Louis Mérignac

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Title
Louis Mérignac
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier profiles Louis Mérignac, regarded as the finest fencer in the world at the time. Initially resistant to learning the sport, Mérignac was pushed into fencing by his father, and he eventually displayed extraordinary natural talent, becoming a master in the art. Born in Paris in 1846, he became known for his exceptional speed, precision, and powerful legwork, earning a reputation as a fencer of unparalleled skill. His career includes memorable public bouts, such as those against the baron de San Malato and Vigeant, which solidified his status as an elite fencer. The chapter also mentions notable members of Mérignac's salle d'armes, including Rigault, Delapalme, and Chevillard, among others. Mérignac's passion extends beyond fencing to include interests in books, theater, and music, although the specific instrument he plays remains a mystery.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
133
page end
140
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr LOUIS MÉRIGNAC

Mérignac aîné est actuellement considéré comme le premier tireur du monde !

Et dire que ce maître s'est montré, dans sa prime jeunesse, rebelle à l'étude du fleuret ! C'est à la lettre. Le père dut se fâcher afin de forcer son fils à apprendre l'escrime, pour laquelle le jeune homme ressentait une antipathie voisine de l'aversion.

Croyez donc aux vocations, après cela !

Et cependant si quelqu'un a été créé et mis au monde pour faire de l'escrime, c'est bien Louis Mérignac. On peut dire qu'il est, sous ce rapport, doué à miracle, doué comme personne ne le fut jamais peut-être.

Une main, une tête, un œil, et des jambes ! Des jambes surtout, qui se détendent avec la puissance d'un boulet projeté par la dynamite.

C'est le dernier mot de la puissance en armes.

Louis Mérignac, l'aîné des trois fils du maître d'armes François Mérignac, est né à Paris en 1846. Il a donc aujourd'hui quelque 39 ans. Il est de taille moyenne et tout en muscles : de graisse point, mais une maigreur de chèvre pyrénéenne.

Le visage, éclairé par deux yeux noirs, brillants, respire l'énergie avec son nez en bec de vautour. Le menton accentue cette énergie jusqu'à l'entêtement, qui est un des défauts mignons de Mérignac.

Mérignac est l'élève de son père, qui a toujours passé pour un habile professeur. Il est aussi l'élève de la nature, qui lui a tout donné au point de vue de l'escrime.

Il débuta, vers l'âge de dix-huit ans, chez Piobert aîné, où son agilité, sa vitesse de main et son sang-froid furent très remarqués. Il sacrifiait, à ce moment, au goût de l'époque, qui ne dédaignait point les costumes romantiques : tout de noir habillé, des pieds à la tête, il produisit sur le public une impression étrange. On le surnomma le tireur noir.

Un amateur distingué, notre ami M. le baron d'Ariste, a pris, sous ce rapport, la succession de Mérignac. Il se déguise, lui aussi, pour tirer en public, en tireur noir : m'est avis que ce n'est pas seulement une coquetterie d'homme élégant, c'est peut-être aussi une « roublardise » de gascon qui sait que le plastron noir est bien plus inaccessible que le blanc aux coups de bouton.

Nous retrouvons le jeune Mérignac, dont la réputation allait grandissant, au concours d'escrime qui eut lieu pendant l'Exposition de 1867. Il se mesura avec beaucoup de succès contre les principaux maîtres d'armes étrangers et notamment contre Heindebrunze, de Tours, et Gaspard, de Marseille.

Plus tard, il alla à Londres et remporta de véritables succès contre les maîtres d'armes d'Angleterre.

Un peu plus tard, il fit à la salle Herz, contre le regretté Staat, un assaut mémorable. Le carabinier de la rue Favart était un excellent homme, mais un peu grincheux dès qu'il avait le masque sur la tête. Plus d'une fois, après avoir « passé » son svelte adversaire, il lui arriva de dire, avec son accent si drôle de Strasbourgeois mécontent :

— Quand on est touché, on le dit !

À cette époque, il eut l'honneur de croiser le fer avec des maîtres en renom comme Robert aîné, et des amateurs célèbres comme Antoine d'Ezpeleta.

Quoique battu par ces fleurets illustres, il ne s'en défendit pas moins brillamment, eu égard à sa jeunesse.

Il prit ensuite, vers 1868, la direction de la salle que son père, François Mérignac, avait installée rue du Helder, — tandis que celui-ci allait fonder une succursale rue Monsieur-le-Prince, en plein quartier latin. Cette salle est aujourd'hui dirigée par Émile Mérignac, frère puîné de celui que nous portrairons, depuis le 22 juin 1881, époque à laquelle mourut le père Mérignac.

Voici la néfaste guerre de 1870. Mérignac est rappelé, puis nommé premier maître au 102ᵉ régiment de ligne. Il y reste jusqu'au mois de septembre 1873, date à laquelle il prend son congé.

Depuis cette époque, il a souvent tiré en public, et sa réputation, qui n'a fait que grandir, est aujourd'hui à son zénith.

On le regarde généralement comme le tireur le plus fort qui existe actuellement.

