Jacob

Item

Title
Jacob
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier focuses on Jacob, a highly esteemed fencing master who transitioned from public assault fencing to a successful career in teaching. Renowned for his "lesson of the sword," Jacob is celebrated for preparing duelists with minimal experience to face combat with confidence and skill. His innovative approach to fencing has garnered both admiration and criticism, with some accusing him of prioritizing practical dueling techniques over the traditional artistry of the sport. Despite this, Jacob has built a strong reputation, particularly among literary circles, and has earned the respect of many prominent figures. He is associated with several prestigious institutions, including the Lycée Saint-Louis, Lycée Monge, and the Conservatoire. His influence extends to a diverse group of students and colleagues, contributing significantly to the evolution of fencing in Paris.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
146
page end
156
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr JACOB

Jacob a conquis, depuis pas mal d'années déjà, une situation considérable parmi les maîtres d'armes. Il a renoncé depuis longtemps au rôle ingrat et périlleux de tireur d'assaut public pour se vouer exclusivement au professorat, où il a obtenu tous les succès désirables. Il a atteint, en effet, une situation de premier ordre qui lui vaut beaucoup d'envieux; professeur au cercle de l'Escrime française, au lycée Saint-Louis, au lycée Monge, au Conservatoire, il compte, en outre, une clientèle en ville très importante qui raffole de son enseignement. Enfin, on prétend qu'il gagne près de cent mille francs par an et qu'il a maintenant son demi-million bien à lui. On voit que les leçons d'escrime ont du bon et qu'elles nourrissent aujourd'hui amplement leur homme.

Jacob a eu le don de se concilier des amitiés précieuses dans le monde des lettres. Mon pauvre et cher ami Chapron ne résista pas jadis au désir de portraicturer (dans le journal L'Escrime, que je dirigeais avec Montés) le professeur auquel il avait voué une affection admirative.

Je ne puis mieux faire que d'emprunter de larges citations à ce portrait si flatteur.

Le spirituel et regretté chroniqueur de L'Événement nous apprend que c'est à la salle d'armes que Jacob dirigea longtemps, au 17 du faubourg Montmartre, qu'il vit pour la première fois le maître.

Cette salle, dit-il, vaste, simple, de bon goût, était le rendez-vous du « Tout Paris » dont parlent si volontiers les gazetiers mondains. Un terrain neutre où se rencontraient les gens de lettres et les gens du monde. Jacob, dont la nature s'affirma et se compléta à ce double contact, était aimé de nous tous. C'est dans cette salle du faubourg Montmartre qu'ont défilé successivement Louis et Paul de Cassagnac, Lambert-Thiboust, Gambetta, Aurélien Scholl, Hervé, Ranc, Henri Fouquier, Franconi, Henri Bocage, et tant d'autres. Jacob commençait à enseigner alors cette fameuse « leçon d'épée », leçon sévère, sobre, absolument ignorée avant lui, et qui lui a créé une position exceptionnelle parmi les professeurs d'escrime.

Il avait déjà, au moment dont je parle, une réputation de maître-consultant en matière de duel. Il arrivait même parfois que, les conditions d'une rencontre réglées, les adversaires se heurtaient la veille à la porte de Jacob. Situation piquante, serais-je tenté de dire, si je ne craignais de commettre un assez mauvais jeu de mot. Jacob mourra avec la conscience d'avoir, non pas arrangé, attendu que la question n'était pas de son ressort, mais rendu moins périlleux et moins fou plus d'un duel que je sais. Le « terrain » est l'élément du jeune maître. Les naïfs, j'entends de ceux qui seraient capables d'esquisser un « coupé-dégagé », l'épée à la main, n'ont qu'à s'adresser à lui. Il leur apprendra le jeu, le véritable jeu, le seul jeu du duel. Méthode en dehors de laquelle le « coup fourré » est toujours possible entre l'amateur le plus expérimenté et un éphèbe débutant dans la carrière.

Dans cet ordre d'idées, Jacob a accompli de réels miracles. Je l'ai vu, en quelques heures, dégrossir, façonner, rendre très capables de défendre leur peau, des gaillards qui n'avaient jamais saisi la différence qui existe entre une épée et une canne. Je pourrais citer bien des exemples. Il me sera permis d'en citer au moins un, et des plus probants.

Personne n'a oublié les trois duels qu'un jeune homme, M. le vicomte d'Hau..., eut à subir en moins de quinze jours : deux duels à l'épée et un duel au sabre. Fort brave, très maître de soi, mais ignorant en l'espèce comme une carpe, M. d'Hau... n'avait que rarement touché un fleuret, quant au sabre, il le considérait volontiers comme un objet d'art, tout au plus bon à figurer dans une panoplie. Il était même tenté d'appeler cet instrument démodé un glaive. En cinq séances, Jacob le mit en forme. Il sortit intact de ces trois rencontres — un peu étonné, j'en jurerais.

