II. Historique

Item

Title
fr II. Historique
Alternative Title
en II. Historical
Description
This chapter from "Notice sur l'École Supérieure d'Éducation Physique de Joinville-le-Pont" by Lieutenant-Colonel Labrosse provides a historical overview of the school, established in 1852, and its evolution through various military and educational reforms. It traces the school’s development from its founding by key figures influenced by Amoros, a pioneer in physical education, to its pivotal role during and after World War I. The chapter details how the school adapted to changing needs, particularly in response to the demands of national defense and public health. It also highlights the school’s contributions to the standardization and dissemination of physical education methods across France, cementing its status as a national leader in the field.
Creator
Labrosse, Lieutenant-Colonel (Author)
Date
1930
page start
13
page end
40
Temporal Coverage
Publisher
Fencing Arms & Artifacts
Rights
CC BY-NC 4.0
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Identifier
2021.01.004
Spatial Coverage
Provenance
Loaned for digitization by Benjamin Bowles
Digitized by Benjamin Bowles
Cataloged by Benjamin Bowles
content
fr II. Historique

L'École de Joinville a été créée à son emplacement actuel, le 15 juillet 1852, sous le Ministère du Maréchal SOULT, de bonne heure gagné à la cause de l'Éducation Physique. Les fondateurs furent le commandant d'ARGY, ancien secrétaire et disciple d'AMOROS, et Napoléon LAISNÉ, ancien sous-officier du génie, autre élève d'AMOROS.

On voit ainsi comment, dès l'origine, l'École est liée à l'œuvre Amorosienne. Il est donc nécessaire de rappeler cette œuvre avec quelque précision.

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AMOROS. — L'oeuvre d'Amoros se rattache elle-même à ce grand mouvement de rénovation des exercices physiques, dont l'ampleur croissante nous est révélée par des écrivains comme RABELAIS, Ambroise PARE, MONTAIGNE, LA NOUE Bras de Fer, FENELON, ROLLIN, les encyclopédistes, et que ROUSSEAU mit définitivement à la mode au XVIIe siècle.

PESTALOZZI, le grand éducateur suisse, était un émule de ROUSSEAU et, à son tour, Don Fran-cisco AMOROS y ONDEANO, fils du marquis del SOTELO, né en 1770 à. Valencia (Espagne), devint un protagoniste de PESTALOZZI à l'Institut militaire de Madrid, dont il prit la direction en 1807 et où il appliqua son système d'éducation.

Colonel en 1807, il embrasse, en 1808, la cause de NAPOLÉON lei, soutient JOSEPH 1er, frère de Napoléon, sur le trône d'Espagne, devient conseiller d'Etat et à la chute de JOSEPH 1er, en 1814, il reste fidèle à la France et vient à Paris. Là, il retrouve le Maréchal SOULT qu'il avait connu à Madrid. Son grade de colonel lui est conservé; il se fait naturaliser français et, sur les conseils de SOULT, il se consacre entièrement à l'œuvre qu'il a déjà commencée en Espagne : la rénovation de l'Éducation par la pratique des exercices physiques.

Après quelques années de lutte, et malgré la concurrence de CONTE et surtout de CLIAS, deux professeurs suisses qui essayaient alors de répandre-en France les méthodes de l'École Normale de Berne, le colonel AMOROS, apôtre autant que savant, et doué d'un remarquable génie créateur, obtient enfin l'appui officiel et financier du gouvernement français.

Le 4 novembre 1819, un immense terrain lui est concédé à Paris, place Dupleix, près du Champ de Mars ; il y fait construire un grand gymnase, pourvu» d'appareils de son invention, qui devient en 1820, l'École Normale de Gymnastique Civile et Militaire. Le titre officiel de cette École est, à lui seul, une indication précise de son but général.

De 1820 à 1832, AMOROS, directeur de cette école, inspecteur des gymnases militaires, connaît un succès extraordinaire. Trois de ses collaborateurs-dévoués doivent être cités : le docteur BEGIN, le-chirurgien VERDIER et le professeur AGNOS. Pendant douze ans, le Colonel AMOROS déploie une-activité inlassable : il parcourt la France, parle, écrit, démontre et fait naître presque partout, et surtout dans l'armée, un zèle qui touche souvent à• l'enthousiasme.

Ses articles, lettres, discours, brochures, mémoires, sont très nombreux. Citons seulement son étude sur 64 les courses en général et quelques coureurs-en particulier ", qui est de 1826 et surtout son ouvrage essentiel en deux petits volumes et un atlas : le Manuel de Gymnastique et morale (Ce manuel est aujourd'hui très rare. L'École de Joinville en a toujours conservé pieusement quelques exemplaires dans sa bibliothèque), paru en 1830 et adopté par le Ministère de l'Instruction Publique, pour les écoles primaires.

Il obtint pour cet ouvrage un prix MONTYON, de l'Institut. A ce moment, on pouvait espérer que l'Education Physique (ou gymnastique, comme on disait alors), était entrée définitivement dans l'éducation française.

Mais, brusquement, en 1832, au mois de mars, l'étoile d'AMOROS pâlit;. ses succès lui ont suscité d'abord des envieux, puis des ennemis acharnés; son oeuvre est l'objet, à la Chambre des députés, de critiques vives et injustes; on réduit ses subventions; il lutte tout de même et maintient coûte que coûte son Gymnase Normal, jusqu'au 29 novembre 1837, date à laquelle une ordonnance royale décide qu'il sera fermé. Le rôle d'AMOROS est terminé ; il meurt le 8 août 4848, pauvre, mais non découragé, entouré par l'affection de ses nombreux disciples, car, si l'œuvre amorosienne subit une éclipse, »elle ne périra pas. Deux ans avant sa mort, en 1846, AMOROS peut assister à l'inauguration d'un nouveau gymnase : celui de TRIAT. Ses élèves vont reprendre son œuvre, mais avec une peine infinie; la carence des pouvoirs publics de 1832 a retardé d'un siècle la réforme de notre éducation.

AMOROS est considéré, à juste titre, comme le créateur et le chef de l'École Française d'Education Physique ; l'étude de sa doctrine dépasse le cadre de cet historique; elle dépasse même le cadre de l'Education physique. Bornons-nous à rappeler qu'élève de PESTALOZZI, le plus complet des éducateurs modernes, AMOROS a conçu une méthode large, extrêmement riche en procédés, et ne devant rien ni à CLIAS, ni à JAHN; comme l'ont prétendu injustement ses ennemis. Rappelons sur ce point des dates indiscutables :

C'est en 1807, à Madrid, qu'AMOROS commence à mettre en pratique son système d'éducation.

Le premier Turnplatz de JAHN n'est édifié qu'en 4811 et ses écrits ne paraissent qu'en 4816. Quant à CLIAS, autre élève de PESTALOZZI, sa première production date aussi de 4816. AMOROS a donc vraiment créé, à peu près à la même époque que LING et que JAHN qu'il a totalement ignorés, et son œuvre prend place à côté de l'œuvre de ces deux novateurs, et, peut-être, elle la dépasse en certains points.

La doctrine d'AMOROS a servi de base à la plupart des systèmes qui ont paru depuis en France. Ponr ne s'en tenir qu'aux procédés eux-mêmes, elle comprenait des " exercices élémentaires ", dérivés des exercices " libres " de PESTALOZZI; ils n'étaient autres qu'analytiques et se faisaient selon divers rythmes ou accompagnés de chants; des exercices de marche, de course, de saut, de grimper, de lancer, de porter, de défense et de natation, tous exécutés de la façon la plus naturelle et la plus utilitaire (A partir d'AMOROS, la tendance utilitaire ne quittera plus la doctrine française d'Education Physique et parmi toutes les méthodes européennes, ce sera sa caractéristique constante) mais avec un large emploi de l'émulation sportive, à la manière grecque; des jeux de balles et de ballons; le patinage, l'escrime à pied et à cheval, l'équitation et la voltige; le tir de toutes les armes du temps, les danses, les exercices d'habileté manuelle, trop oubliés de nos jours, etc...

