Ayat

Item

Title
Ayat
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier profiles Ayat, a robust and energetic fencing master known for his formidable skills. Born in Saint-Myon, Auvergne, in 1848, Ayat's military career began in the 27th Regiment of the Line, where he developed his fencing abilities under the tutelage of Collas. Despite a rocky start, Ayat's dedication led to his recognition as a highly skilled fencer, eventually becoming a professor at the prestigious fencing club on Rue d'Anjou. Ayat's teaching style is characterized by relentless attacks and quick, precise ripostes, earning him a reputation as one of the most formidable fencers of his time. His students include notable figures such as the Comte Albert de Dion and Baron de Noirmont. A left-handed fencer like his peers Ruzé père and Hottelet, Ayat's unmatched energy and speed make him a challenging opponent in any bout.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
170
page end
174
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr AYAT
Ayat est un grand gaillard, très solidement charpenté, au teint coloré, aux grands yeux noirs éclairant un visage tout rempli de gaieté.

Bien qu'il n'émaille point ses discours de fouchtras bien sentis, son aspect extérieur n'en révèle pas moins un solide enfant de l'Auvergne, — « le plus beau pays du monde », au dire de bien des gens qui s'y connaissent. — Il est né à Saint-Myon, petit village du département du Puy-de-Dôme, en 1848. Est-ce l'effet de cette date fatidique, est-ce pure vocation, toujours est-il qu'il s'insurgea, dès son extrême enfance, contre le plastron de sa nourrice qu'il criblait de coups... de bouton. On dut lui donner pour nourrice une chèvre. C'est là, sans doute, qu'il a puisé l'énergie capricante et formidable qu'il déploie dans ses assauts.

La carrière des armes le tenta.

En 1865, il s'engagea dans le 27ᵉ régiment de ligne et se fit bientôt remarquer par sa bonne conduite et... son peu d'assiduité à la salle d'armes.

Un beau jour, son professeur, le maître d'armes Collas, — aujourd'hui capitaine dans un régiment de ligne, — l'envoya réfléchir, sur la planche de la salle de police, aux inconvénients qu'il y avait à ne pas mordre à celle de la salle d'armes.

Cette punition, qui lui procura un lumbago de premier choix, lui servit de leçon : il se mit dès lors à fréquenter avec une rare assiduité la salle d'armes et ne tarda pas à faire montre de très sérieuses qualités.

Nommé caporal au mois de mai 1870 et fait prisonnier le 2 septembre après l'affaire de Sedan, il trouva le moyen de s'échapper peu de jours après, grâce à des vêtements d'ecclésiastique.

Chemin faisant, il rencontra quelques vieillards, — hommes et femmes, — qui fuyaient, éperdus, devant les Prussiens, et qui, prenant au sérieux sa soutane et ses bas noirs, le supplièrent de leur donner sa bénédiction.

Le père Ayat les foudroya très gravement, d'un geste crucial en pleine poitrine, non sans murmurer tout bas : « Allez au diable ! »

Rentré à Lyon, il fut nommé sergent au 60ᵉ de marche, prit part à la bataille de Villersexel (Haute-Saône), livrée aux Prussiens par le général Bourbaki (9 janvier 1871).

C'est dans cette dernière affaire qu'il fut blessé au bras gauche par une balle.

Ah ! si c'avait été à la baïonnette, quels terribles moulinets Ayat eût décrits avec son fusil-sabre et que de Prussiens il eût expédiés dans l'autre monde grâce à ses formidables coups droits !

Après un internement en Suisse de 49 jours, il rentra en France, fut versé dans le 90ᵉ de ligne et prit part à la campagne contre la Commune.

Le 22 juillet 1871, nommé garde de Paris par décision ministérielle, il enseigna l'escrime sous la direction de Collin, jusqu'au mois de septembre 1875, époque à laquelle il entra comme prévôt chez Pons aîné, où il commença à se faire connaître et apprécier.

Aujourd'hui, Ayat est le professeur de l'aristocratique cercle d'escrime de la rue d'Anjou, transféré au faubourg Saint-Honoré et fondé, comme on sait, par M. Edmond Dollfus, qui en est le président très actif et l'élève le plus assidu (M. Dollfus a commencé l'escrime en 1853 avec Raimondi, a fait partie de la Société d'escrime de Pons aîné, de 1859 à 1876, et est élève d'Ayat depuis 1878. Le président du cercle d'Anjou n'est pas seulement un homme d'épée très vigoureux, possédant un jeu très personnel et difficile, c'est encore et surtout un tireur de pistolet éblouissant. Gastine Renette a des cartons de lui bien curieux. Au reste, il a fait des questions de tir sa spécialité, et le stand qu'il vient de créer rue Copernic, 25, est très florissant. Il est le président tout désigné des sociétés de tir français fédérées).

Citons parmi les meilleurs élèves d'Ayat : M. le comte Albert de Dion, un tireur d'épée fort redoutable, possédant du coup d'œil, de la précision et de la vitesse ; puis MM. Bénardaki, qui est à la fois tireur de fleuret et tireur de pistolet ; Henri Borel, Jules Hunebelle, comte de Germiny, baron de Noirmont, comte d'Ivernois, Busson-Billault, comte Fleury, Gélinard, de Pénalver, Pinto d'Aranjo, le baron Poisson.

Nommons encore MM. Ridgway, Ribon, Schultz, le prince Louis Murat, Villeroy, A. Pastré, comte de Kersaint, Coury du Rosland, de Gheest, baron Galvet-Rogniat, duc de Morny, Adelon, qui manient indifféremment le fleuret et l'épée.

Ayat est gaucher, comme Ruzé père, comme Hottelet.

C'est certainement un de nos plus forts tireurs.

Il possède une énergie, une vitesse, et un fond extraordinaires.

C'est surtout un infatigable attaqueur. Il harcèle sans relâche et sans trêve son adversaire par des battements-au-changement-coups-droits, par des coups droits, par des feintes du coup droit dégagé et par des dégagés, par des doublés-dessous qui arrivent comme des balles.

Il pare généralement par des contre-de-quarte répétés, rapides, quoique larges, et riposte vite et juste généralement dans la ligne basse.

On peut lui reprocher peut-être de déployer un peu trop de vigueur dans ses assauts.

C'est, en tout cas, un rude jouteur et à coup sûr un des plus forts « toucheurs » qui soient dans le monde de l'escrime.