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Title
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fr
L'Escrime à L'Élysée
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Description
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This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier discusses the widespread popularity of fencing, including its embrace by government officials at the Élysée Palace. Fencing sessions at the Élysée take place in the magnificent winter garden, providing a beautiful and spacious environment for the sport. The President of the Republic and other high-profile figures often attend these sessions, showing keen interest in the art. The sessions are led by maître d'armes Collin, known for his skillful teaching and strategic prowess. Notable participants include figures like Daniel Wilson and Léon Grévy, who are both skilled and dedicated fencers. The chapter also highlights the participation of renowned fencing masters and the overall significance of fencing as a respected and widely practiced sport in Paris.
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Creator
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Adolphe Tavernier (Author)
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Contributor
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G. Genilloud
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Date
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1886
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page start
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293
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page end
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305
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Publisher
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C. Marpon et E. Flammarion
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University of Toronto
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Internet Archive
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Rights
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Public Domain
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Format
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Book
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Language
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French
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content
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fr
L'ESCRIME À L'ÉLYSÉE
Aujourd'hui, tout le monde fait des armes. Depuis le clubman « chic » jusqu'au « potache » — espoir de la patrie ! — en passant par l'homme de lettres et le financier.
Tous y trouvent un délassement salutaire à leurs tracas cérébraux.
Les « sphères gouvernementales » elles-mêmes, pour m'exprimer comme M. Prudhomme, sont entrées dans le mouvement avec un à-propos et un élan indéniables.
Aussi, tous les amoureux du fleuret doivent-ils être reconnaissants auxdites sphères des encouragements aussi réels que délicats prodigués par elles aux maîtres ès escrime.
Il me faudrait tout un volume pour faire ressortir dignement les avantages multiples de cet art magnifique ; je me bornerai à dire en quelques mots que c'est de tous les exercices le plus hygiénique, le plus utile, le plus intelligent... J'aime autant me borner à ces trois qualificatifs tout nus, de peur de me lancer dans des considérations par trop dithyrambiques, et de m'entendre dire :
— « Vous êtes orfèvre, monsieur Josse ? »
Ce à quoi je pourrais répondre :
— « Pas tout à fait, mais quelque chose d'approchant. »
Quoi qu'il en soit, j'estime qu'il faut savoir gré au Président de la République et à M. Daniel Wilson d'avoir accordé une si large hospitalité au plus noble de tous les sports en organisant ces matinées d'armes dans lesquelles défile le brillant cortège des principaux amateurs et professeurs de Paris.
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C'est le vaste jardin d'hiver du palais de l'Élysée, avec ses beaux arbustes exotiques et ses plantes merveilleuses, qui sert de cadre à ces tournois intimes.
On peut avancer, sans exagération, que c'est une des plus magnifiques salles d'armes du monde, au point de vue de l'espace, de la clarté, du décor et de l'enchantement de la vue qui s'étend, ravie, sur la verdure des arbres centenaires et sur l'émeraude des gazons coupés par l'or des allées sablées.
C’est le jeudi et le dimanche, entre dix heures et midi, qu'on s'escrime avec le plus d'animation à l'Élysée.
Les séances du dimanche sont de beaucoup les plus suivies ; celles du mercredi ont un caractère d'intimité bien fait pour complaire aux tireurs timides qui craignent la « galerie ».
De temps à autre, M. le Président de la République, accompagné parfois de Mme Wilson, vient assister à un spectacle qui semble l'intéresser beaucoup.
M. Grévy trouve un mot aimable à l'adresse de chacun, et s'assied pour suivre l'assaut à sensation de la séance.
Le Président, qui a connu jadis la plupart des grands maîtres de l'escrime, juge avec beaucoup de sagacité les tireurs et sait parfaitement apprécier la maîtrise d'un coup bien exécuté.
Cette heure où paraît le Président est aussi l'heure psychologique pour croquer, au plus fort de l'action, les silhouettes des habitués.
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Le professeur de la présidence, le directeur de ces réunions, est le maître d'armes Collin, qui possède, comme on sait, rue de Penthièvre, une salle fréquentée par la fine fleur de nos hommes politiques, de nos financiers, de nos mondains.
Collin n'est pas seulement un professeur érudit et consciencieux, c'est encore un tireur plein de jugement et de rouerie, habile à tendre des pièges à ses adversaires... Flétrissons-le en quelques mots bien sentis : c'est le Machiavel sympathique du fleuret.
Voici M. Daniel Wilson, qui fut un droitier d'une jolie force et qui est devenu, par nécessité, un gaucher correct et redoutable. Tireur élégant et fin, le gendre de M. le Président de la République a pour qualité dominante la « défensive ». Il a des parades suivies de ripostes dans la ligne basse, qui sont envoyées avec une précision toute mathématique... Ce sont les ripostes d'un homme qui a été président de la commission du budget.
M. Sarlin, qui a certainement contribué, pour une large part, à l'organisation de ces séances d'escrime, est un amateur justement réputé et l'un des meilleurs élèves de la salle Mimiague. Il a des attaques pleines de franchise et de rapidité qui déconcertent l'adversaire, et de bonnes ripostes composées quand il lui plaît de se laisser attaquer.
Souvent, quand on croit le toucher, il se dérobe par des effets rétrogrades du torse qui dénotent un joueur de billard de prim'o cartello.