Ce programme était si complet qu'encore aujourd'hui, certaines parties de la doctrine amorosienne devraient être reprises au point même où AMOROS les a laissées. Au reste, la simple division du plan d'AMOROS permet de saisir toute l'étendue de sa création. Il instituait quatre sortes de gymnastiques :

1° La gymnastique civile et industrielle.
2° La gymnastique militaire, terrestre et maritime.
3° La gymnastique médicale.
4° La gymnastique scénique et funambulesque (A propos de cette gymnastique particulière notons qu'AMOROS disait: “Ma méthode et mes exercices s arrêtent où l'utilité cesse, ou le funambulisme commence". C'est pour être aussi complet que possible qu'il avait cru devoir ne pas laisser dans l'ombre la gymnastique scénique et funambulesque d'origine très ancienne, et que les “primitifs" actuels goûtent fort et pratiquent couramment).

Nous voilà loin de ces méthodes uniques et indivisibles qui, par insuffisance de leurs auteurs, se prétendent bonnes à tout et à tous. Cela n'empêche pas certains auteurs contemporains mal renseignés, de croire qu'AMOROS n'a institué qu'une gymnastique d'agrès, acrobatique et de source allemande.

Et quel but élevé AMOROS donne-t-il à la gymnastique? Il répudie la recherche de la " rudesse et de la grossièreté "; il ne sépare point le corps de l'esprit; Il veut que l'éducation physique s'attache " au côté moral des actions "; il déclare que" la bienfaisance et l'utilité communes (nous dirions aujourd'hui l'altruisme) sont le but principal de la gymnastique, avec la pratique de toutes les vertus sociales". Et il ajoute : "Faisons-nous autre chose que ce que les anciens prescrivaient?" Car AMOROS n'ignore pas la tradition, pourtant bien effacée, de l'éducation grecque à sa belle époque.

Tel est l'homme et telle est la doctrine dont la future École de Joinville va bientôt reprendre l'action, sous une forme d'abord infiniment plus modeste. Nous estimons, en France, à bon droit que l'oeuvre de ce grand novateur a été trop diminuée hors de nos frontières, et trop méconnue chez nous (Amoros avait eu la douleur de perdre en 1830, son fils, le lieutenant de génie Amoros, instructeur-chef de gymnastique au corps de débarquement de Sidi-Ferruch. Étant tombé dans une embuscade dans la marche sur Alger, le lieutenant Amoros fut massacré par les Arabes).

L'influence de CLIAS, ce rival d'AMOROS, ne dépassa guère en France l'Éducation physique enfantine dans les écoles primaires de la ville de Paris; de Dijon et de Besançon ; il eût peut-être moins de succès encore en Angle-terre où il vécut autant qu'en France et en Suisse.

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PÉRIODE de 1837 à 1852. — La période qui suivit la fermeture du Gymnase Normal d'AMOROS (1837) fut certainement une période de désarroi et de déclin pour l'Éducation physique. Non seulement, elle cessa d'être à la mode, mais encore elle tendit à se séparer du reste de l'Education.

Notons simplement que quelques gymnases nouveaux furent cependant créés, en ces temps difficiles. En 1840, s'ouvre le "Gymnase des Oiseaux ". La même année, Napoléon LAISNÉ, élève d'AMOROS, prend la: direction du " Gymnase de Paris "; en 1843, le même LAISNÉ fonde quatre gymnases, l'un à Vincennes pour le 2e bataillon de chasseurs à pied, deux à l'institut des Aveugles, Boulevard des Invalides et le quatrième, rue du Maine. En 1845, il crée un gymnase à l'École Polytechnique.

Nous avons vu qu'en 1846, TRIAT créa, lui aussi, un gymnase à l'inauguration duquel put encore assister AMOROS, deux ans avant sa mort.

Mais toutes ces créations, parfois couronnées d'un certain succès, n'avaient aucun retentissement en dehors de Paris ; elles ne relevaient d'aucun plan d'ensemble. L'action coordonnée et nationale, ébauchée par AMOROS, n'existait plus.

L'activité officielle, cependant soucieuse de recueillir au moins quelques résultats de l'œuvre amorosienne, tâtonnait dans deux compartiments parallèles.

Dès 1838, en effet, le Ministère de la Guerre avait constitué une Commission présidée par le général Comte de ROCHERET ; elle avait pour rôle de rédiger un règlement de gymnastique destiné à l'Armée ; ce règlement fut rédigé. Pour quelles raisons ne fut-il pas publié? On l'ignore.

De son côté, mais seulement en 1845, le Ministre de l'Instruction Publique, de SALVANDY constitua lui aussi une commission présidée par DUTREY, Inspecteur Général des Écoles ; elle " devait étudier " le problème de renseigne-. ment de la gymnastique dans les écoles et collèges. Rien ne sortit des travaux de cette commission, sinon, peut-être, cette constatation qu'il n'y avait pas de maîtres pour enseigner la gymnastique.

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LE PREMIER RÈGLEMENT FRANÇAIS DE GYMNASTIQUE (1846).— En 1846, le Ministre de la Guerre reconstitua la Commission de 1838 ; elle fut présidée par le général AUPICK ; en firent partie, le Colonel AMOROS, le Capitaine d'ARGY, Napoléon LAISNÉ, etc... Cette fois, un résultat tangible fut obtenu : le 24 août 1846, le Ministre de la Guerre approuva le travail de sa Commission et le premier règlement français de gymnastique vit le jour ; il se nommait : 64 Instruction pour l'enseignement de la Gymnastique dans les corps de troupe et les établissements militaires ".

Mais, pour donner cet enseignement, les maîtres manquaient: Alors, le ministre de la Guerre décida, en septembre 1849, la création d'une " École Normale de Gymnastique Militaire " à Fontainebleau, au "Parquet d'Avon". Les plans furent faits par LAISNÉ, on abattit des arbres, on amena sur place les restes du gymnase d'AMOROS; demeurés place Dupleix. Les troubles politiques de cette époque firent ajourner le projet, et le seul événement notable, à cette période de l'histoire de l'Éducation Physique, fut la loi de 1850 qui rendait cette Éducation facultative dans les écoles primaires.

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CRÉATION DE L'ÉCOLE DE JOINVILLE (1852). — Fort heureusement, le projet militaire de création d'une École de Gymnastique, avorté en 1849, fut repris. Le 22 juin 1852, d'ARGY,(devenu commandant), et Napoléon LAISNÉ furent chargés de créer cette école, à Joinville-le-Pont, près de Paris, dans une redoute datant de 1847, la Faisanderie. Le 15 juillet 1852, l'École de Joinville ouvrit ses portes à un groupe de 120 stagiaires, assurée désormais d'une existence longue,laborieuse et féconde.

Le premier Commandant de l'École, le Commandant d'ARGY, amorosien de longue date, et son adjoint Napoléon LAISNÉ, autre disciple d'AMOROS, ne firent évidemment que suivre de leur mieux l'enseignement de leur maître. D'ailleurs, il y avait un règlement: l'instruction du 24 avril 1846; d'ARGY et ',AISNE avaient collaboré à sa rédaction avec AMOROS lui-même, six ans auparavant ; c'est donc cette instruction toute pénétrée de l’oeuvre de leur vieux maître, qu'ils suivirent à Facile, dans leur enseignement. Par suite, il est intéressant de savoir ce que cette instruction, mère de nos futurs règlements de gymnastique, contenait et édictait.

L'Instruction du 24 avril 1846, qui fut le premier catéchisme de Joinville, comprenait trois titres et une annexe, savoir :

TITRE I. — Règles générales et divisions de l'Instruction.
TITRE II. — Exercices élémentaires.
TITRE III. — Exercices d'application.
ANNEXE. — Inventaire des appareils et instruments gymnastiques.

