Fosse

Item

Title
Fosse
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier describes Fosse, a fencing master known for his imposing physique and formidable skills. Despite his grim-sounding name, Fosse is a strong, well-built man with an expressive, soldierly face, and even in his sixties, he remains a powerful presence. Trained under the esteemed Leroi at the 8th Dragons, Fosse quickly rose to become a master-at-arms, known for his strategic mind and physical prowess. After a distinguished military career, he took over the salle of the renowned Bonnet and later established his own salle on rue de Berlin. Fosse was a regular partner in public bouts with notable fencers like Staat and Robert aîné, known for his vigorous and cunning style. His encounters, particularly with younger opponents like Vigeant, showcased his ability to blend endurance with sharp, well-timed attacks.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
219
page end
223
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr FOSSE

Fosse et Gâtechair peuvent se vanter d'avoir deux noms, expressifs et bien appropriés — pour le vulgaire seulement, s'entend — à leur profession.

En dépit de son nom funèbre, Fosse n'a rien de rébarbatif.

C'est un grand et bel homme, taillé en force et bien proportionné.

Une tête de soldat expressive et franche, ponctuée de grandes moustaches et d'une longue barbiche blanche, s'appuie sur de larges et puissantes épaules.

Fosse est sexagénaire ; mais je vous prie de croire qu'il ne ferait pas bon de se frotter à ses biceps, toujours aussi vigoureux que lorsqu'il fit ses premiers débuts, en 1842, au 8ᵉ dragons. Il eut pour maître d'armes, à ce régiment, un homme qui connaissait à fond son art : j'ai nommé Leroi, qui ne s'en tint pas à son simple grade de maréchal des logis, travailla ferme, devint officier et mourut capitaine de cuirassiers.

Les dispositions de l'élève de Leroi étaient si grandes, qu'il ne tarda pas à passer maître d'armes au 1er lanciers, à la suite d'un concours où il obtint d'emblée la première place.

Il resta attaché à ce régiment jusqu'en 1857, époque à laquelle il passa au 2ᵉ cuirassiers de la garde. En 1866, il fut nommé maître aux guides, où il fut retraité comme maréchal des logis.

Trois ans après, Fosse prit la salle du célèbre Bonnet, rue Ventadour.

L'ex-maître d'armes aux guides ne parle qu'avec une vive admiration de son prédécesseur. — À tous les points de vue, nous comprenons qu'il en soit coiffé. — C'était un des plus beaux tireurs qu'on pût voir.

Calme, froid, ultra-classique, le grand gaucher trompait l'épée avec une finesse et une dextérité magiques.

Il commençait par poser légèrement le bouton sur la poitrine de son adversaire, puis, si ce dernier avait la « veste un peu dure », et niait le coup, il n'insistait pas : le coup suivant arrivait encore en pleine poitrine, seulement « le maître faisait tableau », il laissait le fer dans la blessure.

En 1873, Fosse transporta ses pénates rue de la Chaussée-d'Antin, puis, en 1878, rue de Berlin, 35, dans une petite salle où il est encore actuellement.

Fosse est un tireur doué d'une rare vigueur, ce qui ne veut pas dire qu'il soit dépourvu de jugement. Bien au contraire, il s'entend très bien à tendre des pièges dans lesquels des adversaires, même habiles, sont parfois tombés.

Son partenaire habituel dans les assauts était ce pauvre Staat, — mort récemment, — avec lequel, d'ailleurs, il avait plusieurs points de ressemblance.

Rien n'était curieux, comme de voir cette paire de géants aux prises, passionnés tous deux et oubliant de compter les coups de bouton dans la chaleur de la lutte ; Fosse « grimaçant de temps à autre un sourire, tandis que Staat accentuait encore la sévérité de son visage ».

Fosse a tiré encore avec Berrier, avec Grisier, avec Gâtechair et avec Robert aîné, avec lequel il a fait un brillant assaut, à Bordeaux, en 1857. À la merveilleuse vitesse et aux ripostes foudroyantes de Robert, il sut opposer de rapides coupés dégagés et des contres-de-quarte coupés dessous — ses coups favoris — qui furent très applaudis.

En 1873, il eut avec le jeune maître Vigeant une passe d'armes remarquée.

Il combattit son habile adversaire par le fond, par le souffle, par les poumons. — Vigeant haletait, Fosse en profita pour le charger avec plus de vigueur.

Il y eut de beaux coups de part et d'autre ; du côté de Fosse, des coupés dessus, des remises avec opposition très réussies ; du côté de Vigeant, des temps superbes et des ripostes admirables...

Rappelons enfin, pour terminer, que c'est Fosse qui écrivit, jadis, une lettre au Park-Journal pour prévenir publiquement le baron de San Malato qu'il tirerait volontiers avec lui, si le cœur lui en disait.

Il paraît que le tireur italien déclina cette proposition.

Les Siciliens sont superstitieux et il se peut que le nom de Fosse lui ait semblé d'un mauvais présage.