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Title
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fr
V. L'Enseignement
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Alternative Title
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en
V. Teaching
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Description
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This chapter from "Notice sur l'École Supérieure d'Éducation Physique de Joinville-le-Pont" by Lieutenant-Colonel Labrosse outlines the educational programs offered at the school, focusing on the instruction of officers and non-commissioned officers in physical education and fencing. The curriculum is designed to equip students with the theoretical and practical skills needed to become effective physical education instructors within the military and civilian sectors. The school is also responsible for ongoing research and experimentation to improve physical education methods, which are incorporated into the teaching process. The chapter highlights the dynamic nature of the school’s curriculum, which is continuously updated to reflect the latest scientific and practical advancements.
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Creator
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Labrosse, Lieutenant-Colonel (Author)
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Date
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1930
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page start
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54
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page end
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78
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Publisher
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Fencing Arms & Artifacts
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Format
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Book
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Language
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French
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Identifier
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2021.01.004
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Provenance
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Loaned for digitization by Benjamin Bowles
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Digitized by Benjamin Bowles
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Cataloged by Benjamin Bowles
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content
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fr
V. L'Enseignement
I. - BUT :
Le but des Cours Normaux de l'École de Joinville a été indiqué au chapitre ler : Rôle général, d'après les termes mêmes de l'Instruction ministérielle du ter septembre 1912.
Des circulaires plus récentes ont encore précisé ce but.
En somme actuellement, l'enseignement de l'École consiste à donner aux officiers et sous-officiers stagiaires les connaissances pédagogiques, théoriques et pratiques nécessaires pour remplir les fonctions d'instructeurs et de moniteurs d'Éducation physique, dans les Corps de Troupe, les Écoles Militaires, les Services départementaux et régionaux, les Centres régionaux et l'École de Joinville elle-même.
En outre, l'École doit former des Maîtres d'Escrime, capables d'être en même temps des moniteurs d'Éducation physique.
Enfin, elle a la charge permanente d'étudier et d'expérimenter les perfectionnements à apporter à l'Éducation physique et à l'Escrime; elle les propose au Sous-Secrétariat. Dès qu'ils ont été approuvés, ils passent dans le domaine de l'enseignement; en fait, ces perfectionnements ont toujours donné lieu, périodiquement et environ tous les dix ans, à des règlements nouveaux et ce sont ces règlements que l'École applique et enseigne, au fur et à mesure de leur approbation par l'autorité supérieure.
Nous avons indiqué, dans l'historique, la genèse de ces divers règlements, qui marquent autant d'étapes dans l'évolution propre de l'École jusqu'à l'apparition de sa plus récente construction, le premier et le second volumes. du Règlement général d'Education physique, publiés respectivement en 1927 et en 4930, que doivent suivre à bref délai le deuxième volume relatif aux Sports, et les annexes concernant le rôle des instructeurs militaires et civils et des médecins.
La caractéristique de l'École de Joinville, au point de vue de l'enseignement, est donc la suivante : dans le temps même qu'elle applique et enseigne un Règlement, le dernier paru, elle procède en pleine action à des études et à des expériences de terrain et de laboratoires dans le but de perfectionner et de modifier s'il y a lieu, la doctrine la plus récente.
Comment ce double but est-il rempli?
Nous examinerons d'abord la façon dont l'École procède à ses recherches -et études, pratiques et scientifiques; ensuite, comment elle assure l'enseignement normal.
II. - ETUDES ET RECHERCHES PRATIQUES ET SCIENTIFIQUES.
Nous avons vu que l'École de Joinville dispose des laboratoires suivants :
Anatomie et Physiologie, avec annexe de Mécanique;
Radiologie;
Chimie.
Ces laboratoires sont placés sous la direction du Médecin-Chef de l'École.
Elle dispose en outre des laboratoires ou stations ci-après :
Photographie ;
Cinématographie,
placés sous la direction du Directeur des Etudes.
Mais, en outre, elle possède en plein air le plus merveilleux laboratoire -qui soit : la totalité de ses cadres et de ses stagiaires au travail, sur les divers terrains d'exercices physiques et de sports; l'essentiel est que ce dernier laboratoire exerce une influence permanente sur tous les autres; ce qu'on étudie à Joinville, en effet, ce n'est pas l'homme inerte ni le malade, c'est l'homme normal et ses fonctions en pleine activité énergique. Donc, avant, pendant, après les exercices ou l'ensemble d'exercices physiques à l'étude, un certain nombre de stagiaires ou d'athlètes du cadre ou de soldats du Petit État-Major et du Service auxiliaire sont appelés aux divers laboratoires et collaborent aux recherches en cours, toujours avec une grande curiosité zélée. Ces collaborations, d'ailleurs, ne se renouvellent pas très souvent, ne durent pas très longtemps et ne sauraient en rien géner l'instruction normale.
Mais ce qui fait la valeur de ces recherches, c'est le grand nombre d'hommes sur lesquels d'année en année, elles peuvent s'exercer.
Les renseignements anthropométriques pris sur tous les- stagiaires à leur arrivée, en cours de stage et au départ, fournissent une première base que les autres expériences viennent compléter; à leur tour, ces expériences, longue-ment additionnées et contrôlées, fournissent de précieuses indications pour la conduite de l'entrainement, la pratique des leçons et des sports, le dosage et la valeur même des exercices, quels -qu'ils soient. En tout compartiment de l'Education physique et sportive, grâce à cette liaison constante entre les laboratoires et le grand laboratoire de ses stades, l'École est en état d'indiquer les procédés optimum et ceux qu'il convient de répudier.
De cet ensemble d'études et de recherches permanentes, elle peut déduire à chaque instant les points faibles et les points solides d'une doctrine quelconque et pour commencer, dans l'établissement de sa propre doctrine, elle a pu éviter les points faibles et les tendances d'ordre affectif, toujours sujettes à caution.
Il n'y a point, à Joinville, de laboratoire spécial de psychologie; mais cette science y est étudiée, connue, ense4uée ; le laboratoire de physiologie procède à des expériences continues de psycho-motricité ; et rien ne sort de l'École qui, même en règle avec les lois physiologiques, ne soit également soumis à un examen psychologique aussi approfondi que possible.
Naturellement, outre ces travaux de recherches, les laboratoires de l'École fournissent aux professeurs des données immédiates pour l'enseignement dont ils ont la charge. C'est ainsi que les résultats des expériences de physiologie, de mécanique, de radiologie, de chimie, alimentent les cours qui correspondent à ces différentes sciences.