Notons au titre I, cette prescription : « Il ne faut pas non plus exiger d'eux (les soldats), dans ce travail, une attitude strictement militaire, qui les fatigue inutilement pour l'objet qu'on se propose, et ne pas réprimer avec trop de sévérité les éclats de gatté et les élans de plaisir, auxquels il est heureux qu'ils se livrent pendant cet exercice qui les y porte naturellement, lorsqu'il est bien dirigé». Ainsi, le côté attrayant, d'ordre psychologique, n'échappait point aux premiers directeurs de Joinville (Il est bon d'insister encore ici sur ce point, qu'Amoros comprit tout le parti qu'il pourrait tirer de ce facteur psychologique par ce que la "gaieté est un principe de santé").

Le titre II (exercices élémentaires), comprenait des assouplissements, des équilibres, des exercices de développement musculaire élémentaires et des chants ; l'ensemble dérivait des exercices analytiques d'AMOROS, nommé par lui " élémentaires ".

Le titre III (exercices d'application), contenait presque tous les exercices de course, de saut, de grimper, lancer, etc..., prescrits par AMOROS ; ce titre retenait, parmi beaucoup d'autres et sans leur donner une place excessive, les exercices aux barres parallèles, an trapèze d'AMOROS et au cheval.

L'OEUVRE DU COMMANDANT d'ARGY — Il semble que l'application de ce règlement pourtant simple, ait rencontré, dans les régiments, quelques difficultés d'ordre matériel; en effet, le Commandant de l'École, après quelques mois d'enseignement, fit approuver et publier un petit volume intitulé :

" Livret de Commandement à l'usage des instructeurs du régiment ". Ce livret ne contient plus que les exercices de l'instruction de 1846 pouvant s'exécuter sans l'aide d'appareils.

Mais, d'autre part, nous savons que le Commandant d'ARGY insista si bien auprès du Ministre de la Guerre d'alors, le Maréchal de SAINT-ARNAUD, autre élève d'AMOROS au Gymnase DUPLEIX, que le 27 juillet 1852, le Ministre faisait connaître aux Régiments la liste du matériel gymnastique qu'ils devaient établir ou acquérir et leur allouait les crédits correspondants.

Il est intéressant de noter que, dans cette liste, on ne trouve pas de boîtes fixes, mais de simples barres à suspension en bois. Peu de temps après, cette question du matériel était résolue. Les régiments avaient leurs gymnases et terrains organisés; une nouvelle publication du Commandant d'ARGY : Instruction pour l'Enseignement de la Gymnastique, parue vers 1855, est accompagnée d'un plan et d'une liste des appareils en usage dans l'Armée,' sans aucune restriction.

Cette instruction de 1855 est importante à un autre point de vue ; pour la première fois, elle classait les exercices sous forme de leçon complète, ce qui est un progrès pédagogique notable ; en outre, toujours selon AMOROS, elle notait et indiquait les divers rythmes d'exécution.

Rééditée en 1865, puis en 1872, cette " Instruction pour l'Enseignement de la Gymnastique ", due au Commandant d'ARGY (Le Commandant d'ARGY, devenu Lieutenant-Colonel quitte l'École en 1856 (voir tableau des Commandants de l'École de Joinville)), régla l'enseignement de Joinville pendant plus d'un demi-siècle. C'est alors que Joinville acquit, par la persévérance et la continuité de ses idées et de sa tâche, cette renommée qui ne l'a pas abandonnée ; de cette époque date sa réputation d'être accueillante et ouverte, non seulement aux nationaux mais aux étrangers. Un major prussien Von STEIN, put y faire un séjour et y recueillir des notes dont on fit usage dans les gymnases de son pays. L'inverse ne se produisit pas ; aucune influence allemande ni étrangère ne se fit sentir à Joinville à cette époque.

Par décret du 6 août 1872, l'Escrime, jusqu'alors enseignée à Joinville avec les autres applications, reçut une organisation distincte ; en 1873, la Division d'Escrime ainsi créée, comprit 500 élèves, en quatre sections, dont l'une de fusiliers-marins. Elle fut installée au camp de St-Maur (Bois de Vincennes).

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JOINVILLE ET LES SOCIÉTÉS DE GYMNASTIQUE. — Entre temps, et à partir de 1860, les premières sociétés de Gymnastique commencèrent à naître en France ; toutes suivirent l'enseignement de l'École, en- même temps qu'elles accueillirent avec empressement ses moniteurs, soit clans leurs rangs comme dirigeants techniques, soit au cours des fêtes périodiques. On peut affirmer que -les sociétés .de gymnastique de France ont été, à l'origine, des filiales enthousiastes de l'École de Joinville, et comme elles en appliquaient fidèlement la doctrine, il s'ensuit que ces admirables sociétés étaient alors bien éloignées de se spécialiser dans les seuls agrès, comme on leur reproche parfois de l'avoir fait depuis.

Cependant, il est certain que, peu à peu, et par influence réciproque, Join-ville et les sociétés de gymnastique tendirent à faire un choix parmi les exercices qu'elles présentaient en public. Elles auraient pu tout aussi bien s'orienter vers les courses, les sauts et les lancers, à l'exclusion du reste ; il n'en fut pas ainsi. On continua certainement à courir, à sauter, à lancer, à lutter et boxer, à faire de la canne et dû bâton, à 'grimper et escalader, à lever et porter et à nager, sans oublier les exercices, élémentaires du développement musculaire, 4,. mais on prit l'habitude de réserver ses préférences pour les exercices aux agrès, barres parallèles, anneaux,. trapèzes, cordes, barre fixe. Cette dernière venait d'être mise à la mode. Ici se révèle une certaine influence allemande (Yalm-Spiess).

ACTION DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE de 1850 à 1895. — Pendant ce temps, le mouvement s'étendait en France, mais avec beaucoup moins de rapidité que dans l'Armée. Le Ministère de l'Instruction Publique qui n'avait introduit, en 1850, qu'à titre facultatif, la gymnastique dans les écoles primaires, la rendait obligatoire en 1854, mais dans les lycées seulement ; au reste, il tirait de Joinville la plus grande partie de ses professeurs et en suivait, peut-être trop à la lettre, sinon la doctrine, du moins les procédés. En 1866, le Ministre. DURUY constitue une nouvelle Commission ; PAZ, élève de TRIAT et le docteur HILLAIRET en font partie ; ils parcourent l'Europe en mission officielle, visitent la Belgique, la Hollande, l'Allemagne et la Suède et présen-tent à la Commission un rapport et un programme ; en 1869, la gymnastique devient obligatoire dans les collèges et les Écoles Normales Primaires. Mais le nombre des maîtres demeure toujours insuffisant et les procédés employés sont toujours beaucoup trop calqués sur Ceux de Joinville. L'Instruction Publique ne se décide pas, soit à envoyer à Joinville des maîtres à former, soit à créer son école particulière de gymnastique ; elle se borne, à la même date, (1869), à établir un " brevet de maître ", auquel les intéressés se préparent comme ils peuvent.

Les événements de 1870-1871 donnent pourtant à réfléchir et l'Armée, la première, indique la voie : " Faites-nous des hommes, déclare le Général CHANZY aux Sociétés, et nous en ferons des soldats ".

C'était dire, en termes limpides, que l'Armée ne pouvait que recevoir les jeunes gens appelés sous les drapeaux, et non assurer à l'avance leur éduca-tion physique; il fallait donc que cette éducation leur fut donnée, avant l'heure du service militaire, par ceux qui ont charge de l'enfance et de l'adolescence, de 5 à 20 ans, c'est-à-dire par l'instruction publique et privée, et pax des organisations spéciales, dont les sociétés de gymnastique étaient alors le type à peu près unique.

En 1871, l'Instruction Publique reconstitua sa Commission de 1866, puis, l'influence de Jules SIMON, acquis à l'Education Physique, se fit sentir à partir de 1872 ; enfin, la loi du 27 janvier 1880 rendit la gymnastique obligatoire pour les garçons et les filles de 6 à 13 ans; à la même date parut un premier mannel d'exercices physiques, commun aux garçons et aux filles.

