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Title
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fr
L'Escrime a Paris
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Alternative Title
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en
Fencing in Paris
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Description
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This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier discusses the rise of fencing in Paris, where the art has developed significantly and is practiced with great passion and skill. Paris is celebrated as the global hub of fencing, surpassing even Naples in its dedication to the sport. The chapter emphasizes that fencing, particularly with the épée, is deeply ingrained in French culture, considered the most honorable and intelligent form of combat. Tavernier argues that fencing not only provides physical health benefits but also sharpens the mind and promotes moderation and courtesy. He highlights the vibrant fencing community in Paris, with numerous salles d'armes and skilled fencers dedicated to the sport. Finally, he notes that fencing has become increasingly popular across all social classes, with even women joining the ranks of skilled practitioners.
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Creator
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Adolphe Tavernier (Author)
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Contributor
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G. Genilloud
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Date
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1886
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page start
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273
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page end
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287
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Publisher
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C. Marpon et E. Flammarion
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University of Toronto
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Internet Archive
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Rights
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Public Domain
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Format
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Book
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Language
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French
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content
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fr
L'ESCRIME A PARIS
Depuis quelques années, l'escrime a pris en France, et particulièrement à Paris, un développement considérable. Entre autres supériorités incontestables, la cité-lumière, comme l'appelle Victor Hugo, a celle d'être la ville du monde où l'on fait le plus et le mieux des armes, où l'on pratique avec le plus de passion et d'habileté la noble science de l'escrime.
Seule la ville de Naples pourrait — jusqu'à un certain point — être mise en parallèle avec notre Paris ; mais les points de comparaison qui nous ont été fournis par les derniers concours internationaux de Turin et de Milan nous permettent de décider de la force réciproque des tireurs napolitains et parisiens, en accordant la palme, haut la main, aux champions de France. C'est que l'escrime est un sport bien français et surtout bien parisien. En effet, si le sabre est l'arme favorite des Allemands et même des Italiens, le pistolet celle des Russes, l'épée est l'arme nationale par excellence, chez nous. On la considère comme l'arme même du duel, la plus propre, la plus intelligente, la plus capable de proportionner la gravité de la blessure à l'offense ; le pistolet, employé dans des cas exceptionnels, ne sera jamais, en France, l'objet de la même faveur que l'épée.
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On a beaucoup écrit et disserté sur l'escrime ; des poètes même ont chanté ses louanges en alexandrins enthousiastes. Peu de personnes aujourd'hui songent à en nier l'utilité — mais tout le monde n'en comprend peut-être pas les grands bienfaits.
Avant tout, c'est l'étude de cet exercice qui permet au galant homme de défendre utilement son honneur d'abord, sa vie ensuite. Ce n'est pas à dire que la culture de l'escrime conduise fatalement au duel. Bien au contraire, elle est une sorte d'école de la modération et de la courtoisie, et il est assez piquant de constater que les rencontres sont plus rares dans le monde des armes que partout ailleurs. C'est le cas de rappeler les paroles si vraies adressées aux mères de famille par M. Legouvé dans un tournoi au XIXe siècle :
« Vous êtes, leur dit-il, pleines de préventions contre l'escrime ; votre tendresse voit toujours une épée dans un fleuret et vous craignez que la salle d'armes fasse de vos fils des spadassins. Détrompez-vous ! Je ne connais pas un spadassin dans les habiles tireurs de Paris, un lâche seul peut provoquer une lutte où il n'y a de péril que pour son adversaire ; un homme de cœur trouve dans sa force même le droit et le devoir de rester modéré en étant ferme : et comme cette force conseille aux autres la modération envers lui, il s'ensuit que l'habileté en escrime est une double raison pour se battre plus rarement ».
Et, en effet, il serait nécessaire que tous les jeunes gens, sans exception, fussent de bonne heure familiarisés avec l'épée. La société y gagnerait sous plusieurs rapports : moins de duels, plus de vigueur, plus de santé, une jeunesse robuste. L'escrime est la gymnastique par excellence. Nul exercice ne donne au corps plus de souplesse et de grâce ; au coup d'œil plus de sûreté ; à l'esprit plus de vivacité et d'à-propos.