De même, les professeurs tirent un secours inappréciable des données de la photographie et surtout du cinématographe ralenti, lequel, reproduisant par le menu les gestes des divers athlètes, permet d'apprécier quelles erreurs ces athlètes commettent, en dépit des succès éphémères, ou, au contraire, avec quelle maîtrise ils savent utiliser, en les adaptant judicieusement à des exercices donnés, les moyens physiques dont l'homme dispose.
Le perfectionnement physique personnel de l'adulte découle de cet en-semble, de même que le perfectionnement intellectuel ou moral de l'homme -découle d'un ensemble d'efforts et d'acquisitions diverses individuelles, et non pas exclusivement de l'application stricte d'une seule et même doctrine collective établie à priori.
On voit assez par ce qui précède que l'École de Joinville, bien que militaire, est fort éloignée " d'un caporalisme empirique " dont les esprits scientifiques ne sauraient s'accommoder.
Si l'éducation européenne moderne est collective, l'amélioration et le perfectionnement sont toujours et ne peuvent être qu'individuels, et c'est le perfectionnement de l'individu qui est la base du perfectionnement collectif. La discipline elle-même des masses n'est pas autre chose que l'assemblage des •disciplines individuelles ; il s'y joint alors quelques données de psychologie collective et le plus souvent ces données n'agissent que par excès ; elles diminuent ou elles exagèrent les individualités ; mais, plus celles-ci sont fortes, moins elles subissent l'action de la foule impulsive.
Ce n'est pas en prônant un incertain et grossier retour à la nature, à la façon de JAHN, en Prusse, à l'aube du XIXe siècle, que l'on peut espérer fa-çonner autre chose que des masses passives et impulsives, d'abord grossières et brutales plus tard. Là est le caporalisme ; on sait assez à quoi il conduit à la longue.
Les études et les recherches de l'École sont orientées dans une toute au-:ter direction ; elles visent le perfectionnement de l'être humain dans le cadre même de la civilisation et non contre elle ; et c'est pourquoi, les travaux scientifiques des laboratoires et des stades lui sont indispensables, alors que l'empirisme et le naturisme, ces deux ennemis des sciences, la dispenseraient de toutes recherches.
III. — L'ENSEIGNEMENT :
L'École forme normalement des Maîtres, de futurs professeurs ou instructeurs d'Éducation physique et des Escrimeurs.
On a souvent tenté de limiter son rôle, à ce sujet. On a dit : Eh quoi! l'École de Joinville n'a besoin que de former des instructeurs de soldats ; pourquoi s'avise-t-elle de s'occuper de l'Éducation physique des enfants, des adolescents, des hommes d'âge mûr et même des femmes?
A cela, tout d'abord, le passé répond : Joinville s'est occupé de ces questions, pour la raison que, pendant longtemps en France, personne autre qu'elle n e s'en occupait.
Et cependant, on faisait de l'Éducation physique, alors nommée gymnastique; l'École de Joinville de ces temps ne fut pas longue à observer que c'était elle, finalement, qui fournissait à tout le monde, les professeurs, à travers l'organisation militaire. Ses élèves revenus dans les régiments ,étaient appelés, faute d'autres, à s'occuper de l'Education physique d'enfants et d'adolescents des sociétés ou des écoles ; et ils n'y enseignaient guère que ce qu'ils avaient appris à Joinville ; puis, quittant l'armée et redevenus civils, ces mêmes élèves propageaient ses doctrines dans tous les milieux.
Dès que l'École s'aperçut de ce mécanisme inévitable, elle fut amenée à réfléchir sur l'erreur qu'il contribuait à répandre : celle de faire appliquer à des enfants une gymnastique qui n'avait point été conçue pour eux, et elle s'efforça d'y remédier par la base.
D'autres nécessités, d'ailleurs, la conduisirent à élargir et à préciser ses doctrines - nous en avons dit un mot dans l'historique.
L'Armée ne se compose pas que de jeunes gens de 20 à 22 ans. Elle comprend également des Écoles militaires d'enfants et d'adolescents des deux sexes ; d'où pour Joinville, le devoir de former pour ces écoles des Maîtres adaptés à l'éducation de la jeunesse. Elle comprend encore des officiers et des sous-officiers de carrière de tous âges, et elle s'est aperçue de bonne heure que la gymnastique du jeune adulte ne leur convenait point.
En somme, par son rôle, strictement militaire même, l'École de Joinville a été amenée à s'occuper du problème complet de l'Education physique,à tout âge et pour les deux sexes ; et il serait facile de prouver que, dès ses débuts, sous l'influence de Napoléon LAISNÉ, principalement, elle y a délibérément songé. Il n'est pas moins exact qu'elle n'a pas tout de suite réalisé le plan de LAISNÉ et qu'il a fallu tout une suite de circonstances pour qu'elle en vienne à des réalisations dans cet ordre d'idées.
Mais un dernier argument - et qui aurait pu être le premier, à l'exemple de la doctrine amorosienne - vient dissiper toute hésitation à cet égard : La science de l'Éducation physique est une, et tout s'y tient. Impossible de suivre le développement physique humain de 20, 21 ou 22 ans, si l'on ne sait rien de ce qui a précédé et de ce qui pourra suivre ce compartiment si étroit.
Tout éducateur physique, si délimité qu'apparaisse son rôle, doit tout connaître de l'Education physique, parce qu'on ne sait jamais et qu'il ne sait pas lui-même s'il ne sera pas appelé à donner ses services dans d'autres compartiments que celui où il opère normalement.
Tout au moins, tant que l'Éducation physique ne sera pas mieux organisée, mieux connue et plus diffusée, l'École base son enseignement actuel sur 'ce principe : elle s'efforce de donner à ses élèves,si brefs que soient leurs stages, une connaissance aussi complète que possible de toute l'Éducation physique, telle que la condensent les règlements qu'elle applique. Il appartient ensuite aux élèves de se perfectionner et même de se spécialiser dans une partie de cette éducation, à leur gré.
Il va de soi que leur valeur, à la sortie de l'École, est proportionnelle à la durée. des cours qu'ils y suivent et naturellement aussi à l'intérêt qu'ils 'apportent à les suivre.
Ici, une première remarque importante : d'une manière générale, la pédagogie n'intéresse pas les jeunes français qui n'y ont pas été préparés de bonne heure et spécialement. Passée la dix-huitième ou dix-neuvième année, nos jeunes gens. aiment l'action,. la vie pratique, et ce n'est que devenant pères de famille, qu'il leur arrive de s'intéresser à l'éducation ; la Pédagogie peut alors retenir leur attention et il n'est pas trop tard pour en faire des maîtres-avertis, surtout en Éducation physique.
