-
Title
-
fr
A Travers les Salle d'Armes : Pini à Paris
-
Description
-
The article describes the activities of the renowned Italian fencing master, Eugenio Pini, during his time in Paris. It highlights his dedication to the art of fencing and his influence on the sport both in Europe and South America. Pini brought his talented Argentine student, Juan Bay, to Paris, where Bay competed against various French fencers, demonstrating his prowess. The article emphasizes Pini's commitment to fencing as an art rather than a commercial venture, noting that despite financial losses, Pini continues to promote the sport passionately. Pini's rigorous daily training regimen, his establishment of fencing schools in Argentina and Chile, and his efforts to elevate the sport globally are detailed. The article concludes by mentioning a challenge Pini issued for a future competition in Paris, calling for French fencers to prepare and organize teams to meet his challenge.
-
Contributor
-
P. Doyé (Photographer)
-
Séguin (Illustrator)
-
Leonetto Cappiello (Illustrator)
-
Boisdon (Photographer)
-
Date
-
February 9, 1902
-
number
-
178
-
page start
-
82
-
page end
-
84
-
Rights
-
Public Domain
-
content
-
fr
A Travers les Salle d’Armes
Pini à Paris
Le célèbre professeur italien Pini est de nouveau dans nos murs. Comme l'année dernière, il nous a amené un de ses plus brillants élèves, Juan Bay, au nom duquel il a défié tous les escrimeurs français, amateurs ou professionnels. Le défi a été relevé plusieurs fois, et le jeune maître argentin a montré qu'il pouvait être l'égal des meilleurs.
Le chevalier Eugenio Pini est le prototype de l'escrimeur. De carrure puissante, d'énergie extraordinaire, il a depuis longtemps approfondi les mystères de l'art des armes et percé les secrets de la science du fleuret. Nombre de fois déjà, il est venu à Paris et ce fut toujours pour donner aux armes un nouvel essor. Il est le seul qui produise ce résultat : forcer des amateurs d'escrime à mettre la main à la poche et à y aller de leur louis pour voir un assaut.
Qu'on n'aille pas conclure de cela que Pini soit un intéressé ! Loin de là. Les recettes que son nom réalise sont loin de couvrir les frais que lui occasionnent les réunions qu'il donne. Ainsi, l'année dernière, il est venu avec quatre de ses élèves. Il y a été de 20,000 francs de sa poche. Cette année, il a donné au Journal deux séances du plus haut intérêt. Les places étaient à 20 francs et à 10 francs. La salle des fêtes était pleine. Mais que lui en est-il resté ? Beaucoup moins que rien. Les frais d'organisation de pareilles fêtes, les cachets aux maîtres, etc., ont dépassé de beaucoup la recette pourtant fort belle. C'est une chose qu'il est utile de dire, car certains esprits chagrins veulent faire croire que Pini est un industriel de l'escrime. La vérité est tout autre. Pini est un amant de l'escrime. Pour lui, c'est l'art et la science par excellence. Il ne vit que pour elle et non pas par elle.
Je n'en veux pour preuves que le détail de sa journée à Buenos-Ayres :
Lever à cinq heures. À six heures, il donne deux heures de leçon à l'École militaire, à neuf heures, deux heures de leçon au Jockey-Club, puis deux heures de leçons particulières. Dans la journée, il passe encore deux heures à l'École militaire et deux heures au Jockey-Club à faire travailler ses élèves. À sept heures, et pendant une demi-heure, il fait des exercices d'entraînement personnel, poids et gymnastique. Puis il prend un bain. Un train l'emmène à sa maison de campagne aux environs de la ville et à neuf heures et demie, il se couche.
Par ce procédé, il est constamment en état d'entraînement, de sorte qu'en huit jours, il peut être « fin prêt ».
Le matin, Pini n'est pas bien disposé pour faire assaut, aussi ne fait-il que de la leçon et des exercices conventionnels, à peu près ce que nous appelons la leçon des contres.
Dans l'après-midi, c'est le tour des assauts de coups de bouton. Il pratique un entraînement raisonné, et lorsqu'un jour il a reçu 5 touches et en a donné 10, il cherche le lendemain à en donner le même nombre et à n'en recevoir que 4.
Après chaque séance d'entraînement, Pini se livre à la course, soit autour de sa salle, soit autour de la cour de l'école militaire. Il court à pas très longs, sur la pointe des pieds, en pliant fortement la jambe, puis, vers la fin, il fait dix minutes de vitesse. Il considère cet exercice comme excellent pour les poumons et pour empêcher le ventre de grossir.