Mais, peu après, sous l'influence de Paul BERT, une loi, du 28 mars 1882, introduisait dans les établissements scolaires, les exercices militaires, la marche, le tir, l'école du soldat, la topographie. Cé fut l'époque des bataillons scolaires; cette surenchère dura peu ; le bon sens national y mit un terme. Une circulaire du Ministre de l'Instruction Publique, Jules FERRY, ramena les choses dans la bonne voie, dès 1882. Il rendit permanente la Commission reconstituée en 1871, et la plaça sous la présidence de MAREY. Cette Commission rédigea un nouveau manuel, qui parut en 1884, et qui, bien qu'imprégné encore d'exercices militaires, sans intérêt, mettait en bonne place la gymnastique.

Mais, l'Instruction publique faute d'une école spéciale, continuait à manquer de maîtres pour appliquer le manuel nouveau.

La loi de recrutement de 1889, qui réduisait le service militaire de 5 à 3 ans, annonça bien dans son article 85, une autre loi au sujet de l'organisation de la gymnastique dans les écoles et de la préparation au service mili-taire pour les jeunes gens de 17 à 20 ans ; rien ne fut créé dans ce sens. Une remarquable circulaire de Léon BOURGEOIS, Ministre de l'Instruction Publique, rappela bien, en 1890, l'importance de la gymnastique, surtout pour les filles ; la Commission MAREY fit adopter en 1891, un nouveau manuel d'exercices physiques, pour remplacer celui de '1884 ; il diminua l'importance des agrès et des évolutions militaires ; cependant, la gymnastique ne fut pas davantage pratiquée sérieusement dans l'enseignement, si bien que le 11 février 1893, un autre ministre, DURUY, se vit obligé d'inviter les Directeurs d'Écoles et les Maîtres, à respecter les heures consacrées à la gymnastique et à se conformer aux prescriptions du manuel de 1891.

INFLUENCE SPORTIVE ANGLAISE. — C'est vers ce temps que se firent sentir en France deux influences considérables bien que de directions un peu différentes : l'influence sportive anglaise et l'influence suédoise.

L'influence anglaise n'apporta pas, comme on l'a dit à tort, l'idée de constituer des sociétés ou clubs pratiquant un sport ; nous avons vu que, dès 1860, des sociétés de gymnastique s'étaient fondées en France; elles avaient même si bien prospéré depuis cette date, qu'en 1873, elles s'étaient fédérés en une Union des Sociétés de Gymnastique de France ; il existait aussi des sociétés de Paume, de Tir à l'Arc, d'Escrime, d'Aviron, de Tir au fusil, etc...; L'influence anglaise n'introduisit pas non plus en France, comme on l'a dit à la légère : la course, le saut, les lancements, etc... ; ces exercices étaient couramment pratiqués dans notre pays, depuis AMOROS et particulièrement à Joinville, en même temps que les exercices aux agrès qui, cependant, faisaient prime, tout au moins :dans les fêtes et démonstrations en public.

L'influence anglaise s'est bornée tout d'abord à importer dans notre pays, pratique de deux jeux de ballons (Rugby et Foot-ball), convenablement réglés et arbitrés, et la pratique plus stylée, plus sportive qu'auparavant, des courses, sauts, lancers, etc..., alimentée par l'idée du•" record " et de la compétition organisée à la manière des Grecs.

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LE MOUVEMENT SPORTIF EN FRANCE. — C'est en 1880 que se créa en France la première société pour la pratique da foot-hall ; elle s'appela la Société " sans nom ", fut présidée par CHARCOT et joua sur la pelouse de Madrid, au Bois de Boulogne. En 1882 était fondé le Racing-Club de France, et l'année suivante le Stade Français, tous les deux à Paris.

Deux noms sont à citer dans ce mouvement nouveau : Paschal GROUSSET et Pierre de COUBERTIN ; ce dernier, surtout, par sa création, en 1887, du “Comité pour la propagande des Exercices Physiques”, montra une haute conception de l'éducation complète. En 1887, se créait l'Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques, qui réunissait les clubs nouvellement fondés : Pierre de COUBERTIN en fut le secrétaire général ; le mouvement prit une ampleur croissante, et en 1894, dans une tentative synthèse, Pierre de COUBERTIN réussit à rénover les antiques JEUX OLYMPIQUES. Depuis cette date, la vogue de l'idée sportive n'a cessé de vivifier la plupart des conceptions éducatives, anciennes ou nouvelles.

On ne peut nier que, tout d'abord, l’École de Joinville ne fut pas très favorable à ce mouvement. Par contre, elle accueillit peut-être avec trop de zèle l'influence suédoise.

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INFLUENCE SUÉDOISE. — Les Suédois, depuis LING, au début du XIXe siècle, possédaient une méthode de gymnastique à laquelle ils avaient su rester fidèles; ils se félicitaient des résultats obtenus. La renommée avait fini par porter jusqu'en France le bruit de leurs succès ; on accordait en gros à la " Méthode Suédoise " une valeur scientifique, c'est-à-dire qu'on lui donnait des bases physiologiques, alors qu'on les refusait à la méthode. française d'AMOROS, cependant conçue et mise en oeuvre à la même époque que la méthode suédoise de LING. Ce point de départ faux ne s'expliquait que par l'oubli dans lequel on avait laissé tomber les travaux d'AMOROS, pourtant appuyés par l'autorité de physiologues distingués de ce temps.

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TRAVAUX DE MAREY ET DE DEMENY.— De plus, depuis AMOROS, les travaux physiologiques ne manquaient pas en France ; parmi les plus récents, ceux de MAREY sur la mécanique animale et la méthode graphique occupaient une place importante: et les études de LAGRANGE sur la " Physiologie des Exercices du Corps " constituaient, pour les instructeurs de Joinville, des éléments nouveaux de pédagogie que, d'ailleurs, ils étaient bien loin de négliger.

C'est pourtant à ce moment, en 1890, que la France envoie en Suède des missions d'études. Il s'était formé depuis quelques années à Paris un " Cercle de Gymnastique Rationnelle , sous l'influence de Georges DEMENY, préparateur de MAREY à l'Institut. On y voyait les personnalités les plus éminentes du monde de la gymnastique : TRIAT, PAZ, les docteurs DALLY et LABORDE, Georges DEMENY, etc... Les Commandants et les Instructeurs de Joinville y fréquentaient assidûment. C'est dans ce milieu que naquit l'idée d'aller en Suède enquêter sur les méthodes suédoises.

Les enquêteurs furent les docteurs LAGRANGE et TISSIÉ, DEMENY et Hugues LEROUX. Ils en re-vinrent assez diversement édifiés ; toutefois, dans l'ensemble, le côté " analytique " du système suédois avait su gagner leur faveur. Très rapidement, cette faveur se répandit et peut-être surtout à Joinville.

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RÈGLEMENT DU 1er FÉVRIER 1893. — Le 1er février 1893, un nouveau règlement de gymnastique parut qui devait préparer l'Armée à une évolution vers ce système, au reste assez mal connu des enquêteurs eux-mêmes. Mais en même temps, ce règlement fit une place, d'ailleurs timide, aux nouvelles pratiques sportives : le 1 avril 1892, en effet, avaient eu lieu les premières rencontres anglo-françaises de foot-bail et d'aviron, et la France avait été victorieuse en aviron ; ce succès avait eu un grand retentissement ; la Jeunesse commençait à s'enthousiasmer pour l'idée et la formule sportives; il n'était pas possible de se désintéresser de ce mouvement.