Cette fameuse leçon d'épée a valu à Jacob beaucoup d'ennemis ; nombre de professeurs et d'amateurs lui reprochent d'avoir préparé la décadence de la véritable escrime en incitant nombre de gens à substituer à l'étude patiente et artistique du fleuret l'improvisation rapide et pratique de l'épée. De plus, ajoutent les détracteurs de Jacob, cette leçon d'épée a fait dégénérer le duel en rencontres pour rire ; une fois sur le terrain, les combattants, au lieu de se viser carrément à la poitrine, comme jadis, essayent tout bonnement de se piquer la main, « la partie qui avance le plus ». — Chapron a répondu avec beaucoup de verve à ces différents reproches. Écoutez-le plutôt :

« La leçon d'épée n'est pas du tout ce que pense un vain peuple de ferrailleurs. C'est de l'escrime, de l'escrime pure, mais avec une application particulière. Il n'y a pas deux sortes d'escrime, mais il y a deux façons de la pratiquer. Le fleuret, où un coup dans le bas-ventre ne compte pas, est une convention ; l'épée, où un coup dans le bas-ventre vous tue roide, est une réalité. Donc, il importe de ne pas manier le fleuret et l'épée de la même manière.

Dans la leçon d'épée de Jacob, les coups sont identiquement ceux qui se font dans la salle d'armes, avec cette différence capitale que les attaques ne visent jamais le corps, mais la partie la plus avancée que présente l'adversaire, la tête, la cuisse ou la main. L'attaquant, respectueux avant tout des distances à observer, ne doit jamais exposer sa poitrine. Ce n'est qu'en ripostant lui-même qu'il peut se fendre et porter un coup au corps de l'adversaire. Riposte suivie d'une retraite immédiate. Vous sentez que je n'ai pas la prétention de vous écrire ici la leçon d'épée, je me borne à en indiquer grosso modo le sens et le fond ; rien de plus.

Cette leçon d'épée a groupé autour de Jacob bon nombre d'élèves, qui ont voulu se tenir prêts à toute éventualité. Jacob a eu à cœur, par son art nouveau, d'égaliser les chances, dans la mesure du possible, entre les oisifs qui ont tout loisir de hanter les salles d'armes et les gens de travail qui ne peuvent consacrer à l'escrime que quelques instants.

Quoi qu'il en soit de cette question discutable et discutée, il est certain que Jacob est un professeur aussi habile que courtois.

En lui donnant les palmes d'officier d'Académie, le ministre de l'instruction publique a voulu lui témoigner qu'il considérait comme excellents les services qu'il rend à la jeunesse française et aux artistes en leur donnant des leçons au lycée Saint-Louis et au Conservatoire.

L'École d'escrime française, dont il est demeuré le professeur honoraire, est un des centres les plus importants de l'escrime en France.

Située au n° 14 de la rue Saint-Marc, elle a à sa disposition une grande et belle salle avec plusieurs pièces pour les vestiaires, les lavabos et le traitement hydrothérapique.

Elle a eu successivement pour présidents : MM. le général Ney, duc d'Elchingen, Féry-d'Esclands, Carolus-Duran et enfin des Haulles, l'aimable président actuellement en exercice, qui est doublé d'un escrimeur très réputé.

Le vice-président est M. le comte Lyonne, un amateur doué d'un poignet vigoureux, tireur au pistolet de premier ordre.

Parmi les élèves les plus renommés, citons : M. Legouvé, un tireur toujours admirable, en dépit de son grand âge ; Roulez, un amateur qui attaque à « fond » et possède beaucoup de « tête »; Vavasseur, un pareur-riposteur hors ligne, un attaqueur plein d'à-propos et un classique dont la place est retenue parmi les cinq premiers tireurs de Paris.

Franconi, un escrimeur doué d'un jeu très personnel qui roule sur les contres avec une vitesse vertigineuse et a des coups droits aussi rapides qu'imprévus.

Sohège, un tireur d'épée qui riposte très vite ; le baron Fain, une des réputations de l'escrime contemporaine ; Corthey, un amateur d'une vigueur et d'un fond surprenants, qui fait du fleuret, de l'épée, de la boxe et des poids avec d'égales dispositions ; Gaillard, un amateur exercé à tous les exercices du corps : au fleuret, à l'épée, au sabre, à la boxe, à la lutte.

Parmi les bons tireurs de la rue Saint-Marc, il me faut encore nommer : MM. Lavallée, un bon attaqueur ; Pinaud, un escrimeur fort régulier ; Julian, un boxeur et un lutteur de premier ordre qui manie le fleuret avec beaucoup de finesse ; Louis Goupil, un tireur de jugement, G. Bérardi, un tireur au jeu classique ; Arembourg, un tireur difficile ; puis MM. le vicomte Glauzel, baron de Mareuil, le marquis de Sassenay, de Vibraye, Henry Houssaye, un fin tireur d'épée ; Astier de la Vigerie, Borrel, Badon-Pascal, Hubert-Brierre, Maurice Bernhardt, très doué pour le jeu de terrain.

Enfin, parmi les tireurs honoraires qui fréquentent le plus assidûment l'École d'escrime française, on remarque MM. Alfonso de Aldama, Gilloux et Pra père, le sympathique trésorier de la Société d'encouragement qui s'est révélé, dans différents assauts publics, tireur plein de finesse et d'expérience.

Enfin terminons ce croquis consacré à la salle de la rue Saint-Marc en mentionnant Frey, l'un des principaux professeurs de l'École d'escrime française et qui, depuis son établissement à Paris, a fait montre de sérieuses qualités d'exécutant dans les assauts auxquels il a pris part.