Les Accidents de Salles d'Armes

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Title
fr Les Accidents de Salles d'Armes
Description
This chapter from "Amateurs et salles d'armes de Paris" by Adolphe Tavernier discusses the unfortunate but rare accidents that occur in fencing salles. Tavernier emphasizes the need for more stringent safety measures, often neglected, such as proper equipment and adherence to classical techniques. He attributes many accidents to overzealous amateurs who prioritize hitting over technique, leading to dangerous situations. He notes that while not all accidents can be prevented, many result from an overemphasis on "tension" or aggression in fencing. Tavernier even mentions a paradoxical theory that fencing with buttoned weapons in a salle can feel more dangerous than using live blades in a duel because of the misplaced confidence it can inspire. He concludes that despite the risks, fencing remains far less dangerous than other sports like hunting or horseback riding. Families of fencers should take comfort in the fact that, overall, fencing is one of the safest and most beneficial physical activities.
Creator
Adolphe Tavernier (Author)
Contributor
G. Genilloud
Date
1886
page start
321
page end
326
Temporal Coverage
Relation
Internet Archive
Publisher
C. Marpon et E. Flammarion
University of Toronto
Internet Archive
Rights
Public Domain
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Spatial Coverage
content
fr LES ACCIDENTS DE SALLES D'ARMES

Pour être assez rares, les accidents de salles d'armes n'en sont pas moins infiniment regrettables, et il est bon, je crois, de rechercher le moyen de les rendre moins fréquents encore, en usant de précautions particulièrement minutieuses, — trop négligées, il faut bien le dire, dans la plupart des cercles ou salles d'escrime. Sans parler des effets d'armes, qui sont trop souvent défectueux, des masques aux mailles trop flexibles et des plastrons qui constituent des cuirasses dérisoirement insuffisantes, il y a lieu surtout d'en accuser les amateurs, qui, dédaigneux des conseils de leurs maîtres expérimentés, substituent aux principes d'une méthode réglée la fougue de leur tempérament, la charge aveugle à fond de train qui frappe à tort et à travers, sans souci des préceptes inculqués.

—

Je ne vais pas jusqu'à dire que tous les accidents de salle d'armes puissent être évités; il y en a évidemment de fatals, que l'humaine volonté est impuissante à prévoir. J'en connais plusieurs de cette nature, et je veux espérer que celui qui a causé la mort du pauvre Rouy, de l'École d'escrime française, est de ce nombre.

Mais je pense qu'il est des amateurs qui tirent avec une furia bien regrettable... faisant fi des principes classiques. Cette école bizarre semble avoir pour règle unique de frapper d'estoc et de taille, sans que la «tête» dirige la «main,» qui «larde» à l'aventure.

C'est l'amour-propre qui est le grand coupable en l'espèce. On veut toucher, toucher quand même, par tous les moyens possibles. On oublie trop qu'un beau coup de bouton est mille fois préférable à dix coups de bouton mauvais ou médiocres qui ont touché par hasard ou en dehors des règles de l'art pur.

Voilà une première cause des accidents de salle d'armes.

—

Il y en a une deuxième, qui est cousine germaine de la première; c'est une certaine «école de l'épée» qui est basée sur la «tension à outrance».

L'adversaire vous porte une attaque quelconque de vitesse, votre main n'est pas assez «agile» pour parer, ou vous n'avez plus de «champ» derrière vous; il est impossible de rompre, vous sentez venir l'attaque et, au lieu de parer, vous «tendez la broche» en fermant les yeux...

Qu'arrive-t-il ? L'adversaire vous a porté, je suppose, un coup droit, un dégagé ou même un une-deux en se fendant à fond... il vous touche... mais il est touché lui-même s'il n'est pas «couvert», — ce qui arrive neuf fois sur dix. — Il n'a pas complètement raison, mais vous avez absolument tort.

Le coup arrive au corps de l'attaquant avec une violence extrême, puisque sa poitrine est allée, en quelque sorte, au-devant du coup de bouton; — le fleuret se brise parfois et le tronçon pénètre à travers le plastron, insuffisamment rembourré, et ensuite, comme dans le cas présent, à travers le corps de l'attaquant.

Un de mes amis a, là-dessus, une théorie paradoxale, à coup sûr, mais qui, comme tous les paradoxes, même les plus outrés, contient une portion de vérité.

— Il est plus dangereux, dit mon ami, de faire un assaut, à la salle d'armes, avec des fleurets ou des épées mouchetés, que de s'escrimer sur le terrain avec des armes de combat.

Pourquoi ?

— Parce que, sur le terrain, on «a de la méfiance», on sait que «cela pique», tandis qu'à la salle on a confiance et qu'on «tire à fond».

Je le répète, c'est un paradoxe; mais il contient une parcelle infinitésimale de vrai.

—

En ce qui me concerne, je préférerais presque — au point de vue de ma sécurité personnelle — faire un assaut à l'épée démouchetée avec certains amateurs partisans de la tension à outrance que de tirer pacifiquement avec les mêmes à la salle d'armes à l'épée ou au fleuret boutonnés. Et cela pour les motifs sus-énoncés.

Ces réserves faites à l'endroit de certains jeux de casse-cou, il est incontestable que l'escrime est un exercice bien moins dangereux que la chasse ou que l'équitation, par exemple, sports dans lesquels les accidents graves et même mortels sont beaucoup plus fréquents que ceux de nos salles d'armes.

Je connais des escrimeurs qui font quotidiennement des armes depuis trente ans et plus, sans qu'il en soit résulté de dommages ni pour eux-mêmes ni pour les autres.

Par contre, je ne connais pas de cavaliers ayant monté pendant le même laps de temps et auxquels il ne soit arrivé plusieurs accidents plus ou moins graves.

Que les familles de nos escrimeurs se rassurent donc ! Sous le bénéfice des observations faites plus haut, l'escrime demeure, de tous les exercices virils, le plus intéressant, le plus hygiénique et le moins dangereux.