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L'OEUVRE DE G. DEMENY. De 1893 à 1902, l'influence suédoise eut en France une évolution curieuse dans l'esprit même des enquêteurs de 1890, et surtout de DEMENY et du docteur TISSIÉ. Tandis que ce dernier, créateur dès 1888 dans le Sud-Ouest, de la Ligue Girondine d'Éducation Physique, se faisait le protagoniste de la " Suédoise ",telle qu'il l'avait rapportée de Stockholm, Georges DEMENY, grâce à ses recherches physiologiques au contact de MAREY, relevait dans ce système des imperfections et même des erreurs physiologiques. Cependant au Congrès International d'Education Phy., signe qui se réunit à Paris en 1900, et où l'Armée était représentée, le tumulte des idées anciennes et nou-velles fut tel que la voix de DEMENY se fit à peine entendre ; du côté de Joinville, ce Congrès donna lieu à des rapports assez décisifs pour provoquer, à la fois, une modification de l'organisation de l'École et un nouveau règlement sur l'Instruction de la Gymnastique qui fut approuvé par le Ministre de la Guerre, le 22 octobre 1902 (Ce règlement, très imprégné d'influence suédoise, ne manqua pas de succès ; il inspira notamment le premier ouvrage de M. G. HEBERT : l'Éducation Physique raisonnée (1909) ; par contre, il fut très fortement critiqué dans l'Armée et par G. DEMENY lui-même).

La même année (1902), et par suite de modifications apportées à l'organisation de Joinville, Georges DEMENY entrait à l'École en qualité de professeur de physiologie appliquée et Directeur du laboratoire de physiologie, créé par le Décret du 22 août 1902. Le Chef de Bataillon COSTE, acquis au système sué-dois, commandait alors l'École (Mais on voit que ce n'est pas le Commandant COSTE qui a " imposé " la gymnastique suédoise, puisque l'influence de cette gymnastique remontait 'aux environs de 1890 et que le règlement de 1893 en était déjà fortement imprégné).

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LE RÈGLEMENT DE 1902. — Le règlement de 1902, à la rédaction duquel DEMENY avait collaboré, sans pouvoir peut-être faire adopter ses idées personnelles, d'ailleurs encore en gestation, comprenait deux parties :

La première partie (Gymnastique de développement et d'assouplissement) substituait aux anciens exercices élémentaires d'AMOROS, des exercices nette-ment inspirés du système suédois, ceux que précisément DEMENY, soumettait laborieusement à ses expériences critiques et dont il avait déjà réussi à modifier partiellement la forme.

La deuxième partie (Gymnastique d'application) était de source amorosienne ainsi que son complément (marche, courses, natation, etc...).

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G. DEMENY à JOINVILLE (Georges DEMENY a enseigné à L'École de Joinville du 22 août 1902 au 3 septembre 1907. Une plaque de marbre disposée dans l'amphithéâtre de la Faisanderie rappelle ce souvenir). A Joinville, les ides de DEMENY, grâce à ses travaux de laboratoire, au contact de l'activité de 'École, se préciserent rapidement ; de 1002 à 1906, il poursuivit avec méthode série d'études ; il y trouva confirmation de ce qu'il avait tout. ment aperçu, et bientôt, il déclara et prouva que le système suédois n'était pas un dogme scientifique intangible, que nombre de ses éléments s'accordaient mal avec la physiologie et que d'autre part, le système, par sa monotonie, heurtait la psychologie et le tempérament français.

Une importante polémique suivit, surtout entre le Docteur TISSIÉ et Georges DEMENY, dans le temps même où une Commission interministérielle, dont faisait partie DEMENY, travaillait depuis 1904 à réduire la part des exercices sué-dois dans nos règlements. Sur ces entrefaites, Georges DEMENY dut quitter son poste de professeur à L'École de Joinville. Il n'abandonna pas ses travaux ni ses idées, et devint réellement le Chef de l'École Française.

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PÉRIODE DE COORDINATION (1906-1914). — Au reste, l'École de Joinville n'avait pas tardé à s'apercevoir de l'insuffisance du règlement de 1902; dès 1904,le Ministre de la Guerre nommait une Commission de révision dont nous allons parler. L'École continua les recherches (Parmi les professeurs du cours de physiologie et directeurs des laboratoires de l’École de Joinville, après DEMENY, il convient de citer le Médecin Inspecteur Général SAVORNIN, les Médecins Commandants RAOUL, BOIGEY, BELLOT et TREVES) de DEMENY dans le laboratoire qu'il avait fondé ; et le 21 janvier 1910, le Ministre de la Guerre approuva un autre règlement qui, semblait-il, mettait le point final à cette longue période de tâtonnements et de discussions passionnées, mais non point inutiles.

Le règlement de 1910, adopté alors que l'École de Joinville, était commandée par le Commandant JAGUIN, présenta certainement une amélioration considérable sur tous ses devanciers.

Et d'abord, il était l'aboutissement d'un long travail d'entente et d'unification entre l'Armée et l'Instruction Publique.En 1904, en effet, avait été constituée une "Commission Interministérielle d'unification des Règlements d'Education Physique", et c'est aux travaux de cette Commission que l'on dut non seulement le Règlement dont on vient de parler, mais encore le nouveau "Manuel d'Exercices Physiques", paru en 1908 par les soins de l'Instruction Publique; la même année, il fut décidé que les jeunes instituteurs sous les drapeaux feraient à l'École de Joinville, un stage de trois mois. Ainsi espérait-on enfin former des maîtres pour nos établissements d'enseignement ; décision tardive et médiocre, pourtant utile.11e plus, depuis 1903, sur l'initiative de l'Union des Sociétés de Gymnastique, un cours supérieur d'éducation physique, d'une durée d'un mois par an, fonctionnait à Paris ; il avait pour but de former des maîtres au degré supérieur ; DEMENY en était l'âme.

Cet ensemble de dispositions eut les plus heureux effets ; adoptées et mises en œuvre environ G ou 7 ans avant la guerre, on ne peut nier qu'elles donnèrent des résultats appréciables, conjointement avec l'œuvre sportive et olympique qui se poursuivaient parallèlement depuis les environs de 1885.

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LE RÈGLEMENT DE 1910. — Le règlement de 1910 fut le premier qui se nomma Règlement d'Education Physique et non plus de Gymnastique. Cette substitution est encore due à DEMENY . Elle est significative : elle montre que, dès cette époque, on reprenait plus vigoureusement l'idée première de PESTALOZZI et d'AMOROS ; ne pas séparer l'éducation du corps de l'éducation générale.

En raccourci, le règlement de 1910 comprenait trois parties :

4° la gymnastique éducative : c'est encore celle de 1902, d'inspiration suédoise, mais modifiée, réduite et adaptée par DEMENY ; elle recherche " le plus grand travail ", dans des gestes non forcément usuels ; elle prépare à la gymnastique d'application.

2° la gymnastique d'application, continuation de la précédente, mais sous le régime de “ l'économie des forces ”, et des exercices d'utilité courante. Ce sont les applications d'AMOROS (marcher, courir, sauter, lancer, etc...) qui reprennent ainsi la place importante qu'elles avaient déjà avant les règlements de 1893 et de 1902.

3° la gymnastique de sélection, réservée aux sujets très vigoureux et particulièrement doués et entraînés ; elle comprend la plupart des sports : agrès, rugby, foot-ball, etc...

En somme, ce règlement associait trois fragments de systèmes non pas peut-être différents, mais qui étaient arrivés à paraître tels, à cette époque. Il réalisait une synthèse, sans indiquer peut-être assez clairement à qui s'adressait chacune des gymnastiques qu'il instituait.

Au système suédois fort remanié par DEMENY, on empruntait la gymnastique éducative ; on attendait d'elle ce développement et cet assouplissement parfaits que, seuls, peuvent donner des exercices non usuels, exécutés avec le maximum d'efforts et d'amplitude. Et sous ce rapport, ce règlement était la première réaction française contre l'abus des exercices suédois, alors à la mode partout. N'oublions pas que cette réaction date de 1904 (Commission interministérielle).

Du système Amorosien, on conservait les applications " naturelles ", utilitaires, usuelles, soit dans la vie courante, soit en campagne, et on les joignait aux précédents exercices qui en étaient la préface indispensable. Enfin, on gardait les agrès, et on y ajoutait comme exercices de sélection, réservés à quelques sujets exceptionnels, un certain nombre de sports et de jeux sportifs.