Ainsi que l'a dit excellemment un vrai connaisseur — mon ami A. Waskiewicz — un tireur habile peut se donner la satisfaction de mépriser certaines provocations déraisonnables qu'un inexpérimenté se croira moins fondé à laisser passer. De plus, il est reconnu que les rencontres entre adversaires un peu ferrés sur l'escrime sont moins fécondes en dénouements tragiques. Cette particularité tient surtout à ce que les tireurs ont appris dans la pratique des armes la confiance en eux-mêmes, le sang-froid, un sentiment plus juste de la distance, à ce que, tirant avec plus de précautions, ils livrent moins au hasard et savent mieux éviter les coups doubles ou coups fourrés, si désagréables... même en hiver.
À un autre point de vue, pour les gens absorbés par un travail cérébral, pour les littérateurs, pour les artistes, pour les financiers, pour nous tous qui étouffons dans la fournaise parisienne, l'escrime est un véritable délassement, un dérivatif puissant, sans oublier (détail qui a bien sa valeur) que s'adonner à la culture des armes, c'est presque se décerner un brevet de longévité.
Ne riez pas ! On a remarqué que les maîtres d'armes et les fervents du fleuret atteignent généralement un âge avancé. Voyez Bertrand, les deux Gordelois, Ardohain, Pons aîné ; ils ont vécu presque nonagénaires — Desmytères, Charles Ruzé, se disposent gaillardement à devenir centenaires. En tout cas, cet exercice merveilleux vaut à ses adeptes une agilité et une souplesse qui font reculer la vieillesse impotente.
Enfin, au risque d'être accusé de cultiver le paradoxe, je soutiens, avec un amateur célèbre, que l'escrime aiguise le jugement. L'escrime, art admirable et science complexe, ne permet-elle pas aux tireurs cloués de moyens physiques restreints de se rattraper avec... leur tête ? Il est, en effet, des exécutants dont le jeu est plein d'intelligence et d'esprit. On peut dire qu'ils font avec leurs fleurets, comme d'autres avec leurs plumes, « des mots, des phrases » et même des « pointes » dont le trait final part comme une flèche pour aller toucher leur adversaire en pleine poitrine. La spontanéité de la décision, la rapidité d'exécution, l'harmonie des mouvements, qui sont les principales qualités de l'escrime, n'exigent-elles pas un jugement prompt et n'est-ce pas par une tension d'esprit continue que l'on profite, à un moment donné, de la moindre faute de son adversaire ?
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J'espère avoir victorieusement démontré l'incomparable utilité de l'escrime au double point de vue de la santé du corps et même de celle de l'esprit. Il me reste maintenant à m'occuper de la façon dont les Parisiens mettent en pratique ce sport passionnant entre tous. Un rapide coup d'œil jeté sur les principales salles d'armes de notre ville nous initiera bien vite au monde de l'escrime, dont nous ferons rapidement le tour en quatre-vingts secondes.
Bien qu'on fasse des armes à peu près à toute heure de la journée, à Paris, l'heure vraiment psychologique de la conversation du fleuret a lieu de cinq à sept heures de l'après-midi.
C'est le moment où toutes les salles retentissent du choc de l'acier avec accompagnement d'appels de pied ; c'est l'heure où les plus avares se fendent à fond, sur l'invitation réitérée du maître d'escrime.
L'une des salles les plus fréquentées de Paris est celle que les élèves du regretté Mimiague ont fondée, à frais communs, dans un local splendide de la rue Saint-Honoré.
C'est un véritable temple où règne sans partage la déesse Escrime, temple auquel les fidèles ne font jamais défaut.
Les meilleurs champions de l'endroit portent des noms célèbres dans les annales des assauts publics ; ce sont : MM. Chabrol, président ; de l'Angle-Beaumanoir, G. Guignard, H. de Villeneuve, capitaine Dérué, Devillers, Sarlin, Gomez, Audouin et beaucoup d'autres que j'oublie.
