme premier maître Mimiague, de qui il tient en partie l'excellente méthode qui en fait l'un de nos premiers professeurs.

Passé en 1859 au 8e régiment de grenadiers de la garde, où Manniez était premier maître, il a beaucoup travaillé et beaucoup appris avec cet excellent démonstrateur, qu'il a remplacé lorsque l'heure de la retraite a sonné pour lui.

Après la campagne de 1870, étant sans emploi par suite du licenciement de la garde, le célèbre gaucher entra comme sergent premier maître au 70e de ligne.

Aussi, en 1873, quand fut créée l'École spéciale destinée à donner l'uniformité de l'enseignement de l'escrime dans l'armée, on songea tout de suite à Hottelet, qui y fut appelé et y professa avec éclat pendant de longues années en compagnie de MM. Rouleau, Breton et Boulanger.

Il collabora activement à l'excellente théorie qui fut adoptée par le ministre de la guerre en 1877.

Nommé adjudant professeur d'escrime en 1875, Hottelet fut admis à la retraite le 1er octobre 1884.

Décoré de la médaille d'Italie, de la médaille militaire et chevalier de la Légion d'honneur, Hottelet a de très beaux états de service. Très sympathique, très modeste, il est plein de tact et très laborieux. C'est à coup sûr un des hommes qui honorent le plus sa profession ; aussi les membres du comité du Cercle de l'escrime de la rue Taitbout furent-ils particulièrement bien inspirés de confier la direction de leur salle d'armes à ce galant homme qui est en même temps un démonstrateur de premier ordre.

Les nombreux élèves qu'il a formés dans le cours de sa laborieuse carrière le prouvent surabondamment. Les frères Sauze ; Roig, professeur à la Flèche; Thierriet, professeur à Londres, Calmels, Hilbert, Mare, adjudant au 1er dragons; Pianelli, adjudant au 67e de ligne, et Lafont, l'excellent professeur du grand Cercle d'escrime de Bruxelles, — pour ne citer que ceux-là, — lui doivent la meilleure part de leur savoir-faire.

Grâce à son activité, à son dévouement et à l'excellence de sa méthode, la salle d'armes du Cercle de l'escrime compte aujourd'hui une véritable pépinière de bons tireurs, dont beaucoup ont été commencés ou transformés par lui de la façon la plus heureuse.

Parmi les meilleurs tireurs de la salle, il convient de citer en première ligne :

MM. Charles Le Roy, Passot, le capitaine Bonini, le lieutenant Roux, Roll, Paul Ritter, Lacroix, Armand Silvestre, Georges de Cassagnac, Georges Legrand, Grut, Chardin, Paul Reymond, Gervex, Alexandre Hepp, Emmanuel Arène, Charles Meyer, Fleury, Boileau, docteur Crosnier, Émile Pascal, Paul Eggly, prince Soutzo, René Marx, Arnoult, Gœlzer, Le Roy fils, Baure, de Marcy, Joubert, Roscowitz, Paul Robert, J. Malmeyde, Fajolle, Dutou, Lajeune-Vilar, que je cite au hasard de la mémoire, et sans avoir la prétention de les classer par ordre de mérite.

Une mention spéciale est due à deux officiers de mérite : MM. Bonini et Roux, qui tirent comme des maîtres. Tous deux appartiennent à la bonne école et, tout en étant très toucheurs, ne cessent jamais d'être très corrects et de faire de belles armes.

Il en est beaucoup d'autres qui donnent déjà plus que des promesses, comme MM. Aubert, de Lavallée, Jacobson, Mariotti, Abraham Dreyfus frères, Mas, Tessonnière, Maurice Leng, de Coupray, Vincent du Claux, de la Fuente, Scalaroni, Raap, Sisto, Sauvat, Fouquier, David, Gochain, etc.

La salle d'armes de la rue Taitbout, qui est une des plus vastes, des plus confortables et des plus artistement décorées de Paris, est, une fois par semaine, le rendez-vous des excellents escrimeurs de Paris.