Il faut remarquer que cet ensemble s'appliquait à une Armée °à le service. militaire des contingents était alors de trois années ; un tel système, méthodiquement préparé dans les Écoles et les Sociétés, d'après un programme et une doctrine en harmonie avec le programme et la doctrine appliqués dans l'Armée, devait en trois années de service, apporter à l'Éducation Physique de notre jeunesse, un couronnement très satisfaisant, et d'autant plus que les Sociétés-et Clubs s'étaient multipliés en France .avec une grande rapidité.

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LA PRÉPARATION AU SERVICE MILITAIRE.— Un courant d'idées très supérieures à celles qui avaient produit, en 1882, les éphémères bataillons scolaires portait une partie de la Jeunesse à la " préparation au service mi-litaire " ; des sociétés s'étaient librement formées dans ce but ; en 1885, elles s'étaient unies en une Association Nationale de Préparation au Service Militaire ; en 1905, une section ou bureau de Préparation militaire avait été créé -au Ministère de la Guerre (Direction de l'Infanterie) pour s'occuper de cette activité nationale nouvelle,et en 1908, une Instruction ministérielle réglait l'organisation de ce mouvement, en précisant quelques avantages au bénéfice de l'Union et des Sociétés de préparation militaire, agréées du Ministère de la 'Guerre, (S. A. G.).

Ces Sociétés suivaient, pour l'Education Physique, les directives de Joinville.

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EXTENSION DU RÔLE DE JOINVILLE. De son côté, l'École de Joinville est réorganisée par l'Instruction du ler septembre 1912, qui règle encore comme nous l'avons dit, le fonctionnement de l'École.

Et, pour la première fois depuis la disgrâce d'AMOROS, l'Éducation Physique connaît en France une ère de continuité, d'accord et de rendement ; Joinville reçoit des élèves plus nombreux (240 officiers, 240 sous-officiers, plus 70 élèves d'escrime. chaque année), mieux choisis, plus instruits ; quatre fois par an, pendant dix semaines, des groupes d'instituteurs, d'abord -de 300 et bientôt de 600 chacun, viennent puiser à l'École l'enseignement qui leur est nécessaire pour appliquer aux enfants le Manuel d'Exercices physiques de '1909, propre à l'Instruction Publique.

Une bonne unité de vues, une excellente coordination d'efforts, des principes communs, une méthode bien comprise et des procédés bien adaptés à chaque âge font de cette période peut-être la plus belle et la plus féconde que la France ait connue dans ce domaine de l'éducation. Elle rappelle, en mieux encore, la plus belle époque amorosienne.

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SYMPTÔMES DE DISSIDENCES. — Et cependant, ce qui s'était passé pour AMOROS faillit recommencer ; des méthodes particulières se dressèrent contre celles qui, filles d'AMOROS, de LAGRANGE, de DEMENY et par-tiellement de TISSIÉ, avaient enfin été adoptées et enseignées, non sans difficultés. Est-ce qu'on allait revoir le douloureux spectacle d'un CLIAS intriguant près de la Chambre des députés dans le but unique d'abattre AMOROS, son rival momentanément triomphant ?

Le Docteur TISSIÉ, protestait, dans le sud-ouest et commençait à publier ses articles enflammés qu'il réunira plus tard sous le titre de : '6 Cent ans d'erreurs ". Le lieutenant de vaisseau HÉBERT, ancien élève de Joinville, commençait à opposer au système en vigueur, dans sa " Méthode naturelle ", la seule pratique des " applications " d'AMOROS, toujours réglementaires, d'ailleurs, mais qu'il classait d'une façon plus judicieuse ;1 enfin, des méthodes-à bases sportives, encore en gestation, prétendaient se suffire à elles-mêmes.

Toutefois, ces divergences n'empêchèrent point le travail fécond et directement utile des organisations alors en pleine activité.

Quelques années plus tard, la guerre survint.

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DE 1914 à 1928. — 1914, 1915 et presque la moitié de 1916 passèrent. Joinville avait été fermée à la mobilisation, tous ses cadres étant pourvus de commandements aux Années ; l'effort de la guerre se prolongeait ; on dut incorporer des classes jeunes ; on dut aussi revoir et appeler aux armes les jeunes gens précédemment écartés du service militaire par les conseils de révision. Dés la fin de 1915, la nécessité d'adopter, pour ces jeunes incorporés, une éducation physique capable de les développer assez rapidement, mais avec précaution, s'imposa si bien que les Présidents des Unions et Fédérations s'occupant de ces questions firent des démarches auprès du général GALLIENI, alors ministre de la guerre, pour lui signaler cette nécessité. Le docteur TISSIÉ s'offrit pour faire cette éducation dans les dépôts avec l'aide de monitrices.

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RÔLE DE JOINVILLE PENDANT LA 2e PARTIE DE LA GUERRE. PÉRIODE D'UNION ACTIVE. — Il parut plus simple et plus efficace de rouvrir l'école de Joinville (Le Directeur de l'Infanterie était alors le Général MARGOT). Le 8 mai 1916, l'École est rouverte, sous le nom temporaire de Centre d'Instruction PhYsique ; ses huit premiers instructeurs sont des blessés de guerre, mal guéris, y compris le nouveau Commandant de l'École, le Commandant LABROSSE ; la vieille École qui a servi de centre mobilisateur à diverses formations, n'a plus ni organisation, ni matériel ; il faut presque tout reconstituer, et qui plus est, le règlement de 1910 se révèle inapplicable aux problèmes nouveaux que l'École doit traiter.

En quelques mois, il s'agit de développer énergiquement, mais prudem-ment, des jeunes gens non malades, mais diminués dans leur vie physique, précisément faute de cette éducation préconisée depuis près d'un siècle par AMOROS et ses successeurs ; le règlement de 1910, établi pour des jeunes hommes vigoureux' disposant de trois ans d'entraînement, est inopérant ; cette observation s'applique tout aussi bien aux jeunes gens des contingents normaux, appelés avant l'âge habituel et dont l'instruction dans les dépôts est limitée à quelques mois.

Mais si l'ensemble du règlement de 1910 n'apporte aucun secours, les éléments de ce règlement conservent leur valeur ; au reste, Joinville fait à peu près table rase du passé, croit ne devoir s'inféoder à aucune formule admise et traite rationnellement les problèmes qui lui sont imposés.

Le 20 Juin 1916, un petit guide memento, simple résumé de l'enseignement pratique donné aux stagiaires, fixe la nouvelle orientation de l'École ; son utilitarisme direct est incontestable ; mais, en même temps, certains principes nouveaux sont affirmés qui ne disparaîtront plus. Les premiers résultats dépassent toute espérance ; les progrès physiques faits par nos " récupérés " des classes antérieures et par les jeunes gens des classes normales appelées par anticipation sont très nets, en quelques mois.

Le rôle de Joinville s'en trouve agrandi. L'École est alors chargée. d'organiser l'entraînement physique des combattants aux Armées ; de réformer, sur des bases pratiques le combat à la baïonnette, à la grenade et corps à corps ; de créer des systèmes particuliers pour les jeunes aviateurs ; d'adapter ses doctrines à la préparation physique des jeunes gens et des adolescents des Sociétés et des Écoles ; de coopérer à la création des centres et des organes d'Instruction Physique régionaux ; de prendre en mains la rééducation physique des inaptes et des blessés à partir du le juillet 1917 et enfin d'organiser des camps de vacances pour les enfants.

Elle est puissamment aidée dans cette tâche par une union parfaite de l'action officielle supérieure et de l'action des organisations privées ; elle trouve, parmi les blessés et inaptes une grande quantité de professeurs d'éducation physique mobilisés qui lui sont d'un précieux secours ; toutes les bonnes volontés et toutes les compétences se mettent à sa disposition ; avec un zèle inlassable, civils et militaires,hommes et femmes, coopèrent activement à ses travaux.

La grande Commission civile et militaire, constituée par le Ministre de la guerre le 7 juillet 1946, lui est également, à tous égards, d'une aide incomparable ; deux hommes surtout, s'intéressent activement à sa tâche; le Sous-Secrétaire d'Etat à la Guerre, M. René BESNARD, et le Général COTTEZ, Directeur de l'Infanterie.

