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Title
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fr
A Travers les Salle d'Armes : La Salle L. Mérignac
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Description
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This text provides a detailed description of the Salle Mérignac, a prestigious fencing school located in the heart of Paris on Rue Joubert, run by the renowned fencing master Louis Mérignac and his son Lucien. The venue is portrayed as a historical and vibrant center for the art of fencing, decorated with memorabilia, caricatures, and rare prints, creating a museum-like atmosphere. The salle is frequented by numerous fencers, including both amateurs and skilled practitioners, many of whom are named, highlighting the strong community and camaraderie that exists among them.
The narrative underscores Louis Mérignac's illustrious career, noting his undefeated status and his transition from a public fencing master to a more private role as he aged. Lucien Mérignac, described as an extraordinary left-handed fencer with a remarkable lunge, is celebrated for his prowess and success in international tournaments. The description emphasizes the lively and spirited environment of the salle, where friendship and mutual respect among the fencers are central, and where the Mérignac legacy continues to thrive under Lucien's leadership.
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Contributor
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P. Doyé (Photographer)
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Date
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May 4, 1901
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number
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138
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page start
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231
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page end
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232
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Rights
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Public Domain
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content
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fr
La Salle L. Mérignac
En plein centre de Paris, rue Joubert ! Un petit hôtel dans une grande maison. C’est la salle d'armes Mérignac, où professent Louis Mérignac, le célèbre et l’invaincu, et son fils Lucien, en passe de devenir l'invincible.
Sous la porte cochère, à droite, une porte aux vitraux de couleurs s’ouvre et vous laisse pénétrer dans un vestibule où ornent déjà les murs une collection de dessins et de photographies, prémices des souvenirs intéressants qui tapissent tout l’escalier. Des dédicaces pleines d’amitié et de reconnaissance des élèves au maître, des caricatures, des planches rares prises aux ouvrages anciens traitant de l’escrime, des médaillons de professeurs encadrés, font de cet escalier un véritable musée de l’escrime.
Au milieu, on aperçoit la caricature du « patron » par Sem, que nous aurons le plaisir de reproduire dans un prochain numéro.
Arrivé au premier étage, on pénètre dans le vestiaire, divisé en deux par les tables de toilette. Sous les banquettes qui longent les murs, les tiroirs où le garçon de salle range les affaires de chaque tireur. À droite, la salamandre et les séchoirs où les vestes mouillées et les peignoirs de douche s’entassent à l’heure du travail. C’est là qu’après la leçon ou l’assaut, les élèves descendent et prennent le quinquina de l’amitié, le madère de la défaite ou le vermouth de l’amende. Car l’amende sévit au second, dans la salle d’armes. Un mot trop vif, un juron, ou le fait d’entrer le chapeau sur la tête, bien d'autres causes encore, amènent le patron à prononcer le « Un tel à l’amende! » qui ne provoque jamais, du reste, aucune rébellion.
Mais revenons à notre description. Le vestiaire une fois quitté, nous grimpons encore un étage et nous rencontrons un autre vestiaire, puis une première salle où les commençants prennent la leçon sur les planches de linoléum transversales, et où, aussi, se disputent les assauts à sensation, cette fois dans le sens de la longueur. Une cheminée monumentale, des fleurets et des armes tout le long des murs, des poutres apparentes au plafond lui donnent un air gothique tout à fait imposant.
Un peu plus loin, la grande salle où le cliquetis des fleurets résonne sans interruption. Au fond, la balance. Sept planches sont occupées à la fois. Et dominant le bruit, la voix du patron s’élève de temps à autre :
« Eh ! dégourdi ! tu ne pouvais pas parer !... »
Puis ce sont des observations amicales mais nettes et qu’il faut écouter, des conseils qu’il faut mettre en pratique, sans cela gare l’atrapade. Tout en donnant sa leçon, en faisant plastronner un élève, il a l’œil sur tous.
Lucien, son fils, endosse aussi le plastron, mais le quitte souvent pour faire assaut.
Le régal, c’est d’assister à une leçon donnée par le père au fils. C’est le fin du fin, la quintessence des belles armes et, pour un amateur, il n’y a rien de plus beau que la fente du jeune maître gaucher.
Jetons un coup d’œil sur les groupes qui s’escriment :
Voici Marcel et Jacques Boulenger, deux frères aux allures différentes, l’un tout de grâce, l’autre tout de puissance ; voici le jeune Grandjean, tireur d’avenir ; Cahen aux efforts puissants ; de Knyff, l’excellent sportsman ; Chevillard qui prend les élèves les uns après les autres et, avant de faire assaut avec Maurice Bernhardt, en boutonne une demi-douzaine cinq ou six fois de suite, pour s’entraîner, avec autant de facilité qu’un maître de ballet ballant un entrechat ; Pictet de Rochemont, aussi souvent à Paris qu’en Suisse, pour la plus grande joie de ses adversaires, car c’est une fine lame au jeu agréable ; Cordoen Stoffel, Dargent, Rotschildt, Lebon, Colliez, Arthus, Caesar, Bremond, Surun, Decugis, Thomson, Piver, Allier. Voici, maintenant, les deux inséparables adversaires : M. Rigault, le joyeux notaire, M. Hochon, deux infatigables barbes grises ; voici MM. Everaerts, Giry qui fait de l’épée, Delorme, Remoncing, Berthelm, de Ludre, de Caters à la plume alerte, Hernandez, Bârrelet, Saut, les Grimberghe, Brugnon, Kaiser, Fourchy le redoutable, Decrais, les deux Naville, Aubaret, Pitzer, Delagarde, de Montbrison, Marcou, Homberg, Rosset, Mayrarques, Lyon, d’Avrincourt, Wolff, Blumenthal, Helbronn, Goldschmidt, Hayem, Veneziani, Renard, Pierre Mot, Mollard, de Gunsbourg, Salis, Weil, Leperrier, Schiff, Rebon, Alberti, Flouest, Marché, Lusciez, Desgrange, etc., etc.
