Vigeant

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Title
Vigeant
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier profiles Vigeant, a master fencer who became somewhat controversial in the fencing world due to his perceived prickliness and rivalry with Louis Mérignac. Despite these tensions, Vigeant is recognized for his unique talent and style, which set him apart from his contemporaries. Originally, Vigeant did not intend to become a fencing master; however, after a series of personal setbacks, he was drawn into the profession and quickly gained a reputation as one of Paris’s most fashionable and skilled instructors. His fencing style is marked by exceptional finesse and wrist dexterity, though his legwork is considered less strong. Vigeant eventually shifted his focus from active fencing to writing, authoring several significant works on the art of fencing, including La Grammaire de l'escrime and L'Art de l'épée au XIXᵉ siècle, both highly anticipated in the fencing community.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
141
page end
145
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr VIGEANT

Vigeant a été un peu brouillé avec une fraction considérable du monde de l'escrime.

À quoi cela tient-il ? À plusieurs raisons. À son honneur un peu ombrageux, d'abord. Je le soupçonne de voir des persécuteurs et des malveillants là où il n'y en a souvent pas. À son antagonisme avec Louis Mérignac ensuite.

Là, il n'est pas le seul coupable.

Je n'ai jamais pu comprendre, pour ma part, qu'on put opposer ces deux maîtres l'un à l'autre. Ils sont essentiellement différents.

Transportons la comparaison, en l'élevant, dans le monde des arts.

Est-ce qu'on peut mettre en parallèle Ingres et Delacroix, Donizetti et Wagner, Pradier et Rude ? Non, n'est-ce pas ?

Les natures, les manières, les tempéraments de ces maîtres sont tellement dissemblables qu'on ne saurait les comparer entre eux. Cela ne les empêche pas d'exister et d'avoir tous ou du génie ou du talent.

De même pour Mérignac et Vigeant qui ont, chacun dans leur genre, du talent dans la façon dont ils manient le fleuret.

Vigeant ne se destinait point à la profession de maître d'armes.

C'est le hasard encore plus que la vocation qui l'a poussé dans la voie qu'il a suivie.

Il doit bénir ce hasard auquel il doit la notoriété et la fortune. — On prétend qu'il gagne cent mille francs par an.

Après avoir fait des études assez complètes au collège de Rennes — il est Breton — Vigeant s'engagea, à la suite de revers de fortune, dans l'artillerie, et vint à Paris avec le grade de sous-officier.

Son père, élève de Jean-Louis, l'avait déjà initié à la méthode du célèbre maître auquel nous devons Luzé père, Mimiague, Collin et tant d'autres excellents professeurs. Bonnet, un rival des Bertrand, des Lozès, des Prévost père pour lequel il avait des lettres de recommandation, mit le jeune homme en face de lui sur la planche de la salle d'armes et lui prédit le plus bel avenir s'il consentait à travailler.

L'élève piocha avec ardeur et acquit en peu de temps une très jolie force.

Après un voyage à Bordeaux, où il se perfectionna encore dans l'étude de son art, il se sentit les reins assez forts pour tâter de Paris.

Ses débuts firent sensation (1872). Il avait alors trente ans et était en pleine possession de ses moyens.

Les amateurs célèbres de l'époque le remarquèrent et le protégèrent.

À la suite de brillants assauts avec les maîtres en renom, notamment avec Mimiague, il fut nommé professeur de la salle d'armes du Cercle de l'Union artistique, dont le président était le baron Gourgaud.

Quelque temps après il était nommé professeur au collège des Jésuites et Le Figaro lui donnait la direction de sa salle d'armes.

Le jeune maître était désormais « lancé » et même « arrivé ».

Les honneurs et les profits venaient à lui.

Vigeant est, avec Prévost, le maître d'armes le plus « fashionable » de Paris.

Il s'habille avec élégance, possède un salon au deuxième étage de la rue de Rennes où il reçoit ses amis et joue du piano comme Ritter.

Le maître d'armes du Figaro est un « fouilleur » et un amateur de livres rares et anciens ; il possède une bibliothèque de traités, de dessins et d'estampes concernant l'escrime, d'une inappréciable valeur.

Vigeant possède encore chez lui, entre autres curiosités, un portrait en pied signé Carolus Duran.

Le maître et l'élève étaient alors étroitement unis. Depuis, les relations entre eux se sont singulièrement refroidies.

Vigeant, qui connaît à fond la théorie de l'escrime, passe pour être un démonstrateur hors ligne.

Comme tireur, il est un des meilleurs et des plus fins qui soient.

On n'a pas oublié la lutte qui eut lieu chez M. Edmond Dollfus, l'année dernière, entre lui et Mérignac.

Le professeur de la rue Joubert eut l'avantage — ce n'est pas niable.

Mais Vigeant livra vaillamment le combat, fit montre de qualités de main merveilleuses, sut se faire applaudir.

Le professeur du Figaro possède un « doigté » et une dextérité de poignet qui lui permettent de riposter d'une façon vraiment admirable.

Les jambes ne sont pas le fort de ce maître. Il supplée à leur insuffisance par un jugement profond et par un esprit étonnamment fertile en ressources.

Au demeurant, c'est un des plus habiles exécutants de l'époque qui a eu le tort de prendre trop tôt sa retraite.

Dans ces derniers temps, il a beaucoup délaissé le fleuret pour la plume et a publié plusieurs ouvrages d'escrime. Un maître d'armes sous la Restauration a notamment obtenu du succès. Vigeant travaille, en outre, à deux livres qui ne manqueront pas d'exciter la curiosité générale : La Grammaire de l'escrime, manuel pratique du fleuret et de l'épée, et L'Art de l'épée au XIXᵉ siècle. Ces deux œuvres sont attendues avec impatience par le monde de l'escrime.