La guerre terminée, il s'agit alors de ne pas laisser périr tout entier ce mouvement, dont l'énergie devait être maintenue, au moins dans le domaine de l'Éducation physique.

LES NOUVELLES DOCTRINES DE L'ECOLE. — Les nouvelles doctrines de Joinville assuraient pratiquement une forte alliance de tous les procédés connus d'Éducation physique, en harmonie avec le caractère français..

Ayant admis le principe de classification des hommes ou jeunes gens en trois catégories : forts, moyens et faibles (Conformément à une instruction ministérielle du ter janvier 1916, émanant de la Direction du Service de Santé.- Antérieurement, M. DESBONNET avait préconisé un système analogue), l'École de Joinville en avait adopté un autre corrélatif : elle organisait la classification des exercices convenant à chacune des catégories précédentes ; et comme elle voulait plus que jamais rendre les leçons attrayantes et même, si possible, amusantes, elle faisait appel aux jeux les plus divers, depuis les jeux d'enfants jusqu'aux sports les plus athlétiques. Mais tous étaient classés et mis à leur juste place.

En sorte que, dans les leçons mêmes, les faibles avaient à exécuter des exercices éducatifs et des petits jeux ; les moyens, des applications graduées et des jeux plus ou moins sportifs ; les forts, des applications et des sports; les agrès comptaient parmi ces derniers. Cette absortion des sports et des jeux par l'Éducation Physique était fort naturelle et même elle était " dans l'air " depuis plusieurs années; elle consacrait l'union de tous les procédés d'exercices physiques, depuis les plus " élémentaires ", comme disait AMOROS,jusqu'aux plus " sportifs ", comme disait DEMENY. Et ainsi était pratiquement résolue l'alliance de tous les groupements nationaux jusqu'ici spécialisés et parfois hostiles, sauf pendant la guerre.

Il paraissait donc utile de maintenir unis, en un solide faisceau, tous ces groupements divers, de même que leurs exercices préférés se trouvaient unis et mis en ordre dans les méthodes graduées de Joinville.

Le Comité National d'Education Physique et Sportive et d'Hygiène Sociale (Monsieur Henry PATÉ, député de Paris, en fut le Président-fondateur), fondé en 1918, sous le patronage du Gouvernement, se donna pour mission le maintien de cette union précieuse ; il s'agissait aussi de ne pas laisser dépérir les créations diverses du Ministère de la Guerre et, si nécessaire, pour réaliser l'ensemble de ces projets, de faire créer par le Parlement, un organisme centralisateur d'Education Physique - Office ou Sous-Secrétariat -, d'obtenir l'obligation de l'Education Physique et la transformation de l'École de Joinville en un Institut National d'Education Physique, à la fois civil et militaire.

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UN PLAN GÉNÉRAL D'ÉDUCATION PHYSIQUE NATIONALE. — Sans attendre ces réalisations, dès la fin de 19'18, l'École de Joinville, bénéficiant des missions diverses qui venaient de lui être confiées, se préoccupa de mettre sur pied, sous une forme commode et claire, l'ensemble de ses travaux ; elle y fut encore aidée par nombre de personnalités civiles compétentes, parmi lesquelles il faut citer : les professeurs RACINE et FISCHER, élèves de DEMENY, les médecins CHARBONNIER et MOREAU-DESPARGES, sans oublier les excellents instructeurs, médecins et moniteurs du cadre de Joinville. L'École fut même transportée un instant à Dinard pour étudier pratiquement, avec de nombreux enfants, des instituteurs et institutrices, la mise au point de ses doctrines en, ce qui concerne l'Éducation physique de l'enfant et de la jeune fille.

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PROJET DE RÈGLEMENT GÉNÉRAL 1919-1922. De ces travaux méthodiquement conduits, sortit un' plan général d'éducation physique pour toute la Nation; les règlements nécessaires à la mise en œuvre de ce plan commencèrent à paraître dès 1919 et furent terminés en 1922; ils forment aujourd'hui le " Projet de Règlement Général d'Éducation Physique " approuvé par le Ministre de la Guerre dans son ensemble et par le Ministre de l'Instruction Publique, dans sa première partie (Enfance). Ce projet de règlement général est encore en vigueur, en partie.

Il comprend sept petits fascicules; leurs titres suffisent à indiquer l'ampleur du programme total de Joinville.

1re partie. — Education physique élémentaire (Enfance).

2e partie. — Éducation physique secondaire (Jeunes gens de 13 à 18 ans).

2e partie (bis) id. (Jeunes filles de 13 à 18 ans).

3e partie. — Éducation physique supérieure (sportive et athlétique). - (Hommes de 18 à 30 ou 35 ans).

4e partie. — Adaptations professionnelles :
Titre I. - Education et instruction physique militaire.
Titre II. - Rééducation physique militaire.

Annexe. Instruction sur le rôle des médecins dans l'éducation et la rééducation physiques.

Il paraît inutile d'examiner de près ces divers règlements qui sont encore en usage pour la plupart.

PÉRIODE DE 1922-1929. De 1922 à 1929, cependant, l'École de Joinville ne se croit pas autorisée à s'endormir sur ses lauriers; les cours et stages sont nombreux et variés ; au laboratoire de physiologie, au cabinet d'anatomie, à la station de photo-cinématographie reconstitués pendant la guerre, s'ajoute,une station de radioscopie et un laboratoire de chimie. L'École, toujours installée Faisanderie et au camp de St-Maur, hérite en 1920, du camp des Canadiens, situé sur le glacis de la redoute de Gravelle. L'extension de son enseignement, déterminé par le projet de règlement général lui-même, l'amène maintenant à embrasser la totalité des exercices physiques et des sports connus et pratiqués en France. La tâche de dresser des instructeurs de Centres et des Directeurs régionaux et départementaux d'Education physique qui soient en mesure de remplir leur mission difficile ; le soin de former des instructeurs des corps de troupe de France et des colonies, ainsi que de perfectionner les moniteurs des grandes Unions, enfin le souci constant d'améliorer son oeuvre technique et pédagogique incitent l'École à se maintenir dans le rôle élargi que la guerre lui a imposé et que les diverses missions qu'on lui confie exigent d'elle.

Or, ce rôle, qui fait craquer de toutes parts l'organisation normale de l'École et son installation matérielle, s'impose juste au moment où les effectifs de l'armée, se réduisant chaque jour de plus en plus, une économie sévère est exigée dans tous les organismes d'Etat.

D'autre part, le Comité National d'Education Physique et Sportive et d'Hygiène sociale, disparaît eu 1921, après avoir obtenu la création d'un Commissariat ou Sous-Secrétariat d'Etat à l'Education Physique, aux Sports et à la Préparation Militaire et un Ministère de l'Hygiène. Diverses lois proposées au Parlement pour l'organisation de l'Éducation Physique échouent ; en 1920, elles fusionnent en un seul projet, qui n'obtient pas plus de succès ; le Ministère de l'Hygiène disparaît, le Commissariat devient en 1926 un service annexé au Cabinet du Ministère de la Guerre ; le nombre des Centres régionaux d'Éducation Physique est, à plusieurs reprises, diminué ; il ne reste bientôt plus, de tant de projets utiles, que la loi de 1923 sur la préparation militaire élémentaire et supérieure.

D'autre part, les Ministères de l'instruction Publique, de la Guerre, de la Marine, etc..., intéressés cependant directement à la question de l'Éducation physique, tendent de plus en plus à faire cavalier seul.

L'Institut National commun, qui semblait prêt à être créé en 1919, demeure à l'état de projet.

En dépit de cette atmosphère peu encourageante, Joinville poursuit sa tâche. Pour expliquer ce qui était peut-être trop condensé dans le projet de règlement général, elle publie en 1923 un volumineux " Cours de Pédagogie ", et se prépare à transformer le projet de règlement en un règlement définitif.