On ne saurait citer d'âges ; cependant on peut admettre qu'entre 18 et 30. ans, sauf quelques exceptions, d'ailleurs rares, et toujours provoquées par la paternité, les jeunes adultes français non préparés avant 18 ans, n'ont qu'un médiocre goût pour la pédagogie de l'Éducation physique ; ils seront conférenciers, entraîneurs en quelque sport spécial, pratiquants sportifs ardents ; mais éducateurs réels ? rarement !
On a dit que l'Éducation physique avait été inventée par de vieilles personnes à l'intention de la jeunesse. C'est là de l'esprit de mauvais aloi. L'Éducation physique montre que les vieilles personnes ont tout autant besoin d'exercice que les jeunes, sinon plus. Mais il est certain que l'enseignement de cette éducation, la formation des maîtres, doit commencer de bonne heure, et avant la dix-huitième année. Est-ce-là une considération extraordinaire ? Ne commence-t-on pas à former les maîtres de l'enseignement intellectuel et moral dans les mêmes conditions d'âges ?
Certaine conclusion en découle (Cette conclusion est la suivante, au moins en ce qui concerne l'Armée. C'est dans les Écoles militaires préparatoires et spéciales qu'il convient de commencer la formation des futurs maîtres, en leur donnant l'orientation voulue vers Joinville). Mais nous n'avons fait cette remarque que pour mieux situer la question de l'enseignement de Joinville.
Quels sont en général ses élèves ?
Ce sont des officiers et des sous-officiers de carrière. Aucun n'a évidemment moins de 18 ans. Elle ne poursuit pas la formation des jeunes gens des contingents appelés ; ceci est l'affaire des Centres régionaux, et explique en partie les difficultés que rencontrent ces Centres. En fait, les élèves de Joinville ont des âges qui vont de 23 à 40 ans ; il en est de plus âgés ; ils ne sont appelés qu'à titre d'information ; il en est de plus jeunes, ce sont des stagiaires qui viennent uniquement pour un perfectionnement tout d'exécution.
Beaucoup de stagiaires d'entre 23 et 40 ans sont pères de famille; ce sont ceux qui suivent avec le plus d'attention tous les cours et emportent toujours la meilleure documentation ; ils découvrent la pédagogie et s'y intéressent souvent avec zèle.
Mais l'enseignement à Joinville est à deux faces : il y a une face théorique, de savoir intellectuel, et une face pratique d'exécution des exercices. Comme conséquence justifiée, tel qui a une bonne valeur pédagogique et théorique jointe à une valeur moindre comme exécutant, se classe mal parmi ses camarades aux examens de fin de cours. Or, la valeur comme exécutant dépend le plus souvent de la façon dont l'élève a été physiquement éduqué dans son jeune âge ; s'il ne l'a pas été du tout, il est en droit de se retourner vers l'organisation générale qui n'a pas mis cette éducation à sa portée. On voit comment toutes ces questions sont intimement liées entre elles et combien il est nécessaire d'incorporer une Éducation physique efficace et suivie dans l'Éducation générale de nos enfants et adolescents. L'Armée et en particulier l'École de de Joinville sont admirablement placées pour constater cette urgente nécessité.
Quoi d'étonnant, dès lors, que l'École se soit de bonne heure occupée de l'organisation de l'Éducation physique dans notre pays et que, à ses débuts, le Sous-Secrétariat d'Etat de l'Education Physique ait été rattaché au Ministère de la Guerre ?Quoi d'étonnant qu'elle ait songé la première à construire et qu'elle ait construit une Méthode d'ensemble qui correspond à cette organi-sation générale nécessaire ? Si quelqu'un s'en était chargé avant elle, et à sa place, elle eut applaudi de tout cœur à une telle initiative. Elle a eu cette initiative ; d'où vient qu'on feint, de certains côtés, de ne pas s'en apercevoir et de la passer sous silence ?
I. — LA DÉSIGNATION DES ÉLÈVES :
C'est le Sous-Secrétaire d'Etat qui fixe périodiquement le nombre d'élèves à admettre pour chaque variété de cours et stages de l'École, d'accord avec les Directions d'armes (Infanterie, Artillerie, Génie, Cavalerie, Aéronautique etc.,.) et selon les besoins des services de l'Education physique, des Écoles militaires, des Centres régionaux et des Corps de troupe.
En principe, les stages de spécialisation ont pour but de former des instructeurs d'Écoles et de Centres ; les cours d'information, celui de former des officiers et des sous-officiers destinés aux services régionaux et départementaux ; les cours d'instruction, (officiers), des instructeurs des Corps de troupe ; les cours d'instruction (indigènes des colonies) des moniteurs à la fois pour les corps indigènes et pour les colonies elles-mêmes. Les cours d'escrime forment pour les salles d'armes de garnison et les Écoles, des Maîtres d'armes, moniteurs d'Éducation physique et des prévots.
Tous ces élèves sont désignés par les Régions de Corps d'armée ; ils sont, en principe, volontaires ; toutefois, les nécessités de service exigent parfois d'envoyer à Joinville certains stagiaires d'office. Ce ne sont pas toujours les moins bons.
Les candidats doivent être en excellent état physique, être bien notés dans leurs régiments, avoir au moins le certificat d'études primaires; les sous-officiers doivent avoir moins de 28 ans, les lieutenants moins de 30 ans ; les capitaines et officiers supérieurs doivent avoir encore au moins quatre ans de service à accomplir avant d'être atteints par la limite d'âge de leur grade.
Il a d'ailleurs été demandé par l'École de Joinville, que les stagiaires, autres que ceux du cours d'information des officiers, subissent, dans leurs corps de troupe, avant toute proposition, un certain nombre d'épreuves physiques éliminatoires. Mais, depuis longtemps déjà, dès qu'ils sont désignés, les stagiaires ont l'ordre de se remettre à l'entraînement physique, s'ils l'ont négligé, et de se remémorer ce qu'ils ont appris d'anatomie et de physiologie avant de rejoindre l'École.
II. — LES PROGRAMMES DES STAGES D'ÉDUCATION PHYSIQUE :
Nous avons vu que les divers stages et cours étaient différenciés par leur durée et que celle-ci était fonction du but attribué à chaque cours et stage. D'où autant de programmes que de stages et autant d'instructeurs, autant d'orientations différentes des cours, conférences et exercices pratiques qu'il y a de programmes.