La salle Mimiague est toujours sur la brèche : quand il s'agit de fournir des champions aux tournois publics ou privés, elle a toujours un fort contingent de tireurs exercés à mettre en ligne.
C'est la salle Saint-Vincent de Paul, les courtois disciples de ce Cercle d'escrime sont toujours prêts à offrir la moitié de leur paire de fleurets aux adversaires de bonne volonté pour « en découdre » le plus longuement possible.
Le Cercle des « Mirlitons » a pour professeur d'escrime un des maîtres les plus classiques de l'époque. La belle tenue sous les armes de Prévost, son style impeccable en ont fait un des virtuoses les plus purs du fleuret. Ce n'est point un mince honneur de faire travailler au plastron des élèves comme MM. Saucède, Carolus-Duran, comte de Lindemann, Alfonse de Aldama, Holl, G. de Borda, Charles Le Roy, le comte Emmery et tutti quanti.
Ces élèves sont, d'ailleurs, presque tous des maîtres dont on a pu apprécier maintes fois, en public, les qualités solides et brillantes.
Le Cercle de l'escrime possède, sans contredit, la salle d'armes la plus spacieuse et la mieux aménagée qu'on puisse rêver. Le professeur de céans est le célèbre gaucher Hottelet, un exécutant de premier ordre doublé d'un démonstrateur hors ligne. Ce sympathique maître est d'ailleurs très bien secondé par Mégy et Varille, les deux maîtres adjoints.
Parmi les plus assidus de cette salle, il convient de citer :
MM. le lieutenant Roux, un tireur très classique, — Georges de Cassagnac, un tireur d'épée extrêmement bien doué, — Armand Silvestre, qui a autant d'esprit au bout de son fleuret qu'au bout de sa plume, — Emmanuel Arène, qui devient peu à peu un redoutable spada, — Alexandre Hepp, un pareur, riposteur fort expert.
N'oublions pas MM. Grut, Pascal, Boileau, Gervex, de Marsy, Fleury, Meyer, dont les qualités diverses mériteraient mieux qu'une mention.
A certains jours de la semaine, et le jeudi plus particulièrement, les tireurs les plus réputés de Paris, presque tous membres honoraires de la salle, viennent se mesurer avec les nombreux élèves du Cercle de la rue Taitbout.
MM. Charles Le Roy, Alfonso de Aldama, Molier, Vavasseur sont des habitués auxquels on est heureux de serrer la main en dépit des coups de bouton qu'ils octroient généreusement aux vaillants qui les vont affronter.
Mérignac aîné, qu'on a justement dénommé le « champion du monde » en raison de ses qualités extraordinaires d'exécutant incomparable, a installé, rue Joubert, une magnifique salle qui compte de nombreux adhérents. Le président de ce cercle d'escrime est le baron Antoine d'Ezpéleta, qui a été et qui pourrait bien être encore le tireur le plus étonnant, le plus prestigieux qu'on puisse voir, comme il est toujours le gentleman le plus courtois et le causeur le plus charmant qu'on puisse imaginer.
Parmi les disciples de Mérignac, je me bornerai à citer le plus célèbre de tous : Gustave Laroze, qui est, à volonté, droitier et gaucher, et qui est considéré par beaucoup de connaisseurs comme le plus fort amateur qui soit actuellement. Ce qui est incontestable, c'est qu'il a une vitesse de main prodigieuse qui lui permet de parer et de riposter d'une merveilleuse façon.
L'École d'escrime française de la rue Saint-Marc, dont le président est M. des Haulles, un tireur classé parmi les premiers, compte beaucoup de membres.
Les amateurs les plus connus et les plus justement réputés de l'endroit sont :
MM. Féry d'Esclands, Roulez, Vavasseur, Franconi, Pra. Le professeur en titre est Jacob, le plus grand maître de l'école du terrain.
