Hyacinthe Vieuville

Item

Title
Hyacinthe Vieuville
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier discusses Hyacinthe Vieuville, a respected and well-liked fencing master. Known simply as "Hyacinthe," he is described as a man of medium height with a friendly and expressive face, framed by a beard now touched with silver. Unlike some of his peers, Hyacinthe is not envious and readily acknowledges the talents of other fencing masters. He is dedicated to his students, ensuring they complete each lesson with progress and precision. After serving as a beloved prévôt for nearly a decade, Hyacinthe opened his own salle d'armes, which quickly gained a reputation for producing skilled fencers. He is noted for his classical style, preferring straightforward attacks and precise parries. Despite his modesty, Hyacinthe is recognized as one of the best fencing instructors, though his true skill is best appreciated within the salle d'armes rather than in public exhibitions.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Date
1886
page start
183
page end
186
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr HYACINTHE VIEUVILLE

On l'appelle plus communément Hyacinthe. Ne pas confondre avec son homonyme le célèbre comédien du Palais-Royal, dont l'appendice nasal fait une concurrence si déloyale à la trompe de l'éléphant.

Hyacinthe — le nôtre — est un homme de taille moyenne, bien pris, à la figure expressive et sympathique. Une barbe jadis très noire et dans laquelle courent aujourd'hui quelques fils d'argent encadre un visage aux traits réguliers et doux.

Ce maître d'armes, contrairement à beaucoup de ses collègues, n'est point un envieux. Vous pouvez prononcer devant lui le nom d'un professeur en renom sans craindre un éreintement en règle. Nul mieux que lui ne sait rendre pleine et entière justice à ses rivaux, reconnaître leurs qualités et même les mettre en lumière.

C'est un des côtés les plus intéressants de cette nature bienveillante. Aussi bien, Hyacinthe n'a rien à redouter des éloges décernés à certains maîtres parisiens, car c'est un des meilleurs professeurs qui soient.

Plein de conscience et de fermeté, lorsqu'il fait plastronner un élève, il n'abandonne jamais celui-ci avant qu'il n'ait pris jusqu'au bout une leçon utile, profitable, et qui marque un progrès sur la leçon de la veille.

Aussi presque tous ses élèves portent-ils, pour ainsi dire, le cachet spécial de son enseignement.

Généralement doués d'une tenue correcte et classique, ils attaquent de loin et de pied ferme sans se livrer à ces contorsions et à ces simagrées si pénibles à voir chez certains tireurs dits de tempérament.

Après avoir été pendant près de dix années le prévôt très aimé d'une salle d'armes renommée, Hyacinthe a voulu être, à son tour, chez lui, et il a ouvert au n° 5 de la rue Saint-Georges, une salle qu'il a abandonnée pour une autre sise rue de la Victoire et qui est plus confortable.

Hyacinthe a bien vite formé un noyau de bons élèves qui maintiennent, dans les assauts publics, sa réputation très méritée de bon démonstrateur. Il est d'ailleurs bien secondé dans cette délicate besogne par l'excellent prévôt Paccaud.

Citons parmi ses meilleurs élèves : MM. Polonini, un tireur de première force; A. Petit, un fort gaucher, qui riposte supérieurement; Charpillon, un tireur de bel avenir, qui tire « d'allonge » ; Westheimer, J. Arnaud de l'Ariège, le prince Zurlo, J. de Castro, Azema, Laurençon, Steinfeld, N. Sinadino, Del Castillo, J. Fabre, J. -Raoul Duval, Thomson, Oudin, Lefèvre, de Pontcharra, Hentz, Benouvain, etc.

Hyacinthe a, en outre, une clientèle assez importante en ville. Il donne ou a donné notamment des leçons au duc de Fernan-Nunez, au marquis de la Mina, au comte Gamondo, et à M. Castel-Moncayo.

Ajoutons que deux amateurs, dont les noms resteront à jamais célèbres dans les annales de l'escrime : MM. Waskiewicz et A. d'Ezpeleta sont de très fidèles habitués de la salle Hyacinthe.

C'est une bonne fortune pour les jeunes tireurs de cette salle de pouvoir recevoir les conseils de ces deux grands tireurs qui possèdent à fond, tant au point de vue théorique qu'au point de vue pratique, la science des armes.

Hyacinthe a tiré souvent en assaut public et avec un certain succès.

Mais ceux qui le connaissent bien s'accordent à dire que l'émotion paralyse en partie ses moyens et qu'il y est au-dessous de lui-même.

C'est à la salle d'armes qu'il faut le juger comme tireur.

Il a une très belle tenue, attaque volontiers de pied ferme et par des coups simples, coups droits, dégagés au changement.

Il pare également bien par les simples, mieux encore par les contres et particulièrement par le contre-de-quarte.

Hyacinthe va quelquefois, dans la journée, respirer l'air devant sa porte. Il porte alors sur son chef un fez d'un rouge superbe.

Cette coiffure turque, jointe à une certaine physionomie orientale, le fait quelquefois prendre par les passants pour l'ambassadeur de la Sublime Porte.

Hyacinthe, qui est la modestie même, n'en est pas plus fier.