Deux Balles Échangées Sans Résultat

Item

Title
fr Deux Balles Échangées Sans Résultat
Description
The article discusses techniques for rendering pistol duels less dangerous through manipulation during the weapon-loading process. It questions whether the low risk in French duels is due to chance or deliberate tampering by witnesses, referencing Emile André's work on duel tricks involving fake bullets and powder manipulation. The article critiques some of these methods as either childish or hazardous, emphasizing the importance of skilled hands in properly loading a pistol. It outlines three specific tricks that reduce the lethality of a pistol shot, such as reducing the amount of gunpowder or improperly seating the bullet. The piece calls on duel witnesses to stay vigilant against such tricks to ensure fairness, while also providing detailed steps for correct loading.
Date
January 5, 1906
number
382
page start
12
page end
13
Publisher
Pierre Lafitte
Bibliothèque nationale de France
Fencing Arms & Artifacts
Rights
Public Domain
Language
French
Spatial Coverage
content
fr DEUX BALLES ÉCHANGÉES SANS RÉSULTAT

Comment charger correctement les pistolets dans un duel ? — Peut-on rendre sûrement un duel au pistolet sans danger pour les adversaires ? — Moyens déjà dévoilés — Autres procédés pour truquer — Utilité d'appeler l'attention sur les truquages possibles.

—

Il est admis dans le public que les duels au pistolet sont anodins et qu'il est fort rare qu'une balle habilement logée ait raison de la belle attitude de l'un des adversaires.

Est-ce à dire qu'en France les témoins mettent une certaine complaisance à ne pas causer de drame, ou est-ce pur hasard ?

Dans ses Trucs de duels, pistolet, épée, sabre, notre confrère et ami Emile André, du Journal, a dévoilé certains moyens pour essayer de rendre un duel au pistolet aussi peu dangereux que possible pour les adversaires.

Pour utiliser la plupart de ces procédés, aussi bien que ceux que nous allons dévoiler, il faut que les témoins soient complices de celui qui charge les armes ou de la personnalité qui, par sa compétence, a été chargée de cette fonction, ou qu'ils soient dupes.

Les moyens de truquer que nous allons faire connaître appelleront donc désormais toute l'attention sur la compétence que doivent posséder les témoins en matière de tir, ainsi que sur le soin avec lequel ils doivent surveiller le chargement des armes.

Emile André a parlé de fausses balles en liège avec alliage de plomb et de mercure, de balles de plus petit calibre que celui du canon des pistolets, de double charge de poudre, de serrer fortement la détente, et même de pistolets à soupape basculant à l'intérieur, de façon à y faire disparaître la balle, la poudre restant seule dans le canon, etc.

Sans vouloir être désagréable à notre excellent confrère, nous pensons que ces moyens sont ou enfantins ou dangereux ; telle la double charge de poudre, la balle ayant plus de force de pénétration.

Bien charger une paire de pistolets dans un duel exige en même temps qu'une grande dextérité de mains, une véritable pratique. Un coup de maillet trop faible sur une des balles donne moins de précision au tir ; un coup trop fort peut écraser la balle au fond du canon. La charge de poudre doit être exactement du calibre de la chargette.

Avant de charger définitivement les armes, il faut les flamber, c'est-à-dire tenir le canon haut, glisser la poudre, placer une amorce sur la cheminée, puis tirer ce coup à blanc sans abaisser les pistolets, et ne les charger définitivement que quand la petite flamme de poudre sera apparue au bout du canon, aussitôt le coup à blanc tiré.

La bonne qualité des amorces est aussi une chose de la plus haute importance ; il faut donc regarder l'intérieur de chacune d'elles avant de les placer sur la cheminée de chaque pistolet. Il faut également s'assurer que chaque amorce tiendra bien sur la cheminée, que les adversaires en levant le bras ne risqueront pas de la faire sauter en dehors de la cheminée. Pour cela, il est bon de presser légèrement chaque amorce avant de la placer ; et même de baisser le chien et d'appuyer avec force sur l'amorce et sur la cheminée. Cette dernière manipulation demande une habitude exceptionnelle, car si le chien s'échappait des doigts du chargeur... le coup pourrait partir et... blesser ou tuer un des témoins attentifs à ces préliminaires ; il faut donc que ces témoins se tiennent à droite et à gauche du chargeur sans rien perdre des mouvements exécutés par lui.

En se servant d'armes absolument régulières, voici les trois procédés qui peuvent rendre un duel au pistolet sans danger pour les adversaires, et utiliser le fameux cliché tenu en réserve : « Deux balles ont été échangées sans résultat. »

1° Prendre avec la chargette la quantité régulière de poudre : 14 centigrammes ; donner à la chargette une inclinaison, laquelle fera tomber en dehors du canon au moins la moitié de la poudre.

Avec ce procédé, la balle manquant de force de propulsion tombera à quelques pas de l’adversaire sur lequel on tire, ou si elle le touche, ne lui causera qu'une légère contusion.

2° Insérer régulièrement la poudre dans le canon ; placer la balle à la bouche du canon ; n'enfoncer cette balle avec la baguette, en frappant dessus avec le maillet, qu'à 1 ou 2 centimètres de la bouche du canon ; faire semblant de donner à faux quelques coups de maillet ; en profiter pour faire sortir la baguette du canon et la faire glisser en dehors du canon, en continuant à faire semblant de l'enfoncer avec le maillet. Avec ce deuxième procédé, les résultats du duel seront les mêmes qu'avec le procédé n° 1.

3° Insérer encore régulièrement la poudre au fond du canon ; insérer de même la balle sur la bouche du canon, frapper dessus avec le maillet, et avec le pouce de la main gauche appuyer fortement sur la baguette pour arrêter celle-ci, l'obligeant à ne presque pas enfoncer la balle dans l'intérieur du canon. Mêmes résultats.

On le voit, les pistolets n'ont pas besoin d'arrangements spéciaux ; ce qu'il faut, c'est une habitude de... prestidigitateur.

Donc, témoins, ouvrez les yeux !

Sans souhaiter qu'un duel au pistolet ne donne pas la semaine prochaine un exemple de rencontre sanglante, on peut demander que les témoins soient sérieux et ne se laissent pas aller à ces trucs faciles.

GUSTAVE VOULQUIN.

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Un procédé pour truquer.
Faire tomber, d'un mouvement de poignet, la moitié de la charge de poudre hors du canon.

Chargement régulier.
La chargette est placée juste sur la bouche du canon, la poudre tombe régulièrement au fond.

Chargement régulier.
La balle est bien placée à l'embouchure du canon, on l'enfonce légèrement avec le maillet.

Un procédé pour truquer.
Faire glisser la baguette en dehors du canon.

Un procédé pour truquer.
Arrêt de la baguette avec le pouce de la main gauche.

Chargement regulier.
La baguette va correctement au fond du canon, pour bien consolider la balle.