Ce système peut sembler compliqué, après ce que nous avons dit de la nécessité d'enseigner à tout stagiaire la totalité de la méthode française. En fait, on s'y efforce et c'est la durée du stage qui règle la valeur des résultats obtenus. Que cette durée soit de 9 ou de 3 mois, elle se montre toujours insuffisante, étant donné l'ampleur croissante de la science de l'Education physique. Tous les Directeurs de l'École se sont montrés favorables à des cours de formation d'une année, suivis, pour les meilleurs élèves de cours de spécialisation d'une même durée. C'est ce qui se passe dans la majeure partie des Écoles similaires d'Europe.
Le système actuel à stages courts, conduit forcément à quelque surmenage intellectuel et physique des élèves et des instructeurs, et pour les stages très courts (3 mois), à la fois à du surmenage et à une formation trop superficielle. Néanmoins, avec le zèle et l'entrain ordinaire des élèves et l'ingéniosité des instructeurs, les résultats ne sont jamais négligeables, tant s'en faut.
Justement, pour éviter le surmenage, dont l'École est toujours menacée par l'organisation même des stages, l'un des moyens qu'elle est obligée d'employer, est de doser aussi bien que possible l'enchevêtrement journalier des exercices pratiques ou pédagogiques, sur le terrain ou dans les gymnases, et des travaux théoriques, conférences, démonstrations, visites extérieures.
En général, la règle adoptée est comme la méthode même, du domaine de l'individualisation physiologique : plus les stagiaires sont âgés, plus ils ont de théorie et moins de pratique ; c'est l'inverse pour les plus jeunes. Or, cette règle, obligée, inévitable, en raison de la durée trop brève des stages, ne s'avère pas très efficace. En effet, la nécessité d'éviter aux élèves les moins jeunes (physiologiquement), une suite trop dure d'exercices pratiques, empêche souvent de pousser leur formation sous ce rapport dans le temps donné. On y parviendrait si, plus étendus, les cours permettaient de pratiquer ces exercices à un rythme moins précipité, à la place de séances théoriques d'une valeur moindre.
Examinons à titre d'exemple, la répartition des séances et des matières de quelques uns des stages de l'année d'instruction 1928-1929. Les chiffres portés dans les colonnes de tableau ci-après indiquent le nombre de séances consacrées aux diverses matières des programmes. Chaque séance est, en prin-cipe, de 45 minutes, sauf celle de natation, qui exige toute une demi-journée, en raison des déplacements qu'elle nécessite :
[Table omitted]
Il faudrait ajouter à ces chiffres, pour être complet, les séances consacrées aux examens physiologiques et pratiques du début, du milieu et de la fin de chaque stage, aux examens de classement, aux études, etc…
Mais il ressort de ce tableau, avec évidence, que les stagiaires les plus âgés (officiers du stage d'information 3 mois 1/2), ont une proportion de deux séances théoriques pour une séance pratique, tandis que les stagiaires officiers du cours de spécialisation (9 mois), ont environ une séance théorique pour trois séances pratiques, et les sous-officiers du stage d'information (4 mois), une séance théorique pour deux séances pratiques.
On voit ainsi comment, toute réduction dans la durée des cours contraint concurremment avec l'âge des stagiaires, à diminuer la part des séances pratiques, qui sont, de beaucoup, la partie la plus efficace de cet enseignement.
Le tableau précédent montre aussi la part relative de chaque matière dans les différents programmes ; nous examinerons plus loin les plus importantes de ces matières telles qu'elles sont enseignées à l'École. Mais les programmes de la Division d'Escrime demandent quelques explications.
III.— PROGRAMMES DES COURS DE LA DIVISION D'ESCRIME :
Si l'on se reporte au tableau de l'organisation de l'École, on voit que le cours normal d'Escrime dure trois ans. Le. mécanisme est le suivant : les élèves volontaires pour ce cours, sont désignés en nombre supérieur à celui qui est prévu pour la première année ; ils suivent d'abord pendant un mois, un stage dit d'admission ; à la fin de ce stage, ils subissent un examen de sélection, à l'issue duquel il n'est conservé à l'École, au cours de première année, que le nombre d'élèves fixé par le Ministre ; il s'y ajoute un certain nombre de marins, de gardes-républicains, etc…
A la fin de la première année, un examen de passage en deuxième année élimine encore, un certain nombre d'élèves ; il en est de même à la fin de la deuxième année ; il ne reste plus en troisième année que les meilleurs; ceux-ci subissent un dernier examen pour le brevet de Maitre, après lequel ils peuvent être nommés Maîtres d'Escrime, Moniteurs d'Éducation Physique, dans les emplois vacants.
Ce système déjà ancien, entretient certainement une émulation considérable, et donne d'excellents résultats, on lui doit à coup sûr la valeur incontestée des Maîtres sortis de l'École depuis 1872, c'est-à-dire depuis la création des cours d'Escrime.
Il ne paraît pas douteux qu'un système analogue, mais réduit en durée,. serait préférable à celui adopté pour les élèves des Divisions d'Education Phy-sique ; il suffirait d'ailleurs, que les cours de ces dernières durent une année, avec sélection au bout du premier mois (admission) ; et examen. Cette première sélection permettrait de désigner les élèves, d'une part, pour les simples cours d'instruction, d'une durée de trois mois (instructeurs des Corps de troupe), et d'autre part, pour les cours de spécialisation d'une durée de huit mois (instructeurs pour les Écoles militaires, les Centres, les Services régionaux et départementaux).
A ces cours normaux de formation, s'ajouteraient comme actuellement :
— des stages d'information pour les officiers supérieurs et capitaines anciens et pour les médecins (durée variable et en été) ;
—des stages d'instruction pour les indigènes coloniaux (4 mois en été) ;
—des stages de perfectionnement (football, rugby, athlétisme, jeux olympiques, etc...) de durées et à des époques variables.
Ce sont là des suggestions ; leur réalisation se heurte à certaines difficultés, sans aucun doute ; cependant, la valeur de l'enseignement de Joinville, sa diffusion, pour ainsi dire automatique, hors de l'Armée, militent en faveur de stages d'Education physique moins écourtés qu'ils ne le sont actuellement, par économie.
Bornons-nous, en ce qui concerne les élèves, de l'Escrime, plus favorisés, à indiquer la proportion que les programmes accordent jusqu'ici d'un côté à l'Escrime aux trois armes, de l'autre à l'Education physique complète.
Il convient d'abord de noter que les élèves d'Escrime, en raison de la durée de leurs cours, sont astreints à des séances d'instruction militaire proprement dite, et à divers perfectionnements d'instruction générale, en sus des séances d'Escrime et d'Education physique.
