III. la Méthode Nationale Française d'Education Physique

Item

Title
fr III. la Méthode Nationale Française d'Education Physique
Alternative Title
en III. The French National Method of Physical Education
Description
This chapter from "Notice sur l'École Supérieure d'Éducation Physique de Joinville-le-Pont" by Lieutenant-Colonel Labrosse discusses the development and refinement of the French National Method of Physical Education, a system that integrates various physical training techniques from both French and foreign influences. The method emphasizes a comprehensive approach to physical education, starting with basic exercises for children and advancing to complex athletic training for adults. The chapter details how the method has been shaped by scientific research and practical experience, particularly during the interwar period, and how it has been codified in the 1927 General Regulations. The method’s adaptability and focus on individual needs are highlighted as key strengths.
Creator
Labrosse, Lieutenant-Colonel (Author)
Date
1930
page start
41
page end
45
Temporal Coverage
Publisher
Fencing Arms & Artifacts
Rights
CC BY-NC 4.0
Format
Book
Language
French
Type
Chapter
Identifier
2021.01.004
Spatial Coverage
Provenance
Loaned for digitization by Benjamin Bowles
Digitized by Benjamin Bowles
Cataloged by Benjamin Bowles
content
fr III. la Méthode Nationale Française d'Education Physique

L'historique résumé de l'École de Joinville qui précède ces pages, suffit .à montrer la trame solide qui unit à travers le XIXe siècle, les travaux d'AMOROS à ceux de Joinville, de DEMENY et de LAGRANGE ; d'autre part, Joinville a su, non sans les passer au crible, utiliser les données de LING, rajeunies par ses successeurs et scientifiquement mises au point par DEMENY, puis incorporer dans son enseignement, en les ordonnant, la plupart des .sports en vigueur. Cette soudure d'éléments, étroitement apparentés, mais qui tendaient à s'opposer, faute de se mieux connaître et d'être jugés impartialement, commencée avant la guerre, s'est effectuée pratiquement à Joinville à partir de mai 1916. L'Éducation physique est un tout qui commence aux rudiments élémentaires, nécessaires à l'enfant, et qui culmine aux exercices les plus complexes et les plus perfectionnés, nécessaires aux athlètes. Il n'y a pas lieu de laisser de côté, par système, une parcelle de cet ensemble.

Le Règlement Général, entrepris à la demande du Sous-Secrétariat d'Etat de l'Education Physique (Haut-Commissariat à la guerre de 1921 à 1926), approuvé et paru en 1927, est l'application de ces idées : Embrassant toute l'Éducation Physique, il n'impose à chacun que les •exercices physiques dont il a besoin et qu'il peut faire.

LE RÈGLEMENT GÉNÉRAL DE 1927 (1re PARTIE)

Le Règlement général consacre cette harmonie d'éléments qui n'avaient jamais été disparates que dans certains esprits trop absolus. Ce sont, en effet, les doctrinaires du XIXe siècle et du commencement du XXe, qui ont découpé et isolé, à leur gré, certains de ces éléments.

Le plan seul du Règlement général et les titres de ses diverses parties suffisent à révéler cette consécration :

La première partie comprend trois titres. — I. - Bases physiologiques ; II. - Bases pédagogiques ; III. - Pédagogie appliquée.

Elle s'adresse à tous, mais elle a soin de conserver les règles déjà retenues après expérience, par le projet du règlement de 1919 ; le groupement des sujets de valeur physique sensiblement égale et l'adaptation de l'exercice-aux divers groupements, c'est-à-dire l'individualisation physiologique, appliquée le plus possible à cette éducation ; l'attrait des exercices et le contrôle périodique médical de l'instruction et de l'entraînement.

La deuxième partie (En cours d'impression) dont la rédaction s'est achevée en Mai 1929, comprend deux titres : IV. - Sports individuels ; V. - Sports collectifs.