Le 13 octobre 1923, à la demande de M. Henry PATÉ, une Commission de refonte du Règlement est réunie au Ministère de la Guerre ; elle comprend des éléments des trois ministères ; elle émet des. idées et des vœux ; Joinville les réalise et sous la direction du Colonel BONVALOT, puis du Lieutenant-Colonel ARNOULD, elle procède à la rédaction d'un règlement général en trois parties et trois annexes. La première partie de ce règlement a paru en 1927, la troisième au début de 1930.. Son importance mérite des développements qui ne sauraient trouver place dans cet historique ; ils constituent le troisième chapitre de la Notice générale sur l'École, intitulé : la Méthode Nationale Française d'Education Physique.

Cette même période de 1922 à 1929, qui, pratiquement voit la consécration des efforts antérieurs dans le domaine de l'Éducation physique et des sports, en France comme à l'étranger, est aussi une période de nouvelles hésitations. Comme il fallait s'y attendre, d'anciennes méthodes particulières s'efforcent de revivre et retrouvent des partisans ; au lieu de s'unir autour de la vivante et saine méthode nationale, quelques " doctrinaires " reprennent leurs petites campagnes anciennes ; les divisions et les discussions oiseuses reparaissent. D'autre part, la situation financière de notre pays paralyse les réalisations projetées, dans l'ordre des organisations; et cette regrettable carence décourage les uns, excite au contraire les autres à battre en brèche et d'avance les projets gouvernementaux. Certains n'hésitent pas à envenimer les moindres mécomptes; ils opposent ou s'efforcent d'opposer les sports à l'Education physique et l'un ou l'autre, ou les deux, à la Féparation militaire. De même, inquiets ou jaloux des travaux et de l'extension de l'École de Joinville, ils s'emploient, soit à en diminuer la valeur, soit à créer des divisions entre " civils " et " militaires ". Tout ce qu'on en peut dire ici, c'est que ces manœuvres dissociantes, desservent l'Education Physique dans l'opinion française.

Cependant, par décision ministérielle du 10 décembre 1925, l'École de Joinville change de nom : d'École Normale de Gymnastique et d'Escrime, elle devient École Supérieure d'Éducation Physique.

Entre temps, en '1928, l'ancien Commissariat, devenu simplement un " service " rattaché au Cabinet du Ministre de la Guerre, se transforme en Sous-Secrétariat d'Etat de l'Education Physique, rattaché au Cabinet du Ministère de l'Instruction Publique, mais réunissant dans ses attributions les fonctions jusqu'alors dévolues au Ministère de la Guerre, en matière d'Éducation Physique, de Sports et de Préparation Militaire... M. Henry P TÉ, député de Paris, devient ainsi le premier Sous-Secrétaire d'Etat de l'Education Physique dans notre pays et le chef direct de l'École de Joinville. Il conserve le Colonel . MARCHAL comme chef des Services militaires du Sous-Secrétariat.

Cette heureuse création autorise tous les espoirs en ce qui concerne les organisations projetées et l'union des efforts sous l'égide du Gouvernement.

L'une des premières visites du Sous-Secrétaire d'Etat a été celle qu'il fit à la nouvelle École Supérieure, le 25 Janvier 1929, et qui réunit autour de lui la plupart des personnalités politiques de la région de Joinville. Cette visite de l'École, en plein hiver, permit aux visiteurs de constater une fois de plus, que les installations matérielles de l'École ne correspondent plus à l'extension de son activité. L'École de Joinville le sait et en souffre, mais cela ne diminue en rien l'ardeur de son zèle, ni la valeur de son enseignement dont la renommée va croissant. Elle reste fidèle à la devise de ses fondateurs : " Pro Patria " et à celle qui existe sur son Etendard : Énergie et Discipline.

Cette visite du Sous-Secrétaire d'Etat eut encore une autre conséquence heureuse ; elle dissipa les bruits fâcheux colportés de divers côtés depuis un ou deux ans et selon lesquels l'autorité supérieure aurait envisagé la suppression de l'École de Joinville: école qu'on eut tant de peine à créer en 1852 et qui depuis cette dote, c'est-à-dire depuis 78 ans, n'a pas cessé de régler avec sagesse le mouvement de l'Education Physique, freinant les excès, démasquant les erreurs, stimulant les indécis, éveillant et guidant les vocations, et donnant à chaque instant les preuves de ce que vaut l'énergie physique et morale, dans une nation comme la France, si brillamment intellectuelle. La, visite du 25 janvier 1929 a été une date importante de l'histoire de l'École de Joinville ; elle a montré en quelle estime le Gouvernement tient cette école qui a plus de trois quarts de siècle d'existence.

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L'année 1929 s'est écoulée sans apporter le moindre changement dans la vie de l'école ni la moindre réalisation dans les projets établis.

L'école a failli obtenir enfin, grâce à l'action personnelle de M. Henry PATÉ; la piscine qu'elle demande depuis longtemps ; la Revue d'Éducation Physique et de Sports dont le premier numéro était tout rédigé dès octobre 1928, faillit paraître et combler une importante lacune 'd'enseignement et de diffusion; la crainte de faire renaître des " polémiques " disparues semble avoir fait reculer cette décision ; cela n'a pas empêché les polémiques de reparaître.

La transformation de l'École en Institut National, à la fois civil et militaire, conformément aux plans arrêtés depuis 1927, faillit aboutir. Par ailleurs, en exécution d'une loi du 20 juillet 1928, qui ouvrait au budget de l'Instruction Publique des crédits permettant l'ouverture d'Instituts régionaux d'Education Physique, rattachés, par Académie, aux Facultés de Médecine, cinq de ces Instituts ont été créés à Paris, à Bordeaux, à Lille, à Lyon, et à Nancy. Six autres sont en voie d'organisation. Cette création qui semble devoir compléter, au degré élémentaire, le rôle du Cours Supérieur d'Education Physique de l'Instruction Publique (Lycée Michelet), paraît pouvoir rendre de bons services, si les programmes d'enseignement et les méthodes pratiques de ces jeunes Instituts régionaux sont sagement tenus en concordance avec l'enseignement officiel approuvé par le Sous-Secrétariat.

Au début de l'année 1930, M. MORINAUD, Député de Constantine, escrimeur réputé a remplacé M. Henry PATE comme Sous-Secrétaire d'Etat de l'Education Physique.

Le jeudi 20 mars 1930, le nouveau Sous-Secrétaire d'Etat est venu visiter l'École de Joinville, accompagné de nombreuses personnalités civiles et mili-taires; il s'est occupé sur place des divers projets, intéressant soit l'amélioration matérielle de l'École, soit sa transformation en Institut National. Le Ministre a bien voulu manifester publiquement qu'il tenait l'École de Joinville en haute estime tant pour les services rendus que pour ceux qu'elle est appelée à rendre encore; il a, de plus, affirmé sa volonté de décider et de réaliser, en toute indépendance, d'esprit et dans un seul but : l'intérêt national.

Par ailleurs, l'École a appris, avec un certain plaisir, que la méthode française, adoptée déjà par le Luxembourg et le Portugal, venait d'être acceptée officiellement Mi Brésil.

Liste des Commandants de l'Ecole de Joinville

Commandant d'ARGY (1852-1856)
Commandant de la PLANE (1856-1859)
Commandant de FERAUDY (1859-1872)
Commandant GRILLET (1872-1875)
Commandant CANONIER (1875-1879)
Commandant BONNAL (1879-1884)
Commandant CROMS ECK (1884-1886)
Commandant CASTEX (1886-1893)
Commandant ROUSTAN (1893-1899)
Commandant CHANDEZON (1899-1902)
Commandant COSTE (1902-1906)
Commandant BLANDIN (1906-1908)
Commandant JAGUIN (1908-1910)
Commandant BOBLET (1910-1914)

Interruption du 2 août 1914 au 7 mai 1916.

Commandant LABROSSE (8 Mai 1916 au 31 Mars 1919)
Lt-Colonel SÉE (1er Avril 1919 ou 7 Février 1921)
Colonel BONVALOT (7 Février 1921 au 18 Août 1928)
Lt-Colonel ARNOULD (18 Août 1928).