Le cours annuel est divisé en deux périodes à peu près égales, nommées semestres. Prenons, par exemple, les élèves de deuxième année et la deuxième période de leur cours (15 mars au 30 juillet en 1928). Ils ont 312 séances consacrées à l'Escrime contre 140 consacrées à l'Education physique, soit à près deux séances d'Escrime pour une d'Education physique ; et dans chaque compartiment une proportion normale de séances théoriques et de séances pratiques.
Il semble que ce soit peu d'Éducation physique, relativement ; et ce serait sans doute peu, en effet, si le cours ne durait que quatre mois et demi. Mais ces élèves restent trois ans à l'École, et durant ces trois années, on leur voit au total 835 séances d'Éducation physique, non compris celles du stage initial d'admission.
Reportons-nous au nombre de séances d'Éducation physique dont dispose l'École pour le cours d'instruction des sous-officiers, de composition très voisine de celle des cours d'escrime, mais d'une durée de quatre mois seulement; il est de 380 séances ; on voit ainsi combien le cours d'escrime au point de vue de l'enseignement de l'Éducation physique se trouve avantagé par rapport au cours normal d'Éducation physique des sous-officiers.
Les résultats sont évidemment dans le même rapport et, bien qu'on l'ignore généralement, les jeunes Maîtres d'Escrime sortis de Joinville depuis une dizaine d'années, sont, en général, des moniteurs d'Éducation physique de valeur ; il semble qu'on n'ait pas encore su, dans l'organisation, tirer de ces résultats tous les avantages qu'ils comportent ; vieux ou jeunes, nos Maîtres d'armés continuent à être confinés dans l'escrime, exclusivement ; les jeunes Maîtres peuvent plus ; ils sont en mesure de participer à l'oeuvre d'Éducation physique complète ; il suffit de le leur demander et non pas de les en exclure par construction.
IV. — BREVETS, CERTIFICATS ET RÉCOMPENSES DÉLIVRÉS PAR L'ÉCOLE :
Chaque stage ou cours se termine, en principe, par un ensemble d'examens, à la suite desquels est établi un classement.
C'est d'après ce classement que sont délivrés ou non les brevets certificats et récompenses.
Aux élèves des Divisions d'Éducation physique qui ont obtenu une certaine moyenne de notes fixée par le Commandant de l'École, il est délivré un simple certificat de stage (modèle 4) ; il n'a pas paru possible, en effet, de remettre à des élèves, qui suivent des cours aussi réduits, un diplôme de Maître ou même de Moniteur. Aux élèves de la Division d'Escrime, après le concours qui -termine leur troisième année de stage, il peut être délivré, selon leurs classements et moyenne de notes, un Brevet de Maitre d'Armes-Moniteur d'Education Physique (modèle n° 9) ; nous avons vu comment cette remise de Brevet de Maître était justifiée par la longue durée du stage (3 ans).
En outre, les élèves classés les premiers peuvent obtenir des récompenses diverses et graduées : lettres de félicitation du Ministre, médailles d'argent, médailles de bronze.
Quant aux Brevets de Moniteur et de Maître d'Éducation Physique de Joinville, si recherchés et si rares, ils sont extrêmement difficiles à obtenir. Tous deux sont réservés aux sous-officiers instructeurs du Cadre de l'École, c'est-à-dire ayant enseigné à l'École l'Education physique.
Le Diplôme de Moniteur est, en général acquis à tout sous-officier affecté comme moniteur à Joinville et ayant effectivement et bien rempli cette fonction à l'École pendant un certain temps.
Le diplôme de Maitre est acquis après un concours entre les moniteurs du Cadre, admis à y participer ; ces diplômes ne sont remis aux intéressés qu'au moment où ils quittent l'École.
Jusqu'ici, il n'a été attribué aux officiers du Cadre de l'École, Même les plus remarquables comme instructeurs, ni brevets ni même de certificats mais ils reçoivent parfois des lettres de félicitations du Ministre soit pour leurs travaux personnels, soit pour l'élaboration collective des règlements.
V.- LES MATIÈRES DE L'ENSEIGNEMENT :
Le simple énoncé des matières d'un enseignement ne donne aucune idée de l'esprit dans lequel elles sont enseignées ; il y a plusieurs façons de concevoir et d'apprendre la physiologie et même une méthode donnée d'Éducation physique. Nous examinerons ici les principales matières que comprennent les programmes de l'École et dans quel esprit leur enseignement est conduit.
I. — PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE À L'ÉDUCATION PHYSIQUE : . Pendant longtemps, et malgré AMOROS qui était un psychologue averti, l'Éducation physique en France - et ailleurs - a cru devoir se passer des-données de la psychologie, ou plutôt,les professeurs et les maîtres faisaient de la psychologie sans le savoir, comme Monsieur JOURDAIN faisait de la prose. En suivant d'un peu près l'évolution des doctrines de l'École de Joinville depuis sa fondation en 1852, on constate que la psychologie s'y trouve alternativement en honneur et en disgrâce.
Alors que le Commandant d'ARGY et LAISNÉ, les fondateurs, apportent visiblement leurs soins à respecter et même à préciser, sous ce rapport, les conceptions de leur Maître AMOROS (voir chapitre II - historique), on voit un peu plus tard. aux environs de 1880, le Commandant BONNAL, grand admirateur de la " forme " militaire allemande d'alors, violenter sans vergogne toute la psychologie de notre race, en exigeant À l'École, dans tous les exercices, une rigidité de gestes et de mouvements, un souci des attitudes rectilignes et des défilés impeccables, que Frédéric II lui-même eut trouvés excessifs. Après le Commandant BONNAL, on revient à des " conceptions " éducatives mieux harmonisées avec le tempéramment des Français, et cela dure une douzaine d'années.
Mais, vers 1902, le Commandant COSTE, " suédisant " convaincu, comme son ami le Commandant belge LEFÉBURE, introduit à l'École, non seulement les exercices analytiques de 64 pure suédoise " selon le docteur TISSIÉ, mais aussi une hostilité manifeste contre tout ce qui semblait devoir rompre, au au cours d'une leçon, cette harmonie raide, fastidieuse, dans laquelle il s'obstinait à voir le fin du fin de l'Education physique. Les résultats ne se firent guère attendre, et dès 1904, la Commission interministérielle chargée de rédiger les règlements doctrinaux de l'Armée et de l'Instruction publique, rejetait, d'une part, les mouvements "suédois" dont DEMENY venait de montrer les erreurs physiologiques, et, d'autre part, admettait au cours des leçons et exercices, un peu de cette détente et de ces élans de gaieté, que le premier livre officiel français de gymnastique, l'instruction du 24 avril 1846, recommandait "de ne pas réprimer avec trop de sévérité ".
