La Salle d'Armes du "Figaro" Et Les Tireurs Journalistes

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Title
fr La Salle d'Armes du "Figaro" Et Les Tireurs Journalistes
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier discusses the fencing salle of the Figaro newspaper, led by Rouvière after succeeding Vigeant. Rouvière, previously a respected prévôt under Pellerin, is known for his solid parries and energetic attacks, often showcased in public bouts. The salle is frequented by notable journalists, including F. Magnard, A. Périvier, and Albert de Saint-Albin, all of whom are skilled fencers with distinct styles. The chapter also highlights other notable fencing journalists, such as Henri de Pêne, a brilliant fleuret fencer, and Paul de Cassagnac, an experienced duelist known for his cool-headedness and precision. Tavernier emphasizes the strong presence of fencing within the Parisian journalistic community, noting that many journalists, though not always in public competitions, possess considerable fencing talent. The chapter concludes with a mention of Ernest Legouvé, celebrated for his impeccable technique and deep understanding of fencing, making him one of the most esteemed fencers among the literati.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
239
page end
246
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr LA SALLE D'ARMES DU "FIGARO" ET LES TIREURS JOURNALISTES

Rouvière a succédé à Vigeant comme professeur de la salle d'armes du Figaro. Il a été, durant plusieurs années, le prévôt estimé de Pellerin, dans la salle de la rue Hippolyte-Lebas.

Rouvière a tiré fréquemment en assaut public, où l'on a pu apprécier sa bonne tenue, sa solidité de pareur-riposteur et l'énergie de ses attaques.

C'est surtout avec Reynaud, l'un des deux prévôts du Cercle des Mirlitons — l'autre est Philippi — que Rouvière s'est mesuré le plus souvent en public. Je leur ai vu faire, à tous deux, des assauts vraiment classiques avec des enchaînements de phrases d'armes à réjouir les vieux dilettantes de l'escrime.

Comme démonstrateur, Rouvière a conquis ses galons à l'École Jean-Baptiste Say, où il professe, et enfin au Figaro, où l'on goûte beaucoup son enseignement.

La salle d'armes de la rue Drouot est d'ailleurs très fréquentée, et il me faudrait plus d'une page pour énumérer les tireurs qui viennent y plastronner ou faire assaut. Force m'est donc de me borner.

Le président de la salle est M. F. Magnard, habile rédacteur en chef du Figaro, qui, bien que peu assidu au plastron, possède du jugement et un solide poignet.

M. A. Périvier, l'un des triumvirs de la rue Drouot, a fait une étude spéciale du jeu de terrain et il n'a point perdu son temps, puisqu'il a gagné presque toutes les poules à l'épée auxquelles il a pris part. Il possède beaucoup de vigueur et de vitesse et riposte bien du tac-au-tac; enfin, signe particulier, il prend la leçon avec une rare assiduité, ce qui lui permet de plastronner avec correction et élégance. Au demeurant, un tireur d'épée dangereux et un tireur de fleuret brillant.

Albert de Saint-Albin est un roublard en escrime; il possède bien le sentiment de la distance, ménage ses attaques qu'il ne lance qu'à coup sûr et à fond, et combine ses retraites assez heureusement pour pouvoir parer et riposter avec beaucoup de précision. Dans son intéressant ouvrage Les Salles d'armes de Paris, mon aimable confrère a apprécié avec esprit et finesse le jeu des escrimeurs les plus renommés de Paris.

M. Félix Platel (Ignotus) tire à l'italienne, le bras droit presque allongé. Il a le sentiment du fer et prend bien le coup d'arrêt.

M. Émile André tire avec un jugement et une vitesse qui en font un adversaire redoutable.

Parmi les tireurs de la salle, il convient encore de citer : MM. Adrien Marx, F. de Rodays, Louis Diguet, Théodore de Grave, Jules et Charles Prévost, Bataille, Prével, René Martin, Pigeonnat, P. Bourdin, Grison, Hazard, Charles Lachaud, Chegarey, Féliker, Bouin, Napoléon Ney, Giroux, sans oublier les jeunes : MM. Albéric Magnard, Georges Blavet, G.-H. Diguet, Louis Pharaon, fils de nos confrères, qui donnent déjà plus que des promesses.

Par cette énumération, on voit que l'escrime est plus que jamais en honneur parmi les journalistes parisiens. Ceux-ci comptent d'ailleurs dans leurs rangs beaucoup de tireurs qui, bien que ne figurant jamais en assaut public, n'en possèdent pas moins une très belle force.

Tel est, par exemple, M. Ranc, un fort en thème du fleuret, un des meilleurs élèves de Jacob, un tireur de « tête » par excellence, doué, en outre, d'une main très remarquable qui lui permet de parer et de riposter comme un maître.