La troisième partie en comprend deux : VI. - Education physique militaire (Parue en avril 1930). (Il n'est plus question d'autres adaptations professionnelles et c'est là une lacune regrettable) ; VIL - Rééducation (Il est possible que la rééducation, qui a pratiquement cessé d'être appliquée en France, à partir de 1924, contre toute attente, ne donne pas lieu à la publication prévue).

Enfin trois annexes (En cours d'impression) sont prévues :
I. - Rôle du Médecin ;
II. - Manuel de l'instructeur Militaire.
III. - Manuel de l'Instructeur Civil.

Les principes généraux qu'expose ce règlement, dans sa première partie, sont à peu près ceux qui, de nos jours, préfacent les méthodes d'Éducation physique les plus connues et dont la plupart sont d'ailleurs plus ou moins directement inspirées, en ce point, par les doctrines de Joinville, à l'exception toutefois de .certaines tendances exagérées que l'École a toujours réprouvées.

Ces principes fondamentaux sur lesquels s'établit la Méthode française: sont : Développement harmonique des fonctions. Obéissance aux lois physiologiques. Recherche du plus haut degré de perfectionnement physique que comporte la nature de chaque être humain, et dont la santé, la force, la résistance, l'adresse, la trempe de caractère et l'harmonie des formes sont les éléments indiscutables, à condition d'être réunis.

Il faut noter tout de suite ces trois orientations qu'elle énonce, mais qui ressortent encore mieux de l'examen des mouvements ou exercices qu'elle préconise selon les âges et les conditions physiques.

1°. - Elle vise au développement physique par des assouplissements et par des exercices éducatifs, non usuels; analytiques, à grande amplitude et à grand rendement, et par des jeux très connus.

2° - Elle est nettement utilitaire, par la pratique d'exercices usuels ou " applications " synthétiques, régis par le principe de l'économie des forces, exercices ayant un pouvoir limité de développement et de perfectionnement, mais nécessaires à la vie courante.

3°. - Elle est également nettement sportive, c'est-à dire qu'elle vise au perfectionnement supérieur des exercices ; elle prescrit la pratique de tous les sports, dans la pure forme sportive de la competion, mais elle en règle l'usage et elle y prépare méthodiquement, par des éducatifs spéciaux, ceux qu'elle reconnaît apte à en bénéficier.

Si l'on veut bien se reporter à ce que nous avons dit dans l'historique, au sujet du règlement de 1910 et des méthodes officielles employées pendant la guerre, on voit que ce règlement général a su utiliser ce qu'il y avait de meilleur et de pratique dans les règlements et méthodes précédentes. Et c'est pourquoi, il constitue bien réellement la Méthode française.

Dans l'emploi systématique des jeux gradués, on retrouve LAGRANGE et le docteur TISSIÉ, mais aussi l'École de Joinville de toujours.

Dans les assouplissements et les éducatifs amples, continus, de grande valeur nourricière, on reconnait DEMENY qui les a étudiés et précisés à Join-ville même, où ils ont été de nouveau vérifiés et complétés depuis DEMENY.

Les exercices utilitaires (Il y a lieu de noter que ces exercices utilitaires, tous issus d'Amoros, et classés par " famille " depuis longtemps, à Joinville, se nomment " exercices naturels " dans certains systèmes d'avant-guerre, contemporains du règlement de 1904-1910) ne sont autres que les " applications " d'AMOROS, et on sait que Joinville est la principale héritière de ce grand éducateur.

Les sports individuels ne sont qu'une façon plus précise et plus perfec-tionnée d'exécuter certaines applications utilitaires très anciennes : les courses, les sauts, les lancements, ou plus récentes : les sports d'attaque et de défense (boxe anglaise, boxe française, lutte, jiu jitsu), le cyclisme, les poids et haltères, l'escrime, les agrès, les sports d'hiver, la natation et le sauvetage, etc...

Les sports collectifs sont les jeux de ballons ou de balles les plus connus, (football, basket-ball, hockey, rugby, etc...).

