Adolphe Ruzé

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Title
Adolphe Ruzé
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier introduces Adolphe Ruzé, known as "the Artist," the second son of the renowned fencing master from Rue de la Bienfaisance. Born on November 13, 1857, in Foix, Ruzé began his fencing journey at seven under his father's tutelage. Despite his small stature, he compensates with sharp judgment, quick reflexes, and an artistic approach to fencing. His style is marked by precise one-two combinations, battement attacks, and rapid ripostes, often impressing audiences with his finesse. Ruzé is not only an exceptional fencer but also a skilled instructor, dedicated to teaching the Jean-Louis method. In addition to fencing, he is an accomplished marksman, having earned numerous medals for his shooting abilities. Tavernier praises Ruzé for his artistic approach and the admiration he garners in the fencing community.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
199
page end
203
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr ADOLPHE RUZÉ

Adolphe Ruzé est, comme on sait, le deuxième fils du sympathique maître d'armes de la rue de la Bienfaisance.

Il est plus connu par les élèves de la salle sous le nom de « l'Artiste. » Cette appellation, il la doit à son joli talent de musicien — il joue de la flûte comme un petit Tafanel — et aussi à sa façon de faire des armes. Il s'éprend, en effet, de certains coups, qu'il travaille et « fignole » jusqu'à ce qu'il les possède à fond et les rend alors en artiste... Par exemple, si vous vous amusez à suivre son jeu, il vous fera avec son fleuret des une-deux-doublé-dégagé tout comme s'il avait à vous exécuter avec sa flûte les variations du Carnaval de Venise.

Adolphe Ruzé est né à Foix (Ariège), le 13 novembre 1857. Il a commencé à faire des armes dès l'âge de sept ans — l'âge de raison ! — avec son père, qui eut beaucoup de mal à le faire mordre à l'escrime. Il préférait de beaucoup le saute-mouton, la balle au chasseur et les barres, aux coups droits et aux dégagés. Mais le papa Ruzé tint bon et le minuscule Adolphe finit par prendre goût à l'escrime à tel point qu'il provoquait ses jeunes camarades non pas à l'épée, mais « au bâton » et leur faisait des « bleus » terribles aux mains.

« L'Artiste » est de petite taille, mais très bien pris. Sa physionomie expressive, éclairée par des yeux noirs très vifs, respire la douceur et ne s'assombrit que lorsque la conversation vient à tomber sur un maître d'armes hostile à la Société d'Encouragement de l'escrime. Heureusement pour Adolphe Ruzé, qui finirait par en contracter une maladie sérieuse, ce phénomène tend à disparaître chaque jour, et dans quelque temps on se montrera, comme une curiosité, les professeurs hostiles à une société qui ne leur veut que du bien.

Ruzé cadet est un de nos plus fins tireurs d'assauts publics.

Il a de petites jambes, mais il rachète cette légère imperfection de la nature par un jugement très sûr, par un à-propos surprenant et par un doigté excellent. Il attaque beaucoup, mais presque toujours au moment opportun. Ses attaques favorites sont l'une-deux dedans et dessus, en marchant, le battement en changeant d'engagement et dégagé.

Il est une tactique qui lui réussit assez souvent et qu'il a employée avec succès contre un de nos premiers amateurs lors de l'assaut donné à la salle Mimiague : il fait de petits engagements pour occuper l'adversaire et pendant ce temps il rapproche insensiblement le pied gauche du droit... Quand il s'est ainsi logé à la « muette », il se fend par le dégagé dedans qui arrive presque toujours à destination, c'est-à-dire en pleine poitrine.

Ses parades favorites sont la quarte simple et le contre-de-sixte qu'il prend en couvrant beaucoup la ligne du dessus. Ses ripostes sont excessivement rapides : il réussit également bien les ripostes du tac et les ripostes composées.

Le public le stimule singulièrement et il est bien rare qu'il ne brille point devant la « galerie » : je n'en veux pour preuve que l'assaut qu'il a soutenu naguère au Cirque d'Hiver contre Rue : les coups droits, les dégagés et une-deux trompez-le-contre se sont succédé avec une maîtrise à laquelle tous les connaisseurs ont rendu justice.

Je lui adresserai un reproche : quand on a une main aussi rapide et aussi fine que la sienne, on ne cherche pas à se cacher derrière son bras, comme il le fait parfois.

Ruzé cadet n'est pas seulement un tireur habile, c'est un démonstrateur très apprécié et auquel Ruzé père a inculqué, comme à son frère aîné, d'ailleurs, les grands principes de la méthode de Jean-Louis.

C'est de plus un tireur de pistolet et de carabine fort adroit, qui possède nombre de médailles attestant ses succès devant la cible. Les élèves de la salle lui ont fait don, l'année dernière, d'un fusil Martini, avec lequel il accomplit maintes prouesses. De temps à autre, il fait de petites excursions en province qui lui valent des succès sérieux : à Angers, à Évreux, au Havre, à Meaux, chez le général Rebillot, il a croisé le fer avec des maîtres renommés et partout il a su faire applaudir la finesse de son doigté, la prestesse de ses attaques et surtout son jugement plein de ressources.

La dernière fois qu'il est allé concourir en Italie, il a obtenu un plein succès, comme M. Fradin, du reste, un des meilleurs élèves de la salle de la rue de la Bienfaisance.

Tous deux ont cueilli les premières médailles et se sont vus décerner des éloges mérités par la presse italienne tout entière.