Pellerin

Item

Title
Pellerin
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier describes Pellerin, a modest and skilled fencing master. Pellerin, of average height and slim build, is known for his agility and precision, qualities that have remained intact despite the passing years. His teaching style is marked by patience and conscientiousness, ensuring that his students leave each lesson with improved technique. Pellerin's fencing style is characterized by finesse, with a preference for precise, well-executed moves over brute force. He is particularly fond of the second parry and executes octave ripostes with elegance. His game is academic, refined, and reminiscent of Prévost's style. Pellerin has trained numerous successful fencers and continues to teach at the Cercle de la rue Volney, where he is highly regarded.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
193
page end
198
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr PELLERIN

Un bon professeur et un modeste entre tous. On m'accordera que cette dernière qualité n'est peut-être pas celle que l'on rencontre le plus communément dans le monde de l'escrime, où chaque tireur ne pourrait, sans être taxé d'exagération, arborer à sa boutonnière l'humble et timide violette.

Au physique, Pellerin est de taille moyenne et svelte, svelte à rendre des points à Sarah-Bernhardt elle-même.

L'embonpoint—cet ennemi du maître d'armes—en épargnant ce professeur, lui a permis de conserver intactes les qualités d'agilité et de souplesse si précieuses au tireur.

Les cheveux s'en vont grand train et la calvitie à laquelle l'habitude du masque n'a certainement pas nui va s'accentuant chaque jour.

Guy Bollard ne manquerait pas d'affirmer que la tonsure ne messied point à un Pellerin... mais passons!

Voilà pour le physique. Ce physique plein de quiétude est bien en harmonie avec le moral.

Pellerin est, en effet, la douceur et la patience mêmes.

Encore deux qualités précieuses pour un maître d'armes, n'est-ce pas? Cette mansuétude cependant n'exclut pas une certaine fermeté—nécessaire, à la vérité—dans la démonstration de la leçon.

Très consciencieux, il fera plastronner l'élève une heure durant, si celui-ci a l'énergie et le fond suffisant pour accomplir un pareil exploit.

Très attentif à la tenue de l'élève, il rectifie sans cesse sa position, estimant très justement qu'une tenue défectueuse ne permet pas à un tireur d'acquérir le maximum de sa force.

A ce propos, il ne serait peut-être pas déplacé de faire remarquer que la position des amateurs qu'il nous est donné de voir tirer en assaut public laisse généralement à désirer.

Pourtant l'escrime est un art plastique par excellence et, en ce qui nous concerne, il nous est difficile de nous enthousiasmer pour un tireur dont la tenue n'est pas académique, quand bien même ce tireur serait un fort «toucheur.»

Pellerin—comme la majorité de ses collègues—a commencé à faire des armes à son arrivée au régiment vers 1857.

Après un séjour de quelques années au 12^ régiment de chasseurs, il passa dans les chasseurs de la garde, où il fut le prévôt d'Hamel, devenu, lui aussi, professeur civil.

A sa sortie du régiment, Pellerin entra comme prévôt à la salle du passage de l'Opéra, dirigée alors par Gâtechair, chez lequel il travailla pendant cinq années.

Sa conscience et sa douceur le firent estimer des nombreux élèves qui fréquentaient cette salle.

Vers 1867, il ouvrit une salle rue Saint-Lazare, qu'il abandonna pour fonder celle qu'il occupe encore aujourd'hui rue Hippolyte-Lebas, tout près de la rue des Martyrs.

Elle se compose d'une grande pièce bien éclairée où l'on se sent bien à l'aise pour faire des armes.

Un grand lavabo et une salle de douches permettent aux amateurs d'hydrothérapie, dont le nombre va sans cesse croissant, de se livrer aux douceurs des ablutions si réconfortantes après les chaudes luttes de l'assaut.

La caractéristique du jeu de Pellerin est la finesse.

Doué d'une très jolie main et trompant bien l'épée, il s'attache bien plutôt à la qualité qu'au nombre des coups de bouton.

Sa tenue, assez académique, manque un peu d'ampleur : il est—si j'ose m'exprimer ainsi—un peu ratatiné.

Il aime beaucoup la parade de seconde et a des ripostes d'octave absolument exquises.

En somme, un vrai tireur au jeu fin, châtié et faisant toujours de belles armes.

S'il fallait trouver au jeu de ce professeur une parenté quelconque, je dirais qu'il est le cousin germain de celui de Prévost.

Pellerin a formé un certain nombre de bons élèves, dont quelques-uns ont pu figurer avec honneur en assaut public.

Citons entre autres : MM. E. Baudry, Buhour, Dauchez, A. Lévy-Bing, Mathey, Léon Morel, de Lesseps, Montjan, de Morton, Chabrillan, Peltier, de Forges, Albert Rogat, A. Roll, Adrien Lefort (Aujourd'hui Adrien Lefort fait partie de la nouvelle salle que le professeur Bardoux vient d'ouvrir rue de la Grange-Batelière. Des tireurs éprouvés comme MM. A. Duprujeaud, Emile André, Paul Robert, patronnent le nouveau démonstrateur dont ils vantent beaucoup le consciencieux enseignement), Maréchal, etc.

Pellerin est en outre professeur d'escrime au Cercle de la rue Volney, où il va donner des leçons trois fois par semaine.

Les meilleurs élèves de la salle sont incontestablement MM. Roll, Brun, P. de Lassus et Weil, qui composent la commission d'escrime, puis MM. Audouin, Doisteau, Maugras, Léveillé, Mollat, Pasquet de Laurvère, Rigot, Richer de Forges, Saffroy, Maigret, Princeteau, Barillot, Varéliaud, Havarni.

Il est très bien secondé par Gaillard, aussi bon démonstrateur que remarquable exécutant.

Pellerin a également donné des leçons à Ranc, la plus fine lame du journalisme, ainsi qu'à Lullier. Ce dernier, dont on connaît la force herculéenne, avait l'habitude de tirer avec des «colichemardes» formidables, de véritables barres de fer.

Lullier est loin d'avoir un jeu académique, mais son énergie farouche, sa force extraordinaire en font un des plus redoutables adversaires qu'on puisse avoir en face de soi, sur le terrain.