Par ailleurs, en France, les " créateurs " non officiels de " méthodes " particulières d'avant-guerre, eurent encore moins de respect pour les données psychologiques. Ce fut peut-être le docteur TISSIÉ, lui-même, qui montra le plus de perspicacité à cet égard, en retenant dans son système, un grand nombre de jeux, selon ce .qui s'était d'ailleurs presque toujours fait à Joinville et dans l'Armée, pour l'instruction des jeunes recrues.
'D'autres, moins avertis ou moins observateurs et tout à leur but exclusif, construisirent des systèmes, où, sous des noms divers, la monotonie la plus parfaite ne laissait à l'esprit des élèves qu'une seule alternative : celle de penser à autre chose.
En 1916, lorsque l'École de Joinville eut à résoudre les divers problèmes d'éducation, d'entraînement et de rééducation physiques qui lui furent imposés, force lui fut de ne point négliger le côté psychologique de ces problèmes ; leur variété même l'y contraignait.
Mais c'est surtout l'idée centrale d'individualisation des êtres humains, appliquée dès 1916, avec son double corollaire : classification physiologique des élèves, et classification correspondante des exercices, qui conduisit tout de suite l'École aux données de la psychologie.
A vrai dire, il y avait déjà quelque chose de ce genre dans la méthode d'AMOROS; sa fiche individuelle était très complète et très heureusement orientée vers le côté psychique du problème. Les fiches similaires de Join-ville, d'avant-guerre, l'étaient beaucoup moins, ainsi que celles du lieutenant de vaisseau HÉBERT. Mais quand l'École - vers 1917 - voulut mettre aux mains des instructeurs un instrument pratique de " diagnostic " psychologique, elle s'aperçut que la science ne lui en fournissait pas encore les moyens.
C'est alors qu'on vit apparaître d'intéressantes études, notamment celles concernant les réactions psychomotrices, qui nous rendirent de bons services pour le choix et la désignation de nos aviateurs, mitrailleurs, etc... Il y eut de même des recherches au sujet des réactions du tireur, pour toutes les armes. Depuis la guerre, l'École de Joinville poursuit des travaux scientifiques de même ordre ; il semble que l'électricité et la radiographie soient en mesure d'apporter bientôt à l'éducateur physique consciencieux une aide puissante, mais encore bien difficile à transporter dans l'usage courant.
En attendant, la psychologie et ses diverses méthodes de recherches offrent-il l'éducateur physique des données acquises, précieuses et nombreuses qu'il est désormais impossible de lui laisser ignorer ; les plus importantes, selon Joinville, sont évidemment celles qui se rapportent aux moyens pratiques de révéler chaque " individu ", de manière à ne plus recommencer la longue erreur passée de traiter tout le inonde de la même façon, le faible comme le fort, l'affectif comme l'intellectuel, l'enfant comme l'adulte.
C'est dans cet esprit, à la fois scientifique et pratique, que la psychologie :appliquée est étudiée et enseignée à l'École de Joinville.
II. - ANATOMIE, PHYSIOLOGIE, HYGIÈNE :
Pendant longtemps, jadis, l'enseignement de la première de ces sciences à l'École de Joinville s'est borné à une nomenclature d'os, de muscles et d'articulations. La physiologie, mieux traitée, donnait aux élèves des notions moins rébarbatives, mais très générales, de circulation, digestion, respiration, etc... C'était en somme une réédition de ce que la plupart des élèves, les moins ignorants, avaient entendu dans les écoles.
Rappelons-nous que, dès le commencement de son action si puissante, AMOROS s'était adjoint, comme collaborateurs, des médecins physiologues éminents : les docteurs BEGIN, VERDIER, AGNOS. La liaison entre les Mutateurs physiques français et les médecins ne date donc pas d'hier ; elle a été constante à Joinville et constamment réclamée par cette École. Mais ce ne sont point des soins médicaux seulement que l'École a demandés aux médecins ; elle a toujours attendu d'eux l'appui considérable de leurs connaissances anatomiques et physiologiques, non plus en faveur des malades - cela va de soi -mais en faveur des gens normaux, de leur développement physique et de l'emploi de leurs forces, soit dans le travail courant, soit dans les exercices corporels proprement dits.
Des conférences au cours desquelles on se contentait de rappeler des données très générales de physiologie et des nomenclatures anatomiques ne faisaient point l'affaire ni d'AMOROS, ni de ses successeurs. Il semble bien qu'AMOROS fut amplement satisfait des physiologistes qu'il eut comme collaborateurs ; il n'en fut pas tout à fait de même par la suite,à l'École de Joinville; à plusieurs reprises, on voit les commandants de cette École réclamer la création d'un laboratoire et d'une chaire d'anatomie et de physiologie appliquée à l'Éducation physique.
Mais il faut arriver à l'époque de MAREY, pour que la physiologie cinématique, progressant tout à coup, grâce à ce savant physiologue,entre à l'École de Joinville avec son éminent collaborateur, Georges DEMENY. C'est donc à partir du 20 août 1901 que DEMENY, bénéficiant des travaux de son maître dispose à l'École d'un laboratoire de recherches et commence un enseignement moins général que par le passé, mieux directement appliqué au- " mouvement humain ", à l'Éducation physique autre qu'empirique et surannée.
DEMENY a surtout employé la mécanique dans ses recherches et tout son enseignement, tous ses livres, sont à base de mécanique ; par là, il est cartésien, comme MAREY. On ne peut nier que ces deux savants ont - avec MOSSO - à peu près épuisé ce moyen de recherches. Dans le département de l'Éducation physique, les résultats de leurs observations furent considérables : la vieille méthode suédoise des LING, père et fils, cessa peu après d'être sacro-sainte, même en Suède et peut-être surtout en Suède ; les autres méthodes, plus empiriques encore, furent jetées à terre, et si, depuis, certains en ont recollé les morceaux, elles ne jouissent plus d'aucune considération hors du monde des ignorants.
Voilà œ qui a fait la mécanique de MAREY et DEMENY et non pas comme on le croit, la mode. L'École de Joinville, dès 1906, après le départ du commandant COSTE, a naturellement suivi les conclusions de son professeur de physiologie ; puis, lorsque, DEMENY quitta l'École à son tour, ses succes-seurs, le Médecin général SAVORNIN, entre autres, parachevèrent son oeuvre ; un ensemble d'ouvrages très pédagogiques du Médecin général SAVORNIN, imprimés à Joinville, en donne la preuve surabondante.