Cet inventeur de la « leçon d'épée » est un malin qui a bien compris son temps. Étant donné qu'il avait affaire à des gaillards qui, en général, désiraient aller sur le terrain et en revenir le moins endommagés possible, il créa l'école de la piqûre à la main, qui a marqué ce qu'on a appelé « l'avènement du duel bourgeois ».
Démonstrateur expérimenté, Jacob est bien secondé dans sa tâche par MM. Destré et Frey, deux exécutants de mérite.
La jolie salle Ruzé, sise rue de la Bienfaisance, possède, grâce à l'excellent enseignement de ses trois maîtres, aussi consciencieux que savants, une véritable pépinière de jeunes tireurs qui pourraient tous figurer avec succès en assaut public.
Citons parmi les assidus :
MM. Phélippon, Conrad, Barthe, Reymond, de Chauvigny, marquis Milo, Reille, Legrand, Sandfort, marquis de Sombreuil, Cayrou, Fronsac.
Une mention spéciale est due à M. Poupeins-Maufrais, un infatigable tireur dont l'âge, loin de refroidir l'ardeur, ne fait que la décupler : M. Maufrais a fait d'inoubliables passes d'armes avec des tireurs cosmopolites de grande réputation. — C'est un champion dont le jeu bien personnel excitera toujours la curiosité des connaisseurs.
L'espace me manque pour parler longuement des autres salles d'armes. Il serait injuste cependant d'oublier celle de Georges Robert, qui compte parmi ses élèves MM. d'Ariste et Soupe.
Georges Robert, qui donne des leçons d'épées appréciées, est un de nos meilleurs exécutants d'assaut public ; avec des qualités différentes, il marche sur les traces de son célèbre père, l'une des gloires de l'escrime contemporaine.
Rue considéré, à juste titre, comme un des tireurs les plus classiques de l'époque, possède, rue Godot-de-Mauroy, une coquette salle d'armes qui vient de se transformer en cercle d'escrime, sous la présidence de M. Edouard Lebey, le sympathique directeur de l'Agence Havas, qui est doublé d'un tireur bien correct et très rapide dont la place est retenue parmi les meilleurs amateurs de Paris.
Mentionnons encore, parmi les plus importantes salles, celles des professeurs : Chazalet, Rouleau, Kirchoffer, Pons neveu, Haller, Gain, Pellencq, Mérignac jeune, Berges, Charles, et, enfin, celle d'Hyacinthe, l'excellent maître qui compte au nombre de ses fidèles conseillers, Waskiewicz, le plus grand connaisseur en fait d'escrime.
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On voit, par cette rapide esquisse des principaux centres d'escrime parisiens, que la noble science a déjà de nombreux adeptes, et que ce sport, qui fut jadis l'apanage de la classe aristocratique, tend chaque jour à se vulgariser : aujourd'hui tout fils de bourgeois un peu aisé reçoit, en même temps que des notions de langue grecque et latine, des leçons de musique, d'équitation et d'escrime.
L'éducation d'un lycéen serait regardée comme incomplète s'il n'avait passé peu ou prou par les mains des Ruzé, des Mérignac, des Jacob. — Plus tard, ces « potaches », devenus d'élégants sportsmen, des clubmen à la mode, demeurent fidèles au culte de l'épée.
Tout hôtel un peu bien aménagé a désormais sa salle d'armes comme il a sa bibliothèque, comme il a sa salle de billard. — Bien plus, certaines mondaines, jalouses de montrer qu'aucun exercice viril ne leur est étranger, se mettent à prendre des leçons avec nos maîtres les plus en renom, et si cela continue, aux « femmes de sport », qui comptent déjà dans leur sein des écuyères, des chasseresses, des nageuses, des patineuses émérites, il faudra ajouter des tireuses d'armes, dont la renommée fera pâlir celle de la chevalière d'Éon.
Et ce sera tant mieux ; car on ne fera jamais trop d'escrime, on n'en fera jamais assez, et le cri de notre génération névrosée, énervée, émasculée, devrait être celui-ci : Escrimons-nous les uns les autres. Le meilleur moyen pour les anémiques de prendre du « fer », c'est de s'emparer d'un fleuret pour faire de l'escrime.