Les élèves les plus réputés de la salle, comme MM. le capitaine Dérué, Passot, Lacroix, le capitaine Bonini, le lieutenant Roux, Roll, Ritter, Charles Le Roy, G. de Cassagnac, Silvestre, Grut, Reymond, etc., tiennent vaillamment tête aux notabilités de l'escrime — professeurs et amateurs — qui viennent souvent croiser le fer à la salle de la rue Taitbout. MM. Alfonso de Aldama et Vavasseur, dont on connaît le jeu à la fois brillant et fort, sont des plus fidèles habitués du jeudi, et leurs assauts font toujours sensation.

L'école de Joinville-le-Pont, qui a conservé la mémoire des services rendus par Hottelet, envoie aussi, chaque semaine, ses meilleurs prévôts lutter avec les assidus de la salle dont quelques-uns, comme MM. Chardin, Arnoult, Fleury, Grosnier, Gervex, font des progrès rapides.

Hottelet ne se borne pas à donner d'excellentes leçons au Cercle de l'escrime ; il y fait assaut avec tous les amateurs et professeurs qui se présentent.

Différant en cela de certains maîtres d'armes qui ont toujours peur de gâter leur réputation par un mauvais assaut, Hottelet se tient à la disposition de chacun avec une bonne grâce infatigable.

On comprend que la perspective de se mesurer avec un pareil lutteur fasse reculer bien des champions. Pourtant les audacieux n'ont pas eu trop à se repentir de leur témérité, car Hottelet, qui est le meilleur des hommes, ne cherche jamais à écraser un adversaire notoirement inférieur à lui. Il fait en sorte de donner lieu à un enchaînement de belles phrases d'armes, et l'on peut ainsi causer au fleuret avec lui. Il réserve son « grand jeu » pour les assauts publics, pour les présomptueux et pour les rares champions dignes de se mesurer avec lui.

J'ajouterai qu'Hottelet est très bien secondé à la salle d'armes par ses trois auxiliaires : Mégy, Varille et Enjalbert.

Mégy est un exécutant correct; il possède de « l'allonge » et une main exercée qui lui permet de bien « tromper le fer ».

Quant à Varille, c'est un pareur habile ; son plastron, de belle dimension, est plus tentant qu'accessible, et il a des ripostes composées qui touchent le mieux du monde.

Enjalbert s'acquitte avec zèle de ses fonctions de prévôt et son jeu correct et fin se prête bien aux assauts classiques.

Le président d'honneur de la salle est M. Louis Andrieux, que j'ai apprécié plus haut comme escrimeur. L'autre président est Aurélien Scholl, l'homme d'esprit connu de tout Paris.

L'esprit de Scholl passe à juste titre pour piquer ferme ; c'est exactement comme son épée. Délaissant le classique fleuret, qui est surtout l'arme de la salle, il s'est appliqué uniquement à l'étude de l'épée ; aussi y est-il devenu d'une force très redoutable. Jacob l'a initié aux secrets du jeu de terrain qu'il possède bien, étant allé sur le pré un peu plus de douze fois.

Il a également travaillé avec Destrée, — un beau tireur et un bon professeur d'épée, — avec Vitale, — aujourd'hui en Amérique, — avec Frey, — un habile exécutant, l'un des bons professeurs de l'école d'escrime française de la rue St-Marc.

Scholl attaque avec une vigueur et une impétuosité qui décontenancent souvent ses adversaires. Pour moi, je préfère chez lui le pareur riposteur à l'attaqueur. Avec son solide poignet, il pare souvent très juste et envoie alors des ripostes précises et rapides. Si Scholl voulait se faire un jeu de « défensive », il serait un tireur de terrain plus redoutable encore qu'il ne l'est.

On le voit, la salle de la rue Taitbout possède tous les éléments pour devenir un centre d'escrime de premier ordre. Avec des amateurs comme ceux dont j'ai cité les noms et un maître comme Hottelet, elle peut rivaliser dès maintenant avec les meilleures de Paris, au point de vue de la qualité et de la quantité.