Tous ces sports sont exécutés, selon la rude formule sportive et olympique. On retrouve ici LAGRANGE et M. Pierre de COUBERTIN.

Au reste, l'École de Joinville pratique ou démontre encore bien d'autres sports, qu'elle n'a pas cru devoir décrire dans son règlement ; la pelote bas-que, le tennis, la longue et la courte paume, le polo, le golf, etc... font l'objet de jeux facultatifs ou de démonstrations.

Mais surtout - et c'est en cela que consiste vraiment aujourd'hui une Méthode d'Éducation physique - la Méthode française " organise " de divers exercices, jeux et sports, selon les catégories d'êtres auxquels ils sont profitables. Ce serait en effet commettre une erreur que de faire pratiquer par des athlètes confirmés des exercices anodins et inefficaces, d'exiger d'enfants ou de malingres des exercices athlétiques ou encore d'appliquer à des groupements différents de vigueur et de besoins, une même méthode rigide et indivisible. La Méthode française a fait, la première, de l'individualisation physiologique, la force de sa doctrine qui est précisément d'être souple, nuancée, adaptable à chacun. On a dit qu'elle était " éclectique " ; non, elle est mieux que cela, elle est complète ; elle ne néglige aucun des procédés reconnus profitables au développement physique et moral ; et si, par ce fait même qu'elle est complète, elle englobe hombre de systèmes fragmentaires qui se sont imprudemment intitulés " Méthodes ", cela ne signifie point qu'elle est éclectique, mais seulement que ces systèmes sont partiels ou incomplets.

D'autre part, la façon dont elle enseigne à donner l'Éducation physique sous forme de leçons complètes (Il est rappelé que les leçons complètes ont été inaugurées à Joinville, par le commandant d'Argy, dès 1852 - (voir historique)), faciles à doser, à graduer et à conduire, sa conception des séances d'études des éléments composant les leçons, ses exercices éducatifs spéciaux préparant aux sports, le soin avec lequel elle prescrit de rendre les leçons et séances attrayantes, enfin ses règles pour le contrôle médical et physiologique périodique de l'éducation et de l'entraînement physiques, en font l'une des méthodes les plus précises et les mieux ajustées qui soient actuellement.

Est-ce à dire qu'il n'y ait plus de progrès à faire et que l'École de Joinville n'a plus qu'à enseigner ce qu'elle a élaboré, sans se préoccuper d'améliorations ? En agissant ainsi, l'École renierait un passé de labeur. Mais, ayant conçu et réalisé un plan général d'Éducation physique, elle désire avant tout, comme jadis Napoléon I AISNE, l'un de ses fondateurs, que ce plan soit appliqué, chaque jour avec plus de soin et de régularité, dans tous les milieux de notre pays.

Pour cela que faut-il ? Une meilleure organisation de l'enseignement de l'Éducation physique dans toutes les Écoles, dans tous les Clubs et Sociétés, dans tous les Corps de Troupe et Services de l'Armée et de la Marine, dans toute la Nation. Il n'est pas au pouvoir de l'École de réaliser cette organisation d'ensemble. Déjà, peut-être, a-t-elle de beaucoup dépassé son rôle initial, en .donnant à son pays un plan et un enseignement complet d'Éducation physique ; et si cependant, elle se croit le droit d'être fière de son oeuvre, elle le :sera bien davantage quand cette oeuvre sera plus largement appliquée qu'au-jourd'hui. Mais, si l'École de Joinville demande l'application générale de son plan et de ses doctrines, elle s'efforce d'être toujours prête à utiliser les données scientifiques nouvelles, car la science de l'éducation emprunte ses bases fondamentales aux sciences elles-mêmes, filles des lumières grecque et latine.

L'École de Joinville s'est toujours tenue à l'écart des polémiques ; mais elle n'a cessé de combattre deux données funestes : l'empirisme routinier, les tendances anticivilisées et antiscientifiques.

Cet empirisme trop commode et ces tendances dangereuses sont généralement inséparables.