Mais il sembla vite que la mécanique ayant donné tout ce qu'elle pouvait en matière d'Éducation physique, tous les problèmes que posait cette éducation étaient loin d'être résolus. Ainsi, par exemple, la mécanique physiologique avait permis d'écarter certains mouvements erronnés ou de modifier la forme de certains exercices, mais elle ne donnait aucune indication pratique sur les limites du travail physique ; à partir de quoi (intensité, durée, rythme de répétition) un exercice devenait-il efficace ?; inversement, à partir de quoi devenait-il excessif, créait-il la fatigue ?-La mécanique ne répondait pas.
De même, en ce qui concerne la forme des exercices ; la mécanique physiologique rectifiait les erreurs,mais dès l'instant qu'un mouvement était conforme aux possibilités anatomiques humaines, elles se déclarait satisfaite ; cependant, on savait depuis longtemps l'inefficacité des répétitions de mouvements usuels ou,si l'on veut,naturels,et au contraire, les effets rapides de mou-vements non usuels, ou si l'on veut " artificiels ". Pourquoi ? La mécanique demeurait muette ; et comme, vers ce temps, la chimie et la physico-chimie faisaient d'immenses progrès, nos éducateurs physiques et leurs collaborateurs, les physiologues se tournèrent vers ces sciences. Un peu plus tard, la radiographie vint aussi faire naître de grandes espérances.
Aujourd'hui, la physiologie pousse ses recherches, à l'aide de tous les moyens que lui fournissent à la fois, la mécanique, comme jadis, la physique, la chimie, la physico-chimie, la radiologie.
La physiologie étudiée et enseignée à l'École ne fait pas exception ; l'énoncé seul des laboratoires de Joinville (voir organisation), montre l'ampleur et la variété des travaux qui se rapportent à cette science, dans ses applications à l'Éducation physique et sportive ; naturellement, les professeurs de physiologie sont tout imprégnés des plus récentes découvertes et de leurs propres recherches scientifiques ; mais leur vie constante au milieu des instructeurs et des élèves sur les stades, la collaboration même de ces derniers à leurs travaux de laboratoire, agissent sur eux de telle sorte qu'ils ne sauraient perdre de vue le but pratique, l'application des données physiologiques aux exer-cices du corps.
Les cours actuels d'anatomie, de physiologie et d'hygiène, serrant de près la question, ne quittent jamais le terrain de l'Education physique, ou ne le quittent un instant que pour y revenir avec des précisions indiscutées. Depuis la guerre, les professeurs les plus remarquables de ces sciences appliquées ont été le docteur BOIGEY et le Médecin Lieutenant-Colonel BELLOT.
III. - PÉDAGOGIE DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE ET PÉDAGOGIE SPORTIVE :
Ce cours n'est, en somme, que le commentaire de la Méthode française telle qu'elle est résumée dans les Règlements doctrinaux en vigueur.
A vrai dire, et peu après les créations de l'École dans la période de 1916 à 1919, la forme très brève des petits livres, parus de 1919 à 1923, qui étaient le résumé de ces créations, ne parut pas suffisante aux instructeurs de Joinville et ils furent conduits à des développements plus importants ; ces développements n'étaient eux-mêmes que la notation écrite d'une partie de l'enseignement verbal adopté depuis 1916-1918 ; leur réunion donna lieu à un gros livre de plus de mille pages, qui fut édité en 1924 (Chez Fournier, Paris) et qui était intitulé : " Cours de Pédagogie ".
On en vint alors à substituer aux simples explications, que chaque instructeur donnait à son groupe d'élèves, un véritable cours, fait par des professeurs-spécialisés, l'un en pédagogie de l'Education physique proprement dite, d'antres en pédagogie des sports individuels et des sports collectifs, selon la compétence acquise des officiers de l'École.
Actuellement, voici les cours professés C les noms des professeurs :
Pédagogie de l'Éducation physique: Capitaine A. BERNARD
—dés Sports collectifs (Football, Rugby, Hockey, Basket, Natation): Capitaine
BEAUPUIS
—des Sports individuels (Athlétisme): Capitaine CLAYEUX puis Capitaine CAMBIER
—des Sports individuels (Boxe, Lutté, Agrès, Aviron): Lieutenant ORIAL
—de l'Escrime (Fleuret, Sabre, Epée): Lieutenant PICARD
Mais chacun de ces cours spéciaux est le résultat, à la fois, des travaux de ceux qui ont précédé les professeurs actuels et du travail personnel de ces professeurs, C'est ainsi qu'en remontant à l'origine des méthodes actuelles, on voit que la pédagogie de l'Education physique et sportive est enseignée à l'École, en 1916-1917 par le Commandant LABROSSE, puis par le Capitaine de BELLEFON, enfin par le Capitaine A. BERNARD; les autres enseignements sportifs ont été mis en oeuvre successivement ou à la fois par les Capitaines Elie MERCIER et SALLENT, le Lieutenant FISCHER, l'Adjudant GAJAN, le Lieutenant CASTE (athlétisme), les Lieutenants CAUVIN, BAISSAC, GODIN e• FREULET, les Adjudants VAN DEN BERG et MARTIN, FAYE et VIGNOLE, le Capitaine GRENET (natation), pour ne citer que ceux qui ont quitté l'École en laissant à leurs successeurs les résultats et l'exemple de leur zèle.
Mais il est certain que les professeurs actuels nommés plus haut, .bénéfi-ciant des travaux de leurs devanciers, ont su préciser et améliorer l'enseignement en même temps que la pratique des sports- dont ils sont chargés ; ils ont ainsi acquis, dans leur domaine, une autorité qui dépasse les limites de l'École.
D'autre part, non seulement ils instruisent directement les élèves, mais encore ils perfectionnent les instructeurs et moniteurs ; en sorte que leur savoir acquis se transmet à chacun et n'est pas près de disparaître ; puis, comme tous, même les jeunes moniteurs, sont appelés à donner librement leur avis, une émulation constante règne dans le milieu des instructeurs de l'École, et le perfectionnement pédagogique croît sans discontinuer.
IV. ORGANISATION DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE. - HISTORIQUE :
Jadis, avant la guerre, l'organisation de l'Éducation physique en France était si simple que point n'était besoin d'en faire l'objet d'un enseignement. Depuis 1916, l'organisation s'est singulièrement étendue, à la fois dans les divers départements publics,(Armée, Instruction publique, Marine, Colonies,etc...) et dans les initiatives privées (Unions et Fédérations groupant des sociétés et clubs multiples), et désormais l'étude de cette organisation devient une nécessité pour quiconque est appelé à s'occuper d'Éducation physique.