Les exercices de poids consistent à prendre 25 kg dans chaque main et à faire 30 flexions consécutives, puis 10 flexions horizontales et 30 flexions verticales. Il travaille ensuite avec 50 kg à deux mains et termine par des exercices de masse d'Hercule de 15 kg dans chaque main. Avec cet instrument, il travaille surtout du bras gauche de façon à maintenir l'équilibre des proportions.
Le dimanche, il pratique la bicyclette. Pour lui, c'est le meilleur sport pour un escrimeur. Il assouplit les jambes, tandis que, d'après Pini, l'équitation les rend dures.
Par cet entraînement méthodique, régulier et continu, Pini est arrivé à avoir une musculature extraordinaire. Ses biceps rappellent ceux de Sandow et il est quasiment infatigable. Je ne connais pas un seul de nos maîtres qui pourrait tenir la planche aussi longtemps que lui.
Pini, par excellence, est le propagandiste de l'escrime à travers le monde, et de l'escrime en général, et non point seulement de son escrime à lui. Non content d'avoir établi une école militaire d'escrime dans la république Argentine, il en a fondé une au Chili et compte en établir dans toutes les autres républiques sud-américaines.
Lorsque lui-même aura disparu, il espère revivre en ses élèves.
Ce qui est certain, c'est que dès qu'il apparaît, soit à Paris, soit ailleurs, un mouvement considérable se fait dans le monde de l'escrime, que les assauts pullulent, que les escrimeurs se remuent et que l'escrime vit.
Dès son arrivée à Paris, des séances sensationnelles ont été organisées au Journal, dans la salle des fêtes, à la suite du défi qu'il avait lancé au nom de son élève Juan Bay. Nous donnons l'aspect de cette réunion à la fin de l'assaut Juan Bay-Masselin.
L'amateur G. Breittmayer, bien connu, avait relevé le défi du jeune maître argentin et avait appuyé sa chance d'un enjeu. Au cours de l'assaut, alors que Juan Bay avait deux points d'avance et qu'il restait six minutes d'assaut effectif à faire, un fleuret cassé pénétra dans la cuisse de Breittmayer et sans le blesser grièvement le mit dans l'impossibilité de continuer.
Pini tira magistralement contre Adolphe Rouleau, puis Juan Bay et Masselin firent jeu égal.
Le lendemain, on assista aux assauts Pini-Bergès, Juan Bay-Perrissoud et Juan Bay-Jeanvois. Le soir même, Pini tirait avec Mimiague à l'assaut de l'Escrime française ; trois jours après, à une fête donnée par le Sabre, au cercle de l'Escrime, Pini et Juan Bay tiraient le sabre et Juan Bay tirait au fleuret avec Mimiague.
Juan Bay est âgé de vingt-cinq ans. Il est né à Buenos-Ayres. Il a cinq ans de travail avec Pini, est professeur à l'école militaire d'escrime argentine et à la salle d'armes du Jockey-Club, dont le président, M. de Alvear, lui a servi de juré dans ses matches au Journal. Il a gagné le premier prix du tournoi international de maîtres Sud-Américains, sabre et fleuret, en 1901. Il mesure 1,71 m et pèse 66 kg. Il connaît à fond Pini et sa méthode et le maître a souvent fort à faire pour se défendre des attaques et des ripostes de son élève.
Pini, nous l'avons dit, veut remuer l'escrime. En partant, il a lancé un grand défi pour l'année prochaine. Il a annoncé qu'en février 1903, il serait à Paris accompagné des quatre meilleurs professeurs de fleuret argentins, des quatre meilleurs amateurs fleurettistes de cette république et des quatre meilleurs épéistes. Il demande que les Français organisent pendant le cours de cette année des teams pour opposer aux siens, dans des grandes séances qui seraient données au bénéfice des pauvres, en février prochain.
Nos escrimeurs ont le temps de s'entendre, de se préparer, de se choisir. Il faut qu'ils le fassent. Un pareil défi, si courtoisement lancé, doit être relevé. Il faut que nous prouvions au monde que les escrimeurs français valent les escrimeurs sud-américains, fussent-ils élèves de Pini, que les jalousies de salles disparaissent. Entendons-nous, choisissons-nous et formons des équipes capables de prouver que nous valons autant sinon mieux que les étrangers. C'est à cela que doivent tendre les efforts de nos sociétés dirigeantes et nous espérons qu'elles n'y failliront pas.
Louis PERRÉE.
(Cliché P. Doyé)