C'est égal, je voudrais bien voir un assaut entre lui et A. d'Ezpeleta « entraîné » à point !

Quoi qu'il en soit, il a peut-être un ou deux rivaux au plus en escrime, il n'a sûrement point de maître.

Ce qui caractérise son jeu, c'est la « puissance ».

Ses coups droits et ses dégagés de l'immobilité sont le dernier mot de l'art. Impossible de déployer à la fois plus d'à-propos et de vitesse foudroyante.

« Il trompe l'épée avec une telle finesse, dit mon confrère de Saint-Albin, qu'on jurerait qu'il n'exécute que des coups droits ».

Cela est vrai, il semble écrire avec la pointe de son fleuret.

Ça, c'est le « doigté », cette qualité si rare en escrime qui est seulement le partage de quelques grands tireurs et qui semble se perdre un peu aujourd'hui.

Ses parades sont à la hauteur de ses attaques. Il pare et riposte de toutes les façons et dans toutes les lignes, avec la même supériorité.

Il possède le « sentiment du fer » à un très haut degré, un sang-froid à toute épreuve et plus d'instinct que de jugement proprement dit.

Ajoutons qu'il sait « dérober le fer » comme personne ne l'a su et ne le saura jamais.

Je ne rappellerai que pour mémoire, — parce que personne ne les a oubliés — les admirables assauts qu'il a soutenus : contre le baron de San Malato au Figaro, où il remporta un de ses plus beaux triomphes — et contre Vigeant chez M. Dollfus. Ces deux « duels » eurent dans le monde de l'escrime un immense retentissement.

Je les préfère, pour ma part, aux assauts qu'il a faits avec Hottelet au Cirque d'hiver où l'avantage a été balancé, avec Désiré Robert au Grand Hôtel et avec M. Tony Girard chez le prince A. de Chimay, quoique dans ces trois passes d'armes il ait encore, à des degrés divers, fait montre d'une maestria superbe.

La salle Mérignac, organisée en cercle d'escrime depuis quelque temps, a pour président le baron Antoine d'Ezpeleta, pour vice-présidents, MM. Gustave Laroze et Hochon, deux exécutants de premier ordre, et pour secrétaire, M. Siry, un de nos bons tireurs d'épée.

La salle de la rue Joubert comprend un grand nombre de membres ; parmi les meilleurs tireurs, nous citerons sans avoir la prétention de les classer :

MM. Rigault — dont les attaques composées et les ripostes sont également remarquables ; Delapalme, — un tireur de tête dont les attaques pleines de vigueur et de vitesse partent de loin ; Chevillard, — un « feinteur » de premier ordre ; le baron Louis de Caters, — un très bon exécutant dont il faut surtout louer les ripostes de quarte ; Lebron, — un de nos escrimeurs les plus corrects et les plus fins ; Anjubault, — un des bons toucheurs de Paris ; Céide, — un jeune tireur qui prend des temps et des ripostes dessous comme un maître ; Émile André, — un tireur doué de beaucoup de jugement et de vitesse qui s'occupe spécialement de questions d'escrime et qui a obtenu, au concours, le prix de la Société d'encouragement pour son étude sur le « jeu de salle et le jeu de terrain » ; Crémieux-Foa, — un gaucher aux attaques et aux ripostes pleines de vigueur ; Soupe, — dont l'excellente main est familière avec toutes les lignes ; Babé, — un lauréat de la Société d'encouragement de l'escrime qui possède de la vigueur et de la vitesse.

N'oublions pas d'autres tireurs pleins de correction et d'avenir :

MM. de Sénéchal, Santa-Maria, Berthelin, Chapellier, Chabrié, Boussod, Reynaud, Marcou, Dolléans, Bouvelet, Guerton et Arnaud de l'Ariège.

Enfin, il serait injuste d'oublier les escrimeurs suivants, qui, tous, font preuve de qualités dignes d'être notées :

MM. de Kergariou, Marcel Ballot, — un rapide tireur d'épée ; — docteur Poyet, de Kergall, Barbé, Lehideux, Joubert, Claude Coubin, Godillot, E. Guilloux, Simond, Bénazet, comte de Morny, Javal, Henri Robert, Aldernstein, Legrand, F. Mibius, Farquhar.

Sur la liste des membres honoraires, je relève les noms suivants :

Carolus-Duran, Roulez, Edmond Magnier, Van den Abeele, Sanguinetti, Grenet, commandant Glamorgan, Allard, etc.

Mentionnons enfin les deux prévôts Denis et Midlair, qui remplissent leurs fonctions à la satisfaction générale, et le tout jeune Lucien Mérignac, qui marche sur les traces de son célèbre père.

Mérignac n'adore pas seulement son art. Il aime encore les livres, le théâtre et la musique, qu'il cultive avec goût, à ce que m'apprend mon confrère Émile André.

Par exemple, je n'ai jamais pu savoir de quel instrument il jouait.

Réflexion faite, ce doit être du piano, à cause du « doigté » et de l' « octave ».