Le baron d’Ezpeleta les regarde et les admire et, au besoin, les conseille et dans un angle, debout, appuyé contre la muraille, Seguin, le crayon en main, croque sur son album des « Silhouettes » pour la série commencée ici même et qui va bientôt paraître en volume.
Henri Masson, triste et mélancolique, regarde ses camarades s’escrimer et se désole de ne pouvoir les imiter. Son poignet foulé l’en empêche malgré de fréquentes tentatives, et il regrette d’avoir voulu jouer au plus fort avec le lutteur Fengler. Pourra-t-il un jour reprendre en main le fleuret carré, caractéristique de la maison, et retrouver sur les planches les succès d’antan?
Je voudrais pouvoir ici retracer la vie du maître Mérignac, cette vie pleine de triomphes et de victoires. Je n’en ai point la place. Je dirai seulement qu’il fit la guerre en 1870, qu’il fut maître au 2e d’artillerie et ensuite au 102e de ligne. Il avait une salle rue du Helder, très suivie, où les meilleurs tireurs de l’époque se formèrent : vers 1873, il établit ses pénates dans le coquet hôtel de la rue Joubert.
Ses assauts contre les maîtres les plus réputés sont restés célèbres. Nul ne peut se vanter de l'avoir vaincu ; même avec les amateurs les plus forts, il joue comme un chat avec une souris. L’un de ses anciens élèves, et non des moindres, me racontait l’autre soir que, faisant assaut avec le maître, celui-ci lui avait dit :
— Faites ce que vous voudrez, attaquez comme vous voudrez, je parerai par contre de quarte et contre de tierce et pas autrement. Et le maître tint parole, boutonnant et reboutonnant l’amateur.
Maintenant que Louis Mérignac approche de la soixantaine — il a cinquante-six ans — il tire moins en public. Cependant, on a encore de temps en temps le plaisir délicat de le voir, soit aux assauts annuels de la salle d’armes du Bon Marché dont lui et son fils sont professeurs, soit encore quelquefois dans des assauts au bénéfice d’anciens camarades. Il a notamment pris part récemment à un assaut donné à Tours au bénéfice du maître Guérin.
Quant à Lucien Mérignac, il est en pleine forme et, gagnant du tournoi de fleuret, professeur de 1900, il se maintient à la tête de la génération des jeunes maîtres. Ses tournées à l’étranger sont triomphales, autant que fructueuses.
C’est que Lucien n’est pas un tireur ordinaire. D’abord, il est gaucher, ensuite, il a une fente extraordinaire, comme je le dis plus haut, une fente comme jamais on n’en vit de pareille chez un gaucher, ni même, je crois, chez un droitier. Et puis, comme combattant, il ne le cède à personne. Sur une attaque violente, il reste inébranlable. Rarement vous le verrez rompre, à moins que ce ne soit par tactique, et après un corps à corps arrêté soit par une touche, soit par un ordre du président d’assaut, c’est l’adversaire qui retourne au bout de la planche. Lucien, lui, reste en place, campé sur ses jambes, impatient de reprendre la lutte. Point n’est besoin pour lui de souffler. Changeant de tactique, il attaque alors, par des coups de vitesse surprenante, par des attaques composées, des feintes successives, jusqu’à ce que l’adversaire soit emballé et livre passage à la pointe.
On a vu Lucien Mérignac lutter contre les deux Rouleau, contre Mimiague, contre Prévost, contre Rue, contre Kirchhoffer, contre les maîtres militaires les plus réputés, contre les maîtres étrangers les plus célèbres. Faut-il rappeler l’assaut Lucien Mérignac-Pini au nouveau Théâtre, tout récemment, dans cette séance intéressante au dernier chef, dont l’assistance, trop peu nombreuse, se souvient des émotions ressenties? Faut-il rappeler encore sa rencontre avec Athos de San Malato au Figaro, où le jeu franc et correct qu’il fit contre le maître italien permit de reconnaître à ce dernier les qualités d’escrimeur qu’il possède réellement? Faut-il parler de ses tournées à l’étranger : en Espagne, en Belgique, à Bucarest, des triomphes qu’il y remporta, des décorations dont les souverains ont tenu à honneur d’orner sa boutonnière?
Maîtres, prévôts, élèves, sont des amis parmi lesquels règne la plus franche camaraderie ; qu’on éteigne seulement le gaz, pour que Doyé fasse une photographie au magnésium, la bande joyeuse se confondrait aisément avec une troupe d’écoliers en récréation. Quels cris, quels sauts! La vigueur du maître semble passer dans l’âme de tous.
Outre Louis et Lucien Mérignac, les élèves de la salle profitent des excellentes leçons des prévôts Boyer et Leroy, ce dernier ancien premier maître au 2e bataillon de chasseurs.
Louis Perrée
(Clichés P. Doyé, au magnésium).