Le neveu du Président, M. Léon Grévy, qui a beaucoup de souplesse et de ténacité, est en passe de devenir un bon tireur. C'est un partner d'une immuable courtoisie qu'on aime à voir devant soi, car l'aménité de son visage ne s'altère jamais — qu'il donne ou qu'il reçoive le coup de bouton.
M. Auguste Dreyfus, ami particulier de M. Jules Grévy, possède beaucoup de vigueur et d'agilité, en dépit d'un aimable embonpoint. Il est le père de beaux enfants qui, sous la direction de Collin, ne pourront manquer de devenir d'habiles escrimeurs.
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Voici encore de bonnes lames. Il va sans dire que je cite au hasard de la plume, et sans prétendre classer personne. Ce sont MM. Morel, un excellent pareur au mieux avec la septime-liée ; Leys, dont le solide poignet défend à merveille un plastron plus tentant qu'accessible ; Félix Faure, Desplanques, Le Roy, J. Grumbach, un quatuor d'escrimeurs pleins de vigueur ; Sanguinetti, un tireur expérimenté, bouillant comme son nom, la courtoisie personnifiée ; MM. A. Violet et Lévrier, tous deux tireurs énergiques ; le lieutenant Roux, un vrai d'Artagnan, au physique et au moral ; Maurice Bernard, qui, en dépit de sa jeunesse, tire avec la gravité d'un conseiller d'État.
Passons maintenant à un autre groupe d'habitués, tireurs intermittents, qui mettent l'épée à la main trop rarement, au gré de la galerie.
J'aperçois M. Féry d'Esclands — le roi des pareurs et l'un des premiers tireurs de notre époque. — Un peu plus loin, M. Carolus-Duran, mouillé comme un pur sang après une course sévère, fait son septième assaut de la journée. Chez le maître-peintre, la virtuosité du fleuret égale la virtuosité du pinceau. À côté du portraitiste se tiennent M. Chabrol, un tireur de la grande école, qui a connu l'illustre Bertrand et qui s'en souvient ; le baron Raymond Seillière, un adorateur de l'épée — pas classique, oh ! non ! — mais bien embarrassant avec son long bras tendu au bout duquel se trouve une pointe toujours en ligne ; — et enfin M. Gaiffe, un millionnaire de l'esprit et de la bourse, un ancien confrère « arrivé » qui, lorsqu'il n'a pas l'épée à la main, trouve encore le moyen de vous toucher... par ses bons mots ou ses bons procédés.
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Il me faut encore citer parmi les « fines lames » — style consacré — qu'on voit plus ou moins souvent à l'Élysée : M. Andrieux, dont le jeu tenace et d'une incroyable énergie ne lâche jamais le morceau — un vrai jeu de préfet de police, — et Léon Renault, dont le jeu vigoureux et coquet fait plaisir à voir. L'ex-préfet de police lance le coup de bouton avec beaucoup de correction et d'élégance.
Je remarque encore parmi les tireurs intermittents de ces matinées d'armes, Aurélien Scholl. L'étincelant chroniqueur est un tenant de l'épée qu'il manie de main de maître. Chez lui, la riposte arrive comme la balle et pique comme un de ses mots. C'est le Chamfort de l'épée.
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Il me reste encore à parler de toute une pléiade de tireurs renommés. Voici le capitaine Dérué — un fidèle ! — le plus infatigable des escrimeurs, le Guzman du fleuret... Au demeurant, un convaincu, et un officier comme il en faudrait beaucoup à notre armée ; — M. H. de Villeneuve, le président très actif de la Société d'encouragement de l'escrime, un des plus brillants élèves de M. Mimiague, un attaqueur impétueux, doublé d'un riposteur terrible ; — M. Devillers, un autre élève de Mimiague, très toucheur, qui vous allongera, à l'occasion, un grand coup d'épée en pleine poitrine, quitte à vous soigner après, en sa qualité de disciple d'Esculape ; — MM. Guignard et Gomez, deux de nos meilleurs amateurs, le premier fort difficile à toucher, le deuxième classique et fin ; — puis, M. Granet, un bon tireur d'épée très pareur ; M. Camuset, un fleuret rapide et fougueux, — et enfin MM. A. Lacroix, G. Audouin, Edmond Blanc et G. Hervieu, de jeunes tireurs pleins de qualités qui promettent de devenir des tireurs remarquables.
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L'intérêt de ces matinées d'escrime est encore relevé par la présence des principaux maîtres d'armes parisiens, invités, à tour de rôle, à venir donner à ce public d'élite un échantillon de leur talent.
C'est ainsi qu'on a pu voir successivement tirer Prévost, le tireur impeccable, au style magistral, dont les attaques et les parades sont également admirées des connaisseurs ; les excellents adjudants-maîtres de Joinville-le-Pont : Rouleau, ce maître au jugement si sûr ; Berges, un tireur de « tête » doué d'une main exquise ; — Hottelet, le terrible gaucher aux étonnantes ripostes en main de tierce ; — les deux Ruzé, dignes fils du célèbre maître de la rue de la Bienfaisance ; Rue, Kirchoffer, Georges Robert, Chazalet, Charles, — et nombre de maîtres militaires : Breton, Tixier, Alessandri, Mougin, Marotte... J'en oublie sans doute, et pas des moins bons.