En Garde! — J. Joseph-Renaud

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Title
fr En Garde! — J. Joseph-Renaud
Description
The article, written by Robert Dieudonné, celebrates the life and achievements of J. Joseph-Renaud, a distinguished French fencer and versatile sportsman. Joseph-Renaud is portrayed as a master of multiple disciplines, not only excelling in fencing but also in boxing, pistol shooting, jiu-jitsu, and other forms of self-defense. His reputation in fencing is unrivaled, and his approach to the sport is described as both scientific and artistic, blending physical prowess with intellectual strategy. The article highlights his unique ability to combine sportsmanship with literary finesse, often likening his fencing to writing, where each move reflects careful thought and precision. Despite his many successes, Joseph-Renaud is depicted as humble and peaceful in everyday life, a man driven by passion rather than vanity. His legacy is framed as that of both an athlete and a writer, blending the worlds of sport and literature seamlessly.
list of authors
Robert Dieudonné
Date
January 26, 1907
number
436
page start
59
page end
59
Publisher
Pierre Lafitte
Bibliothèque nationale de France
Fencing Arms & Artifacts
Rights
Public Domain
Language
French
Spatial Coverage
content
fr EN GARDE! — J. JOSEPH-RENAUD

Peu d'hommes ont une carrière aussi bien remplie que celle de J. Joseph-Renaud, le plus fin, le plus scientifique de tous les escrimeurs. Ses succès sont innombrables et il jouit d'une réputation universelle.

J.-J.-RENAUD! C'est quelque chose comme l'une des gloires de l'escrime française; on ne discute même plus sa valeur, on l'admet. Il n'a pas besoin de paraître fréquemment en costume blanc et en bas de soie blanche sur la planche pour que sa renommée persiste. Il l'a établie une fois, — cent fois, — pour toutes, en quelques coups de bouton. Fleurettistes, épéistes sont d'accord : Renaud occupe dans l'escrime une place à part; il ne représente ni une école, ni un jeu, ni des moyens; c'est une personnalité, sans plus.

On connaît sa figure, sa physionomie, son attitude; des cheveux qu'il ramène avec autorité, une moustache qu'il hérisse, un monocle, — et voilà.

Puis un sourire, un sourire qui découvre des dents, qui éclaire des yeux vifs, ouverts, intelligents et gais.

Puis des muscles, cachés — car il ne se promène pas en roulant des épaules comme un athlète — des muscles entraînés, solides et endurants.

Puis autre chose : une volonté; pas un geste qui ne soit réfléchi, pas une riposte à l'aventure, pas une attaque sans une intention. Une volonté d'être plus fin, plus malin, plus vif. Un désir de vaincre : de la vanité? Mais non, de la combativité, tout est là, pour réussir dans un sport et surtout dans celui-ci, l'escrime, si délicat, si net et si précis.

Autre chose encore : une intelligence. Il était doué, c'est entendu. Il avait des moyens, — et mieux, — des aptitudes, mais dès qu'il sut prendre conscience de lui-même, il s'est fait lui-même; il a apporté à son sport, — à son art, — des facultés inappréciables. Il a mis dans son escrime autre chose que de la virtuosité et du métier. Il s'est mis tout entier dans les gestes, vifs ou lents, dans les parades et dans les attaques; il a cherché à faire avec ses adversaires de la psychologie.

Et voilà où j'en voulais venir.

Peu importe qu'il ait gagné des championnats de fleuret, d'épée, de boxe, de pistolet, peu importe qu'il ait orné la cheminée de ses clubs de challenges triomphaux, d'autres le firent avant lui, d'autres le feront après lui.

Mais ce que nul autre que lui n'a fait c'est, avec des moyens physiques supérieurs, d'apporter de la littérature dans sa maîtrise.

Parfaitement, et sa supériorité si nette ne vient que de ses qualités d'esprit. Tous les sports qu'il a pratiqués, il les a pratiqués avec ferveur et avec succès, mais c'est dans l'escrime qu'il a fait preuve d'un talent d'analyste et j'oserai dire d'écrivain.

Il dispute un assaut comme il écrit un article, gagne des poules comme il compose un roman, arrache des victoires sur la planche et sur les planches avec le même sourire perspicace, avisé et troublant.

Quand on trouve derrière le masque l'éclat de son regard qui fouille, on se sent tout petit garçon, on n'est pas de force; le poignet si vif joue comme une belle phrase cadencée; les roueries sur la garde sont des rimes de fantaisie ou d'adresse, les touches sont de belles fins de phrase.

Essayez donc de vous défendre contre un tel homme; je vous dis que c'est inutile; il apporte le secours puissant de ses muscles à son esprit ou de son esprit à ses muscles.

Il pourrait, comme d'autres, considérer que le sport est un violon d'Ingres dont on joue dans l'intimité. Bien au contraire! C'est un pur sportsman qui fait de la littérature, et de la meilleure, en faisant du sport. Il aime la lutte, il aime le combat, il aime la finesse des attaques auxquelles répliquent des parades plus fines, il aime tout ce qui donne une supériorité nette à l'intelligence contre la force brutale.

Les articles qu'il a bien voulu donner à la Vie au Grand Air indiquent assez ses goûts et ses sentiments. Les méthodes de self-défense n'ont aucun secret pour lui : il connaît les mystères de la lutte bordelaise comme un Sabès ou un Gambier, il sait la pratique de la boxe anglaise pour avoir tiré avec une conviction ardente et il pratiquait le jiu-jitsu avant les exhibitions. Cependant — et ce n'est pas là un rare mérite, — il ne promène pas dans la vie une attitude de bravache, et c'est le garçon, le camarade et l'ami le plus pacifique du monde.

Il sait faire, voilà tout.

Ce maître de sport n'avait pas eu d'affaires, il n'en cherchait pas et nul n'osait penser qu'il songeait à les éviter. Deux duels heureux coup sur coup montrèrent que si, sur la planche, il connaissait peu de rivaux, il ne pouvait guère en connaître davantage sur le terrain.

Il pourrait tirer quelque vanité de la supériorité qu'il manifeste en toutes circonstances où on l'exige, mais il se contente de pratiquer les sports qu'il aime, avec cette fougue tranquille, cette ardeur réfléchie et cette intelligence souple qu'il apporte dans les actes journaliers.

Sa vie est bien simple : littérateur professionnel, et dont les succès de plume furent nombreux, il fait encore de la littérature en faisant du sport!

On écrira sur sa tombe : « Homme de lettres et homme d'épée! »
ROBERT DIEUDONNÉ.

J. Joseph-Renaud.
Notre collaborateur, J. Joseph-Renaud, ne se contente pas d'être notre meilleur escrimeur, il est également passé maître dans d'autres sports, tels que le pistolet, la boxe, le jiu-jitsu, la canne.