Les premiers cours d'organisation de l'École de Joinville remontent à l'année 1917, époque à laquelle furent créés par l'Armée, les Centres régionaux, les Directions régionales et subdivisionnaires d'Instruction physique, toujours existants et plus que jamais nécessaires, sans doute.
Depuis quelques années, les cours sont complétés pour certains stages, (ceux des officiers supérieurs en particulier), par de nombreuses visites hors de l'École : grands Clubs sportifs de Paris, organisations diverses, gymnases, stades, salles de culture physique, piscines, journaux sportifs, etc…
Le professeur chargé de ces cours est actuellement le Lieutenant-Colonel LABROSSE ; il y est joint toutes les questions d'organisation de la préparation au service militaire, dont on sait que la base demeure l'Éducation physique - et tous les renseignements que possède l'École sur toutes les organisations étrangères -.
Quant à l'histoire des exercices physiques, elle a été également introduite dans les programmes en 1917. Le premier petit opuscule de l'École, en juin 1916, contenait déjà quelques pages historiques,assez incomplètes d'ailleurs, et destinées à justifier la nouvelle doctrine.
Depuis cette date, le cours d'histoire a pris une ampleur croissante et justifiée à l'École de Joinville, principalement grâce au Capitaine A. BERNARD qui en est chargé. Il comprend l'étude des exercices et des méthodes depuis les temps les plus reculés jusqu'à notre époque et sa valeur de documentation est incontestable ; elle met en lumière l'originale création d'AMOROS, en Espagne et en France, hors de toute influence allemande ou suédoise, et pour la période contemporaine, il étudie, avec la plus grande impartialité critique, les systèmes actuels d'Éducation physique les plus importants de France ou de l'extérieur.
V. - ENSEIGNEMENT PRATIQUE :
L'enseignement pratique est la pierre de touche de la pédagogie de l'Éducation physique et nous n'étonnerons aucun éducateur averti en disant qu'il n'est pas donné à tout le monde d'y réussir ; il faut, en effet, réunir des qualités qu'une longue orientation de notre éducation générale, d'ailleurs tout à fait erronée, a conduit à considérer comme difficilement conciliables sinon opposées. Les cours théoriques exigent de l'intelligence et) une bonne instruc-tion ; l'exécution des exercices demande d'excellentes qualités physiques ; leur démonstration, la conduite d'une leçon, toutes les nuances d'application aux diverses individualités, en un mot; la pédagogie réclament à la fois de Pinte': ligence et du savoir, de l'observation patiente et de la psychologie, de l'expérience, de la volonté, de l'adresse et une valeur physique hors de pair, car, dans cette branche de l'éducation comme en toutes, le maître doit être un modèle.
Les auteurs de la Méthode française se sont précisément efforcés de simplifier le plus possible la pédagogie pratique de cette éducation, en donnant des règles pour la composition méthodique préalable des leçons complètes et, des séances, pour la progressivité des exercices assemblés dans les leçons, selon les divers cycles et compte tenu de tout ce que, d'ordinaire,trop de médiocres. éducateurs laissent de côté : régime, fréquence et durée des leçons, degré d'entraînement des élèves, terrain, local et matériel dont on dispose, conditions atmosphériques et climatériques, circonstances particulières : retour de vacances, examens, etc..., cas particuliers propres à certains élèves.
Ces dispositions écartent facilement, si l'on s'y conforme, les principaux dangers de la pédagogie de l'Éducation physique : l'à peu près, la fantaisie, la répétition fastidieuse, l'inefficacité des exercices, les exigences inégales ou excessives des maîtres, leurs conceptions trop absolues, leurs habitudes empiriques, leurs impulsions personnelles et variables. Inversement, les prescriptions de la méthode tendent à développer chez les futurs maîtres, les qualités opposées aux défauts courants qui viennent d'être signalés.
L'exécution parfaite des exercices, la connaissance de leurs effets principaux, la clarté des explications nécessaires, aussi brèves que possible, l'habitude de raisonner et de diriger une leçon, d'apporter de l'entrain et même de la gaieté dans tout ce qu'on ordonne, l'amélioration des facultés d'observation, la correction des attitudes personnelles, sans raideur, joints à un savoir théorique satisfaisant, sont les qualités les plus nécessaires aux futurs maîtres, et ce sont ces qualités que l'École s'efforce de développer principalement chez ses élèves, au cours de son enseignement pratique sur les terrains, dans les gymnases ou salles de culture physique et d'escrime.
La variété de cet enseignement pratique est considérable ; la Méthode-française, en effet, nous l'avons vu, comprend plusieurs cycles d'Éducation physique disposant de leurs exercices propres ou d'un dosage et d'un rythme particulier d'exercices communs à plusieurs cycles. Dans sa partie supérieure elle comprend tous les sports en usage en France ; elle y prépare méthodiquement ceux qui parviennent à un développement physique convenable ; et par ailleurs, elle prépare aux principales applications utilitaires de la vie humaine actuelle.
Par suite, son rayon d'action pédagogique est aussi considérable que la variété de son programme ; bien loin de songer à restreindre l'un et l'autre, il ne se passe guère d'année qu'elle ne leur incorpore des exercices ou des sports nouveaux ou rénovés.
Ses élèves apprennent toute l'Éducation physique et tous les sports communément pratiqués ; ils font aussi du tir, et les jeunes officiers font en plus de l'équitation (Supprimée fin 1929), on leur enseignera bientôt, à titre d'application utilitaire, la conduite de l'automobile, comme on enseigne déjà la bicyclette à tous les élèves qui l'ignorent. Tout cela relève de l'Éducation physique, au moins autant que le lancer archaïque du javelot et du disque, et que le " sport ", plus récent et très spécial, du lancer de grenades.
Ainsi, l'École suit les traces de son maître, le Colonel AMOROS, dont le programme était aussi large que son ambition était haute et désintéressée.
Comme son vieux maître encore, elle a soin d'orienter tout son enseignement vers un emploi moral élevé de la force physique ; elle écarte presque avec rudesse, toutes tendances morbides vers d'inquiétants retours aux primi-tives conceptions de la force humaine ; elle la veut aussi puissante que possi-ble, mais disciplinée par l'esprit tendu vers le bien, altruiste, entreprenante,. généreuse, civilisée.