M. Edmond Magnier ne s'est mis qu'assez tard à étudier l'escrime, mais il l'a fait avec une telle assiduité qu'il a rattrapé le temps perdu. Georges Robert, puis Mérignac aîné et les Ruzé l'ont beaucoup fait travailler. Ce tireur possède une bonne main et d'excellentes jambes.

M. Paul de Cassagnac est essentiellement un tireur d'épée très familier avec le jeu de terrain où il est très redoutable; ses qualités maîtresses sont le sang-froid, le coup d'œil, le sentiment de la distance et une vigueur surprenante. Ces qualités, jointes à sa structure physique, lui ont permis de se tirer presque toujours à son avantage de ses nombreux duels qui se chiffrent par douze ou quinze.

M. Henri de Pêne est un exécutant très brillant et très expérimenté. Il fait surtout du fleuret et a acquis, à l'étude de cette arme classique, beaucoup de doigté, de vitesse et de brio.

Parmi les bons tireurs d'épée, je vois encore à citer au hasard de la plume : MM. Aurélien Scholl et Andrieux, que j'ai appréciés plus haut; Albert Rogat, un tireur de terrain plein de sang-froid, parant et ripostant avec autorité; Albert Dubrujeaud, un escrimeur très bien doué au jeu régulier et savant; Henri Rochefort, un fougueux attaqueur qui charge à fond et ne s'attarde pas à viser la main; Emmanuel Arène, Carlo des Perrières, deux « épées » fines et rapides, ayant l'habitude du jeu de terrain; Alexandre Hepp, un pareur-riposteur plein de vigueur et de précision; Henri Fouquier, un tireur qui a de la main et du jugement, le Spada de l'escrime; E. Judet, Harden-Hickey, très redoutables au point de vue du jeu de terrain; Armand Silvestre, dont la pointe, toujours bien en ligne, est habile à prendre les temps d'arrêt; Georges Duruy, un exécutant de premier ordre au fleuret comme à l'épée; Edouard Lebey, un des meilleurs élèves de Rue; Charles Laurent, Octave Mirbeau, Alfred Edwards, qui possèdent tous trois la qualité maîtresse en fait de terrain, le sang-froid, sans préjudice d'une garde très couverte.

Il me reste à mentionner d'autres tireurs qui ont fait montre, soit à la salle d'armes, soit sur le terrain, de qualités diverses.

Ce sont, tout d'abord : MM. Jules Claretie, Alphonse Daudet, Lockroy, Hervé, Pessard, Arthur Meyer, J. Laffitte, G. Bérardi, G. Jolivet, Henry Houssaye, Drumont, Cornely, Edmond Lepelletier, baron de Vaux, Albert Delpit, Magen, Louis Ganderax, Guy de Maupassant, marquis de Cherville, Peyrouton, Ayraud-Degeorge, Vauquelin, Robert Mitchell, prince de Valori, Thomson, H. Chabrillat, Georges Duval, Racot, E. Tarbé, J. Richepin, Catulle Mendès, Sautereau, de Marçay, Blavet, A. Maggiolo, Paul de Léoni.

Parmi ceux qui ont cultivé ou qui cultivent encore l'épée avec succès, je dois nommer : MM. Lissagaray, René Maizeroy, Liévin, Deschaumes, Émile Gorra, Mermeix, Adrien Lefort, G. Livet, E. Chesneau, Paul Ginisty, Arsène Alexandre, F. Champsaur, Delombe, G. Batiau, Mondon, Maxime Paz, Henry Second, Darcel, Privat frères, André Treille, L.-V. Meunier, Ch. Flor O'Squarr, Lordon, Cartillier, Grosclaude, de Lavallée, J. du Poncray, Émile Gère, etc.

J'en oublie sans doute beaucoup, mais les journalistes n'ayant pas l'habitude de tirer en public, j'en suis réduit à ne citer que ceux que j'ai vus à l'œuvre ou sur lesquels j'ai pu obtenir des renseignements exacts.

Je n'ai jamais vu tirer M. Ernest Legouvé, qui ne dédaigne point de faire du journalisme, par intermittence, au Temps.

De l'avis de tous les connaisseurs, c'est un admirable tireur, digne élève de Bertrand, dont il était le disciple préféré.

Garde irréprochable, finesse de doigté surprenante, absence de mouvements inutiles, telles sont les principales qualités de M. Legouvé. Ajoutez-y de superbes ripostes du tac-au-tac, des attaques pleines d'à-propos, une science approfondie des temps et des coups d'arrêt et vous aurez une idée de cet escrimeur de premier ordre que Saucède a défini : « Le plus académicien des tireurs et le plus tireur des académiciens. »